-1-

Dans un petit restaurant bondé à Arlington, Virginie, un pauvre type appelé Galen Muntz s’agite beaucoup, car il vient de perdre son emploi. Soudain, c’est la crise. Il se lève brusquement, sort un revolver de sa poche et se met à menacer les clients autour de lui. Une serveuse se faufile à l’arrière pour appeler la police. Muntz permet aux enfants de sortir du restaurant, mais tient à garder les adultes en otages. C’est alors qu’un homme d'âge mûr portant un veston de tweed et une cravate s’avance lentement vers lui. «Ne faites aucun mal à ces gens, s'il vous plaît», demande-t-il d’une belle voix calme. Malgré les objurgations du forcené, l’homme s’avance vers lui avec sérénité, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Il tente d’apaiser Muntz, pendant qu’à l’extérieur du restaurant, des voitures de police arrivent et des tireurs se mettent en position. Muntz est sur le point de céder et de remettre son arme à l’inconnu, lorsqu’un client imprudent tente de s’échapper. Aussitôt, le forcené paraît sortir de transe et se met à tirer, abattant le client imprudent et deux autres personnes. L'un des tireurs postés à l'extérieur atteint Muntz à la poitrine.

L’homme d’âge mûr, toujours aussi calme, s'agenouille près de lui. «Je vais mourir», souffle Muntz avec beaucoup de difficulté. Une tache de sang s'élargit sur son t-shirt blanc. «Personne ne va mourir», lui assure l’autre en apposant sa main droite sur la blessure. Celle-ci se met à guérir sur le champ, miraculeusement. En quelques secondes, le t-shirt de Muntz redevient d'un blanc immaculé. Il ne reste ni tache de sang ni la moindre perforation.

-2-

Un peu plus tard, Mulder et Scully arrivent sur les lieux de la tragédie au milieu de la cohue policière. On leur apprend qu’il n’y a plus de blessés. «C'est incompréhensible, explique un jeune agent. On nous a appelés après une fusillade et il y avait plusieurs victimes, mais quand on est arrivés, il n'y avait plus rien à faire.» Le jeune homme que Muntz a abattu se porte bien maintenant. Il se souvient de l'impact de la balle, de la paralysie de ses membres et du goût de sang dans la gorge. Puis il a vu le visage de l'homme qui avait tenté de raisonner le forcené. Cet homme l'a apparemment soigné par une simple imposition des mains. Muntz, qui a été arrêté, est beaucoup plus calme à présent. Il a la conviction d’avoir vu Dieu. «Il a eu pitié de mon âme et m'a lavé de tous mes péchés. Il m'a touché et il a guéri ma blessure avec la paume de sa main.» Mulder et Scully sont d’autant plus perplexes que le mystérieux guérisseur semble s’être évaporé, au moment même où un inspecteur l’interrogeait.

-3-

Teena, la mère de Fox, s’est rendue à la résidence d’été familiale des Mulder, à Quonochontaug dans le Rhode Island. Le chalet, situé au bord d'un lac, est abandonné depuis plusieurs années. Les meubles sont recouverts de draps de plastique pour les protéger de la poussière. Quelqu’un attend Mme Mulder à l’extérieur, près du lac. C’est l’Homme à la cigarette qui, de toute évidence, l’a fait venir à cet endroit. Visiblement mal à l’aise, Teena lui demande d'un ton acerbe ce qu'il veut. Le Fumeur prétend simplement qu’il veut échanger quelques souvenirs avec elle. Il venait souvent ici, à l’époque où les enfants Mulder étaient jeunes. Il se rappelle aussi avoir fait du ski nautique avec Bill Mulder. «Votre mari était assez fort dans ce domaine. Oh, pas aussi fort que moi, mais c'était comme dans bien des domaines. Non?», ajoute-t-il d'un air entendu. Mme Mulder, qui semble bouillir intérieurement, prétend avoir oublié tout ça. L'Homme à la cigarette se fait plus dur. S’il l'a fait venir, c’est pour qu’elle fasse l’effort de se souvenir de quelque chose en particulier.

