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Quelque part dans une région montagneuse et sauvage de l’Alberta (au Canada), un réparateur de la compagnie Telus sort de sa camionnette et grimpe à un poteau de téléphone. Au sommet, il ouvre un boîtier de métal et commence son travail lorsqu'une abeille se met à bourdonner près de ses oreilles. L’homme tente de la chasser, mais la bestiole arrive à le piquer dans le cou avant qu’il n’arrive à lui ficher une bonne claque. En regardant vers le bas, tout près de l’endroit où est tombée l’abeille, le réparateur aperçoit cinq gamins blonds, absolument identiques, qui l'observent. L'homme trouve la chose amusante. De son perchoir, il les hèle: «Ma parole, on vous a fait avec un calque? Votre maman vous confond jamais?» (En version anglaise, il a un accent canadien marqué.)

Quelque chose ne tourne pas rond. D'abord, les gamins le dévisagent sans piper mot. Ensuite, le réparateur réagit à la piqûre d'abeille en étant soudain pris de convulsions. Ses spasmes deviennent tellement violents qu’il se décroche du haut du poteau et fait une chute de plusieurs mètres sur le bitume. Les garçons se désintéressent totalement de lui. Plutôt que d'appeler des secours, ils abandonnent le mourant et repartent à travers les champs. Aucun n'a prononcé une seule parole.

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À la scierie de Bond Mill Road, au Maryland, se déroule de nouveau la dernière scène de l’épisode précédent, Talitha Cumi. Il fait nuit et la situation est tendue. Scully a emmené Jeremiah Smith rencontrer Mulder, car le clone prétend posséder des renseignements sur Samantha. Mais l’agent veut d’abord conduire Smith au chevet de sa mère mourante dans l'espoir qu'il applique sur elle ses talents de guérisseur. L'arrivée soudaine du Mercenaire (le métamorphe chargé de l'élimination des clones), armé de son stylet, met fin à leur échange et force Smith à s’enfuir. Comment le tueur s’y est-il pris pour retracer sa victime, nous ne le saurons jamais.

«Ne t'approche pas de lui Scully, il te ferait du mal. [He doesn't want to hurt you, en anglais.] Ton arme ne l'arrêtera pas!», l’avertit Mulder avant de se lancer aux trousses de Smith. Scully n’écoute pas et tient le Mercenaire en joue. Peu impressionné, celui-ci la bouscule brutalement et s’élance dans la scierie à la recherche de sa proie. S'ensuit alors une longue séquence où tout le monde se pourchasse à travers les dédales de passerelles et d'escaliers. Smith trouve enfin une sortie vers l'extérieur en sautant d'une passerelle. (Rappelons que les clones résistent aux chutes, même vertigineuses.) Le Mercenaire à ses trousses réalise d’ailleurs le même exploit. Mulder rejoint Smith par un autre chemin et l’entraîne dans une autre partie de la scierie pour le mettre à l'abri.

De son côté, Scully court chercher la voiture et démarre en trombe. Elle freine brusquement lorsque le Mercenaire se laisse tomber sur son capot, mais elle a la présence d'esprit de klaxonner longuement pour prévenir son collègue. Mulder entraîne Smith en direction du lac. Le Mercenaire les suit, mais se fait attaquer par surprise par l’agent qui s’était dissimulé sous un tas de copeaux de bois. Mulder réussit à lui enfoncer son propre stylet dans la nuque. Du sang vert toxique jaillit en crépitant de sa blessure. Le Mercenaire tombe, inconscient (et non mort, comme on le découvrira bientôt). Plutôt que de s’approcher du corps pour tenter de récupérer son arme, Mulder ramasse plutôt le stylet qu’a laissé tomber sa victime.

Smith a profité de la confusion pour monter à bord d'un petit bateau à moteur. Mulder lui crie d'arrêter et Jeremiah réplique: «Il y en aura d'autres qui viendront après lui!» Mulder l'implore de l'aider: «Ma mère est mourante!» Le clone hésite. Scully, qui a raté toute l'action, arrive en courant et en appelant son collègue. Elle découvre d'abord le corps inerte de l'extraterrestre qui ne s’est pas dissous. Puis elle aperçoit Mulder et Smith quitter les lieux dans l'embarcation. Ils partent sans elle et, apparemment, sans le moindre scrupule.

Un peu découragée, Scully retourne examiner le métamorphe inconscient. Elle tente de prendre son pouls et lui ouvre une paupière. Celui-ci n'attendait que ça. Il se relève et empoigne la jeune femme par la gorge. «Où vont-ils?», demande-t-il posément. Suffoquant sous la pression, Scully parvient à lui faire savoir qu'elle n'en sait rien. L'extraterrestre extrait le stylet de sa nuque comme s'il s'agissait d'une simple écharde. Selon toute évidence, Mulder n’a pas frappé au bon endroit.

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Smith et Mulder ont atteint la berge. Le clone est inquiet. Il n'aime pas l'idée de se rendre à l'hôpital au chevet de la mère de Mulder, car les «gens du gouvernement» l'y attendront pour le capturer et le tuer. L'agent ne se laisse pas convaincre. Il croit que si ces gens tentent quoi que ce soit en plein jour, ils s’exposeront et deviendront vulnérables. «Vous n'avez pas l'air de comprendre, insiste Smith. Je dois périr. Quelles que soient les conséquences dont vous parlez, elles ne pèsent rien à côté de celles qu'implique leur grand projet.» Mulder est intrigué. S'agit-il du projet de colonisation? «D'hégémonie, monsieur Mulder. Une nouvelle origine des espèces.» L'agent persiste néanmoins à emmener Smith guérir sa mère. Le clone s'impatiente: «Et s'ils nous attendent là-bas? S'ils se décident à me tuer, assumant toutes les conséquences de leurs actes jusqu'à en répondre devant votre justice, aussi dérisoire qu'inapte, je ne serai plus là pour sauver votre mère. Et de plus, leurs travaux continueront. Le projet en question sera mis à exécution. Sauf si vous vous y opposez.» Smith révèle alors à l'agent qu'il peut l'emmener à un endroit secret où les travaux en question se poursuivent. «Vous pourrez voir votre sœur!», lance-t-il comme argument final. Cette fois, Mulder cède.

Pendant ce temps, à l'hôpital de Providence au Rhode Island, l'Homme à la cigarette tient la main de Mme Mulder. Il la lâche discrètement lorsque son collègue conspirateur, l'Homme corpulent, entre dans la chambre. «Il n'arrive pas», commente le nouveau venu d'une voix contrariée. Le Fumeur n'est pas surpris. Celui qu’ils attendent a sans doute prévu le piège. L'Homme aux cheveux gris, l'un des tueurs du Syndicat, les rejoint dans la chambre. L'Homme corpulent envisage la possibilité qu'on les ait trahis. «Il se trouve que quelqu'un m'a envoyé ceci», dit-il en exhibant les clichés pris par Mr X dans l'épisode précédent. On y voit le Fumeur et Mme Mulder se disputant âprement à la résidence d'été de Quonochontaug. En voyant ces photos, l'Homme à la cigarette paraît embêté. Il ignorait qu'on l'espionnait et ne connaît pas l'identité du photographe. L'Homme corpulent croit savoir comment tendre un piège au coupable. «À mon avis, on peut le savoir en répandant simplement une information et en voyant jusqu'où cette information remonte.» Quelle information? «Que Mme Mulder court un grand danger, qu'elle est ici sans protection et pourrait mourir de mort non naturelle.» L'Homme à la cigarette réprime une grimace.

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Le jour s'est levé sur la scierie déserte de Bond Mill Road. Assise dans son véhicule, Scully semble attendre patiemment quelque chose. Elle reçoit enfin un appel téléphonique de Mulder. Sans trop se soucier de sa situation à elle, il lui demande un service. «J'ai dû voler une voiture dans un aéroport d'Alberta et je suis recherché par les douanes canadiennes. J'ai besoin que tu me couvres.» C’est alors qu’on découvre, assis sur la banquette arrière de la voiture de Scully, le Mercenaire qui n’a pas perdu un mot de la conversation. Il menace la jeune femme de son stylet pour qu'elle se taise. «J'ai aussi besoin que tu saches que je suis en sécurité», poursuit Mulder avec magnanimité. Sachant maintenant dans quelle direction repartir en chasse, le tueur monte dans sa propre voiture. Scully en profite pour avertir son collègue: «Mulder, il part à ta recherche! L'homme que tu as laissé pour mort.»