Dissimulé dans les environs, un individu que nous ne voyons pas prend plusieurs photos de la scène. Sans pouvoir entendre leurs paroles, on devine d’un cliché à l’autre que le ton monte entre Mme Mulder et l'Homme à la cigarette.

-4-

Mulder et Scully apprennent que le mystérieux guérisseur du restaurant prétendait s’appeler Jeremiah Smith. Il n'avait pas de permis de conduire et n’a fourni qu’un numéro de boîte postale bidon. L’inspecteur qui l’a interrogé ne comprend pas ce qui s’est passé. «J'avais le nez dans mon carnet, les yeux baissés, je les ai relevés et le gars n'était plus en face de moi. On aurait dit qu'il s'était volatilisé.»

Mulder reçoit un appel urgent du directeur adjoint Skinner qui lui annonce que sa mère vient d'être admise d’urgence à l'hôpital de Quonochontaug. Les deux agents quittent aussitôt leur enquête et se tapent sept heures de route pour se rendre au chevet de Mme Mulder. Fox paraît atterré en voyant sa mère dans cet état. Scully, qui s’est renseignée, lui apprend que Teena a été victime d'une attaque dont personne ne connaît encore la gravité. Elle essaie de réconforter son collègue en lui disant qu’il ne faut pas imaginer le pire. La malade ouvre enfin les yeux, mais elle a perdu l’usage de la parole. Elle fait comprendre par gestes à son fils qu'elle souhaiterait lui écrire quelque chose. Scully lui tend un calepin et un stylo, et Mme Mulder griffonne les lettres P-A-L-M (paume, en anglais).

Plus tard, la malade est transportée à l’hôpital de Providence (et non de «la Providence» comme on dit en version française), où elle recevra de meilleurs soins. Fox regarde avec tristesse l'ambulance partir. Il est pensif. Il se demande si le mot «palm» écrit par sa mère n’a pas un rapport avec l’homme du restaurant, qui a guéri les victimes de la fusillade justement avec la paume de sa main. Pareil rapprochement soulève un juste scepticisme chez Scully. Mme Mulder devait souffrir de confusion, fait-elle valoir, et il ne faut sans doute pas chercher une signification particulière au mot qu'elle a griffonné. De plus en plus convaincu que les deux affaires sont liées, Mulder refuse d’aller se reposer au motel, comme le lui suggère sagement sa collègue. Il veut plutôt retourner à Washington, essayer de percer l'identité de l'homme aux miracles.

-5-

Au bureau des X-Files, Mulder regarde un enregistrement vidéo effectué sur les lieux de la fusillade. Des images de l'interrogatoire de Jeremiah Smith s’y trouvent. On voit l'inspecteur baisser les yeux pour noter quelque chose dans son carnet. Tout juste au même instant, quelqu’un passe devant la caméra et bloque la vue. Deux secondes plus tard, le témoin paraît avoir disparu. Mulder remarque qu'à la place de Smith se tient un autre homme portant exactement le même costume. Il en déduit quelque chose d’important, mais refuse d’en faire part à sa collègue. Il se lève et prend son manteau. Quand Scully lui demande où il va, il rétorque qu'elle ne le laisserait pas y aller s'il le lui disait.

Dans les bureaux de l'Administration de l'aide sociale de Washington D.C., des dizaines d’employés sont à l'ouvrage devant leur ordinateur. La salle est immense, les postes de travail nombreux, et il n'y a aucune cloison pour créer un peu d'intimité. Soudain, quatre hommes en costumes sombres font irruption par l’une des portes. Ils cherchent visiblement quelqu'un et se mettent à circuler parmi les rangées. D'autres portes s'ouvrent, et d’autres hommes en complets sombres envahissent les lieux. On aperçoit bientôt celui qui dirige l’opération, l'Homme à la cigarette. Jeremiah Smith, le guérisseur, est assis à l'un des postes de travail. Il se doute bien que c’est lui que tous ces hommes recherchent. Sans perdre son calme, il se lève et essaie de sortir discrètement en poussant une porte. Mais sitôt de l’autre côté, les agents du Fumeur s'emparent de lui.