Plus tard, la voiture volée tombe en panne d'essence au milieu d'une route déserte. Il s'agit d'une zone rurale où des champs s'étendent jusqu'à de lointaines collines. Selon Smith, ils sont à une trentaine de kilomètres (20 miles, en anglais) de leur destination. Il suggère de prendre un raccourci en coupant à travers les collines. «Allons-y», fait Mulder en s'engageant dans un champ.

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Au siège social du FBI, où elle a été appelée au bureau du directeur adjoint Skinner, Scully tente de rassurer son patron sans tout lui révéler. «Nous étions à la recherche de ce dénommé Jeremiah Smith.» L'ont-ils trouvé? «Non», ment Scully avec une contrition évidente. Skinner la dévisage un instant et en vient au fait: «Si j'en crois votre rapport, le moins qu'on puisse dire c'est que tout n'est pas clair avec cet individu. On a trouvé cinq hommes portant ce nom qui travaillent dans les différents bureaux au Service de l'aide sociale, avec la même photo d'identité. On a enquêté sur ces hommes. Ça fait trois jours qu'ils ne se sont pas montrés à leur travail. Est-ce que vous ou l'agent Mulder pourriez me préciser la nature de vos soupçons?» Un peu déconfite, Scully admet qu'elle et Mulder sont encore dans le noir. Skinner la surprend en lui apprenant qu'il y a du nouveau.

Dans un labo du FBI, l'agent Pendrell met Scully au parfum. «Nous avons réussi à télécharger les bases de données des différents services de l'Aide sociale où travaillent ces cinq hommes et dans chaque cas, nous avons trouvé une grande quantité d'informations et de fichiers non identifiables qui ne correspondent à aucun des documents types qu'on trouve en général dans la gestion de ce genre d'administration. Tous les fichiers sont protégés par des mots de passe.» Il y a suffisamment d'information pour remplir sept disques durs de 10 Go. Les données défilent à l'écran. Il s'agit de longues séries de chiffres et de lettres, possiblement un cryptogramme dont Pendrell n'a pas la clé. Scully demande une copie papier d'une portion de ces codes. Elle pense connaître quelqu'un qui pourrait lui fournir des éclaircissements.

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À l'extrémité du champ qu'ils viennent de traverser, Mulder et Smith découvrent le cadavre du réparateur de Telus qu’on a vu dans le prologue. La tête paraît en piteux état. La peau du visage est rouge, ravagée, recouverte de protubérances — sans parler des fourmis qui en font leur festin. Smith conseille à Mulder de ne pas toucher au corps, mais l'agent trouve un bon de commande daté de la veille, ce qui ne correspond pas à l'aspect du cadavre. «Vous savez de quoi il est mort», comprend Mulder. L’autre prend un air lugubre, mais reste vague. «Ça n'est plus très loin», assure-t-il avant de reprendre sa marche à travers les champs.

Au bas d'une colline, d'immenses toiles noires abritent une vaste étendue de terrain et absorbent la chaleur du soleil. On devine que des plantes poussent sous ces toiles. «Vous avez sous vos yeux l'avenir, monsieur Mulder», dit Smith. Il explique qu'il s'agit d'une plantation d'arbustes à fleurs, mais que l'espèce en question n'existe dans aucune taxonomie officielle. Les plantes sont cultivées pour leur pollen. En se servant de jumelles prises dans la camionnette Telus, Mulder jette un coup d'œil et aperçoit au loin deux enfants qui se promènent avec des seaux. On reconnaît l'un des garçons blonds vus dans le prologue. À sa grande stupéfaction, Mulder se rend compte que la petite fille qui l'accompagne ressemble beaucoup à Samantha. «On dirait ma sœur! Mais ce n'est pas possible. Elle a l'âge qu'elle avait quand elle a été enlevée.»

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Mulder dévale la pente pour rejoindre les enfants dans la plantation. Des centaines d'abeilles bourdonnent autour des plants, attirées par le mystérieux pollen dont parlait Smith. «Samantha!», crie l'agent plusieurs fois sans attirer l'attention de la gamine. Il doit s'en approcher de près pour qu'elle daigne se retourner. «Samantha, c'est moi!» Il s'agenouille et la prend par les épaules. La fille, qui n'a pas l'air de le reconnaître, ne dit rien et se contente de le fixer d'un air inexpressif. «Elle n'a pas de langage», explique Smith. «C'est une abeille, monsieur Mulder. Une ouvrière», ajoute-t-il en employant les mêmes termes que l’Homme à la cigarette a utilisés à son égard, lorsqu’il était son prisonnier dans l’épisode précédent. Puis il enjoint à l’agent de le suivre. Il veut lui montrer autre chose qui pourra éclairer sa lanterne.

Smith, Mulder et les deux enfants marchent sur une route de campagne qui longe une rivière. Ils atteignent une sorte de hameau d’à peine une demi-douzaine de maisonnettes. L'arrivée des nouveaux venus ne passe pas inaperçue; on les observe derrière les rideaux. Samantha et le garçon blond entrent dans l'une des maisons. Mulder demande à Smith comment ces enfants sont arrivés là. «Ils résident ici, répond le clone. Ils font partie de la main-d'œuvre agraire.» Personne ne s'occupe d'eux, ils sont autonomes. «Parents et tuteurs sont inutiles ici. Ce serait un gaspillage d'énergie.»

Mulder n'est pas au bout de ses surprises. Comme si un signal avait été lancé, un couple d'enfants sort de chaque résidence, chaque fois le même garçon blond et la même fillette brune. «Ce sont des clones», comprend enfin Mulder. Smith acquiesce: «C'est une série d'ovotypes.» Il ajoute qu'ils en ont assez vu et qu'ils doivent quitter les lieux le plus vite possible. Mais il faut d’abord trouver de l'essence.

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Scully entre dans l'appartement de Mulder. Elle colle à la fenêtre deux bandes de ruban gommé qu'elle entrecroise pour former un X, le signal qu’emploie son collègue pour demander l'aide de son informateur, Mr X. Elle regarde sa montre et s'installe pour attendre, absorbée dans l'étude des séries cryptées provenant des bases de données secrètes des Smith. Mr X arrive enfin. Il semble nerveux et jette un dernier coup d'œil dans le couloir pour vérifier si personne ne l'a suivi. «Je voulais contacter l'agent Mulder et je vous ai vue entrer dans l'immeuble», explique-t-il. Scully dit ignorer où se trouve son collègue. Mr X insiste. Il a une information importante à lui transmettre au plus vite: la vie de Mme Mulder est menacée. Scully lui demande de l'aider à résoudre une énigme. Elle lui met sous le nez la copie imprimée des séries cryptées. «Toutes commencent par les lettres SEP. Vous savez ce que c'est? Confirmez ou niez.» Mr X la dévisage avant de répondre: «Le programme d'éradication de la variole.» (Smallpox Eradication Program, donc SEP.) Il l'avertit de ne pas ouvrir des portes qu'elle n'est pas prête à franchir. Selon lui, elle devrait laisser tomber cette piste pour s’occuper plutôt de la protection de Mme Mulder.

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À la plantation, Smith a trouvé un bidon d’essence. Il rejoint Mulder qui traîne l'une des Samantha par la main, avec la ferme intention de l'emmener. Smith est contrarié. Cette gamine n'est pas vraiment la sœur de Mulder. Pourquoi perdre son temps avec ce genre de détail alors qu’il a la chance de voir quelque chose de beaucoup plus grand et de le faire connaître? «Alors, expliquez-le-moi, insiste Mulder. Expliquez-le-moi tout de suite!» Mais un crissement de pneus vient les interrompre. C'est le Mercenaire qui les a finalement retrouvés et qui fonce droit sur eux en empruntant un chemin de terre. Il faut prendre la fuite en coupant à travers les champs. La fillette que Mulder a entraînée avec lui semble avoir une idée et dirige les deux hommes vers un bâtiment. «C'est un rucher», constate Smith. À l'intérieur, bourdonnent des milliers d'abeilles de la même espèce que celle qui a tué le réparateur Telus. Les clones sont immunisés, mais pas Mulder. Pour se protéger des insectes, l’agent décide de se vider sur la tête le contenu du bidon d’essence que Smith a emporté avec lui. Du même coup, il réussit à s'aveugler. La fillette et Smith doivent se charger de le guider.