Un peu plus tard, on retrouve Jeremiah Smith enfermé dans une prison à haute sécurité. On l'a revêtu d’un costume de détenu orange. On l'a aussi muselé et sanglé des pieds à la tête, le genre de traitement qu'on réserve normalement à de dangereux psychopathes de la trempe d'Hannibal Lecter. Complètement immobilisé, il est transporté debout jusqu’à sa cellule, sur une sorte de chariot poussé par un garde.

-6-

Mulder est retourné à la résidence d'été familiale de Quonochontaug. Il a l'intention d’en apprendre plus long sur les causes du malaise de sa mère. À sa grande surprise, il y retrouve Mr X, son informateur. L’homme a vu ce qui s’est passé ici. «Il était là avec elle. Avec votre mère. Le grand Fumeur.» Pour prouver ses dires, il sort de sa poche un paquet de photos qu'il tend à l'agent. On y voit Mme Mulder et l'Homme à la cigarette en train de discuter âprement. «Vous semblez étonné, remarque X. Vous saviez qu'ils se connaissaient, non?» Mulder veut savoir si le Fumeur a fait du mal à sa mère. L’informateur lui assure que non, car elle s'est effondrée après son départ. Il ignore de quoi ils ont discuté tous les deux, mais il sait que le Fumeur tentait d’obtenir de Teena quelque chose qu'elle conservait peut-être ici dans la résidence. Fox avoue sa perplexité. «Le jour où mes parents ont divorcé, ma mère a juré de ne plus jamais revenir dans cette maison d'été.» Mr X insiste. Il s'agit peut-être de quelque chose qui remonte à longtemps, et c'est sûrement très important. Mais Mulder n'a aucune idée de ce que le Fumeur pouvait bien rechercher. X a l'air embêté.

Au siège social du FBI, un homme ayant l’apparence exacte de Jeremiah Smith  se présente en personne à la guérite. Scully, qui passe par là, le reconnaît à son visage et l'intercepte pour lui demander ce qu'il fait ici. «J'ai peur d'être victime d'une erreur, déclare-t-il. J'ai vu ma photo dans le journal et on m'accuse de me cacher. Je viens ici pour me livrer.» Il n'y a aucune trace d'animosité dans sa voix. Scully le conduit au bureau de Skinner où il livre quelques explications assez peu satisfaisantes. Quand il a fait face au forcené dans le restaurant, il se sentait comme dans un rêve. Il n’a pas gardé le moindre souvenir des guérisons qu'il aurait effectuées et que Scully qualifie de «fantastiques». S’il a donné une fausse adresse à l’inspecteur qui l’interrogeait, il s'en excuse, c'est une chose de plus dont il ne se souvient pas. «Je me demande ce que j'ai fait de mal», ajoute-t-il. Le FBI se voit obligé de le relâcher. On lui demande seulement de ne pas quitter la ville sans prévenir avant que cette affaire ne soit réglée.

À la nuit tombée, Mulder se retrouve seul dans la résidence d'été de ses parents. Il entreprend de fouiller les lieux, d'abord distraitement, puis avec de plus en plus d'impatience. Il vide des boîtes et des tiroirs de leur contenu, il déplace les draps de plastique et ouvre les armoires. Il finit par s'effondrer d’épuisement sur un sofa. En relisant le mot écrit par sa mère, il est pris d'une de ses intuitions foudroyantes. Il se met à réarranger les lettres pour former un nouveau mot. PALM devient LAMP (lampe, en anglais). Convaincu que c’est là le sens du message de sa mère, il commence à examiner les lampes autour de lui. Il ôte l'abat-jour d’une première, en triture l'ampoule, puis fait voler l’objet en éclats en le projetant contre un mur. Une deuxième lampe subit le même sort. Cette fois, Mulder remarque un objet inhabituel parmi les débris. Il ramasse un tube argenté muni d'un bouton. Lorsqu'il enfonce ce bouton, une longue pointe jaillit. Mulder sursaute. Il reconnaît cette arme. C’est le genre de poinçon ou de stylet dont s'est servi le tueur métamorphe pour éliminer les clones hybrides dans le diptyque Colony/End Game.

-7-

L'Homme à la cigarette a rejoint Smith dans sa cellule — le «premier» Smith, celui qui a pratiqué les guérisons miraculeuses dans le restaurant et qui a été arrêté aux bureaux de l’Aide sociale. On l’a ligoté à une chaise et enfermé dans une noirceur quasi totale. Se croyant en position de force, le Fumeur irradie de confiance. Il s'approche du prisonnier pour lui retirer la mentonnière qui l'empêche de parler. Les deux hommes se dévisagent, imperturbables l’un et l’autre. Le Fumeur s'en allume une, puis explique qu’il a été chargé de s'occuper du prisonnier. «Je n'ai pas honte de mes actions», dit Smith calmement. L'autre le rabroue: ce genre de sentiments est un luxe qu’on ne peut s’offrir. Rien ne doit être mis au-dessus de l’objectif suprême (the greater purpose). «Je ne crois plus à votre objectif suprême», fait Smith. Si le Fumeur veut lui régler son sort, qu'il le fasse puisqu'il en a le pouvoir, mais qu'il ne s'imagine pas en avoir le droit ni les moyens. L'Homme à la cigarette s'offusque devant pareille impudence: «Avez-vous une idée des conséquences de vos actes et de leur prix? De quel droit leur donnez-vous de l'espoir?»

La conversation commence à prendre une tangente un peu plus métaphysique. «Nous leur donnons du bonheur et ils nous donnent l'autorité», poursuit le conspirateur avec suffisance. «L'autorité de leur enlever toute liberté sous couvert de démocratie», rétorque le prisonnier, mais l’argument qui n'impressionne guère le Fumeur. «Les hommes ne seront jamais libres parce qu'ils sont faibles, corrompus, indignes et agités. Les gens ne croient qu'en l'autorité. Ils sont las d'attendre vainement les miracles et les mystères. La science est leur religion. Aucune autre explication n'existe pour eux. C'est pour qu'ils persistent à le croire que notre projet doit aller de l'avant.» Peu importe le prix à payer, «l'issue» — nous ignorons laquelle — est inévitable, car «la date est arrêtée».

Jeremiah Smith paraît se renfrogner, mais son visage se transforme soudain pour adopter les traits de Deep Throat, l’ancien informateur de Mulder. Le Fumeur perd contenance en voyant apparaître l’ancien collègue dont il a sans doute ordonné lui-même l'exécution. Il ne s'attendait pas à un tel face à face. «Combien d'hommes devront mourir pour préserver vos intérêts dans ce projet?» demande Deep Throat avec dureté. Le Fumeur se lève et frappe nerveusement à la porte pour que le gardien vienne lui ouvrir. Il tente une dernière bravade pour ne pas perdre la face: «Vos tours de passe-passe et vos miracles ne m'impressionnent pas du tout. La peine que vous méritez vous sera infligée.» L'autre rigole. Par qui? Et avec quel instrument? «Par ceux qui possèdent l'instrument de votre destruction», assure le Fumeur avec grandiloquence.