L'intérieur du rucher est très sombre. De gigantesques rayons de miel pendent du plafond, créant un dangereux labyrinthe. Mulder finit par y voir un peu mieux et se rend compte qu’il n’y a pas d’autre voie de sortie qu’une petite ouverture au plafond. «Nous sommes tombés dans notre propre piège», constate Smith avec amertume.

Le Mercenaire arrive à son tour et entre dans le rucher. Armé de son stylet, il se met à explorer l'endroit. Il découvre le bidon d'essence abandonné, puis un des rayons attire son attention. Il s'en approche. Mal lui en prend, la paroi s'affaisse sur lui, poussée par Mulder qui se cachait derrière. Furieuses, les abeilles attaquent le tueur. Smith, Mulder et la fillette en profitent pour quitter le rucher.

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Au FBI à Washington, Scully rejoint Pendrell dans son labo. Elle lui annonce qu'elle a du nouveau concernant les données que compilaient les Smith. Elle pointe à l’écran les lettres SEP et indique que l'acronyme fait référence au programme d'éradication de la variole. Une séquence de vingt lettres apparaissant en trente variations représente le code génétique du virus qu'on utilise pour immuniser les êtres humains contre la variole. Pendrell est perplexe. Pourquoi les Smith auraient-ils donc conservé et archivé une telle information? Scully l’ignore. Elle s'intéresse ensuite à une seconde série alphanumérique comportant trois lettres et douze chiffres. «Un nombre infini de variations», remarque Pendrell. Scully suppute qu'il doit s'agir d'un inventaire des personnes vaccinées. Puis elle enlève sa veste et montre à Pendrell un pansement sur son bras, à l’endroit où elle s’est fait faire un prélèvement.

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Des directeurs du FBI se sont réunis dans le bureau de Skinner pour écouter Scully leur présenter ses dernières découvertes. Sur un écran lumineux apparaît une série de taches colorées évoquant la forme d’une vague. Scully explique qu’il s’agit d'une image en trois dimensions du site d'une protéine, laquelle provient du virus que l'on inocule aux hommes pour les protéger de la variole. Elle ajoute que cette protéine a été prélevée au moyen d'une biopsie sur son propre bras, au niveau de la cicatrice laissée par le vaccin antivariolique. Skinner intervient pour lui demander de laisser de côté son jargon scientifique et de parler plus clairement. «Ce que je veux dire, s'impatiente Scully, c'est que je crois que cette protéine est un signe, une sorte d'étiquette, un marqueur génétique qu'on m'a appliqué quand j'étais enfant et qu'on m'a vaccinée contre la variole.» Mais pourquoi elle? «Pas uniquement. Chacun de nous. Très probablement, quiconque a été vacciné dans les cinquante dernières années.»

Suit un silence consterné. Un des directeurs fait remarquer avec un sourire sarcastique qu'ils se seraient attendus à un tel argument de la part de l'agent Mulder. Scully reconnaît que tout ceci est très déroutant et difficile à croire. Par mesure de précaution, elle a effectué le même test sur l'agent Pendrell. De nouveau, un motif de vague colorée se détache à l’écran. «L'état de la protéine issue de sa biopsie devrait être identique à la mienne, mais elle est légèrement différente.» Cette différence semble correspondre aux suites d'entrées alphanumériques relevées par Smith. «Ce que vous insinuez, c'est que nous aurions tous été catalogués, étiquetés et inventoriés? Par qui?», demande Skinner. Scully l'ignore, mais elle croit que c'est forcément un organisme d'État qui est derrière tout ça. Elle ne sait pas non plus à quoi sert ce catalogage. «Je crois que le seul homme susceptible de nous fournir cette information est Jeremiah Smith», conclut-elle.

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Très mécontent, Skinner reproche ensuite à Scully d’avoir dérangé de hauts officiers du FBI pour leur exposer une théorie semblable. «Désolée, mais je suis une scientifique et je fais mon travail quand j'apporte des preuves scientifiques. Il me semble que c'est la raison pour laquelle j'ai été affectée à ce service, non? Soumettre le travail de l'agent Mulder au contrôle et à l'épreuve de la science?» Son téléphone sonne. C'est justement Mulder qui l'appelle de l'Alberta. Il doit prendre un avion et souhaiterait qu'elle l'attende à l'arrivée, plus précisément à l'hôpital où est Mme Mulder. «Ceux qui m'accompagnent lui sauveront la vie si je sauve la leur», lui dit-il en précisant qu'il s'agit de Jeremiah Smith et de «quelqu'un d'autre». Près de la cabine d'où Mulder téléphone, Smith et la fillette attendent dans une voiture, celle-là même que le Mercenaire avait prise pour se rendre à la plantation. «J'ai besoin de protection, Scully.» Elle lui assure qu'il sera mieux protégé qu'il ne le pense, car un tas de gens aimeraient parler à ce Jeremiah Smith.

La conversation doit s’interrompre à cause de l'arrivée impromptue — c'est une habitude chez lui — du Mercenaire. Le tueur a réussi à sortir du rucher, à traverser les champs et à récupérer la camionnette du réparateur Telus. Et maintenant, à bord de son véhicule, il fonce vers la voiture et la percute violemment, manquant de peu d'écraser Mulder sur son passage. Puis il marche jusqu'à l'agent et l'empoigne. Mulder le supplie de ne pas tuer les clones, mais le métamorphe est intraitable. Son visage couvert de piqûres d'abeilles est horrible à voir. «Il vous montre quelques parties, se moque-t-il en parlant de Smith, mais il vous cache le tout parce qu'il est inconséquent, il a trahi le projet.» (Inconsequential, en anglais, signifie plutôt que Smith a peu d'importance et non qu'il est illogique.) Le clone en profite pour sortir de la voiture et prendre la poudre d'escampette, mais il est sérieusement blessé et se déplace avec difficulté. Il abandonne la fillette coincée sur la banquette arrière. Mulder tente le tout pour le tout et demande au métamorphe de le tuer, lui, mais de laisser Smith sauver sa mère. L'extraterrestre semble hésiter, puis il dit: «Tout doit mourir.» Il projette Mulder dans les airs et l'agent va s'écraser contre la camionnette. Il sort ensuite son stylet et s'approche de la voiture où la fillette pousse des couinements apeurés. Quant à Smith, il n’a pas réussi à se rendre très loin.

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Il y a un grand rassemblent policier à l'hôpital de Providence. Tout le monde attend Mulder et Smith avec impatience. «Ça fait cinq heures que nos hommes sont mobilisés ici, agent Scully», grogne Skinner. La jeune femme a compris qu'il se passe quelque chose d’anormal. Une infirmière les rejoint pour leur dire que la présence des policiers gêne le travail du personnel hospitalier. Au même moment, Mulder débouche dans un couloir. Il est en piteux état, il n'a pas dormi depuis des heures et doit empester l'essence. Scully se rend compte qu'il est en état de choc. Il se dirige comme un zombi vers la chambre de sa mère et regarde avec désespoir la forme inanimée. «Jamais elle ne saura», gémit-il. Scully lui recouvre les épaules d'une couverture. Skinner décide de les laisser seuls et ferme la porte de la chambre derrière eux. Mulder se met à pleurer. Scully le prend dans ses bras.

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Dans l'appartement de Mulder, quelqu'un a scotché un X à la fenêtre. Il fait nuit et le bâtiment n'est pas bien éclairé. Des bruits de pas approchent. C’est Mr X qui cogne à la porte avant de se rendre compte qu'elle est ouverte et que l'appartement est désert. Il comprend tout de suite que quelque chose cloche et qu'il a peut-être été piégé. Il se dirige alors rapidement vers l'ascenseur et presse le bouton d'appel. Il surveille le couloir derrière lui au cas où quelqu'un sortirait de l'appartement de Mulder ou arriverait par l'autre bout du couloir. Sent-il une présence? Entend-il un bruit discret? La porte de l'ascenseur s'ouvre, la seule issue que Mr X n'a pas pensé surveiller. L'Homme aux cheveux gris s'y trouve. Il abat l'informateur avec un revolver muni d’un silencieux. Mr X s'effondre, touché près du cœur. Des hommes passent près de lui. Il y avait bien quelqu'un à l’étage, à l'autre bout du couloir.

À l’hôpital, Mulder s'est un peu calmé. «On aurait pu la sauver», se lamente-t-il. Scully essaie de le convaincre que rien n'est encore perdu, mais son collègue est rongé par la culpabilité. Il a perdu l'unique chance de guérir sa mère. «Il m'a emmené dans une campagne verdoyante et j'ai vu ma sœur. C'était une toute petite fille. J'ai vu tellement de choses. Comment ne pas croire?» Scully reconnaît qu'elle a vu des choses, elle aussi. Elle a confiance qu'il est maintenant possible de trouver des réponses et d'élucider les mystères. Mulder lui reproche gentiment de trop faire confiance à la science. Scully a alors une réplique géniale qu'elle aurait dû prononcer dès la première saison: «Rien ne peut être en contradiction avec la nature, sinon en contradiction avec ce que nous en savons. Voilà une base de départ. C'est notre seul espoir.» («Nothing happens in contradiction to nature, only in contradiction to what we know of it. And that's a place to start. That's where the hope is.») Mulder a un soupir exaspéré. Il était si proche du but. Scully acquiesce et l’informe que quelqu'un l'a prévenue. «Qui?», demande Mulder. «Un homme que nous connaissons tous les deux, qui connaît la vérité, qui pourrait nous donner une base de départ.»

Pendant qu’elle parle, la caméra montre Mr X, blessé à mort, rampant péniblement vers l'appartement de Mulder et laissant derrière lui une impressionnante traînée d’hémoglobine. Au seuil de la porte, il trace avec son propre sang les lettres S, R, S et G. Puis il expire.

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Les lettres S, R, S, G forment en fait un acronyme, celui de Special Representative to the Secretary General (Représentant spécial auprès du Secrétaire général) de l'ONU, à New York. Mulder se présente au bureau de ce Représentant spécial où il  est accueilli par son adjointe, une jolie femme blonde appelée Marita Covarrubias. L’agent lui demande si son patron a pris connaissance du matériel qu'il lui a envoyé et s'il veut bien le recevoir. Mme Covarrubias regrette, mais le représentant a dû se rendre à un rendez-vous important. Elle aimerait savoir qui envoie l'agent du FBI. «Un ami, répond-il. Ça fait un mois que j'interroge les représentants spéciaux au sujet de cette exploitation agricole au Canada et, jusqu'à présent, mes investigations n'ont absolument rien donné.» Covarrubias a tout de même quelques informations à lui fournir. Par exemple, la ferme à laquelle il fait référence a été abandonnée et les plantations qu'il a vues, du ginseng apparemment, sont restées en friche. Il n'y avait sur place aucune trace de ruche ou d'apiculture.

Elle lui tend un dossier qu'il prend distraitement. Devant son air déconfit, elle lui demande pourquoi c'est si important. L'agent bafouille, se perd dans ses souvenirs. «J'ai éprouvé des pertes personnelles... douloureuses ces derniers temps et... j'avais l'espoir de...» Il ne termine pas. Au moment de partir, il ouvre le dossier sans trop d'espoir et découvre avec stupéfaction une photo montrant plusieurs Samantha à l'ouvrage au milieu des mystérieuses plantations. Interdit, il regarde Marita Covarrubias. «Tout ne doit pas mourir, monsieur Mulder», fait-elle d'un air énigmatique.

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Le visage toujours aussi boursouflé par les piqûres d'abeilles, le Mercenaire entre dans la chambre d'hôpital de Mme Mulder. L'Homme à la cigarette l'y attend. Teena est toujours inconsciente. «Je dois connaître les raisons, fait le tueur sans préambule. Je veux savoir pourquoi». Le Fumeur lui répond : «Pour que le projet puisse avancer sans être bloqué par un obstacle aussi inutile qu'opiniâtre». Quel obstacle? L'agent Mulder, bien sûr. Le Fumeur, avec l’air d'improviser une excuse, comme pour dissimuler son attachement personnel envers Mme Mulder. «Voyez-vous, poursuit-il, l'homme qui n'a rien à perdre est le plus dangereux de tous les adversaires. Et vous savez quelle place tient l'agent Mulder dans notre équation.» L'autre hoche la tête, à moitié convaincu. Il ferme la porte et la verrouille. Le Fumeur le regarde avec une appréhension évidente. Le Mercenaire approche doucement ses mains de Teena et les pose sur son front. Il ferme les yeux et se concentre. Mme Mulder ouvre alors les siens. L'Homme à la cigarette semble profondément ému de la voir reprendre vie.

Octobre 2010