-8-

Mulder surgit en coup de vent dans le bureau de Skinner. «Je veux connaître son nom, je veux tout savoir sur lui», lance-t-il tout de go, en présence de Scully. «Je veux que ce putain de fumeur soit réduit en fumée et que tout le monde sache que c'est une ordure!» Skinner se lève de son fauteuil, irrité par le ton de son subordonné. Mais Mulder s'explique en lui tendant les clichés que lui a remis X. «C'est à cause de lui qu'elle est dans cet état», accuse-t-il. Il exige encore une fois que Skinner l’aide à trouver le conspirateur. «À une certaine époque, j'aurais pu peut-être vous aider à le contacter, mais cette époque est passée», révèle Skinner, indiquant qu'il a coupé les ponts. «Il est en rapport avec l'homme qui a disparu après la fusillade», révèle maintenant Mulder qui semble avoir établi un lien entre Jeremiah Smith et le stylet extraterrestre qu’il a découvert à Quonochontaug. Il est convaincu que le Fumeur essaie de tuer cet homme. Scully lui apprend alors que ce même individu est venu la veille au FBI pour se livrer, qu’il a fait une déposition et qu’il est reparti.

Mulder et Scully se rendent donc à l'Administration de l'aide sociale afin d’interroger de nouveau Jeremiah Smith. Celui-ci paraît surpris. N’a-t-il pas déjà dit tout ce qu'il savait? Mais Mulder l’entraîne avec lui, presque de force. Lorsqu'ils sortent de l'ascenseur au rez-de-chaussée, ils doivent traverser un hall où circule une foule importante. Pour échapper aux agents, Smith se rue soudain vers un groupe et fait chuter des gens. Mulder se jette dans la mêlée dans l'espoir de lui remettre la main au collet, mais Smith s’évapore de nouveau. En fait, il s’est métamorphosé en quelqu’un d’autre, un homme à barbe bien taillée et au visage aimable. Il n’a aucun mal à s’esquiver.

-9-

Le Fumeur est retourné à la cellule pour annoncer à son prisonnier que l'heure de l'exécution approche. «Vous m'avez mis dans une cage qui est dans une cage. Pourquoi avez-vous si peur de moi?», lui demande Smith en souriant. Il est convaincu que son geôlier est effrayé par ses pouvoirs, ces mêmes pouvoirs qui lui permettent d'accomplir des miracles. Le dialogue métaphysique amorcé plus tôt reprend de plus belle. «Vous croyez être Dieu? s'étouffe le Fumeur. Vous êtes un faussaire, un escroc, un charlatan!» (La traduction est intéressante, mais l'anglais présente un argument beaucoup plus technique: «You're a drone, a cataloger, chattel!», bref, une misérable abeille ouvrière parmi d'autres.) «Ce que vous craignez, poursuit Smith, c’est qu’ils me prennent vraiment pour Dieu.» Le conspirateur rétorque que les hommes ne croient plus en Dieu, car il ne fait même plus de miracles pour gagner leur foi. «Vous pensez que l'homme qui cesse de croire aux miracles cesse aussi de croire en Dieu?», demande le prisonnier. Bien sûr, de répondre le Fumeur. «Vous voulez régner sur les hommes au nom de Dieu?», demande encore le prisonnier. Le Fumeur doit reconnaître que si personne ne croit en Dieu, tout le monde le craint encore. «Mais ce qu'ils craignent plus que tout, c'est d'être libres», assure-t-il avec condescendance. «Nous apaisons leur conscience. Quiconque sait apaiser la conscience d'un homme peut lui prendre sa liberté», ajoute-t-il sentencieusement, avant de laisser tomber son mégot et de l'écraser.

Jeremiah Smith adopte maintenant la tête de William Mulder, un autre collaborateur dont l'Homme à la cigarette a ordonné l'exécution. «Et c'est en apaisant leur conscience que vous les tuez, accuse Smith sous cette forme. Mais vous ne les tuerez pas tous. Vous ne pourrez pas tuer leur amour. Or c'est l'amour qui fait d'eux ce qu'ils sont et qui les rend meilleurs que nous, meilleurs que vous.» Le conspirateur s'est rallumé une cigarette. Bavardages que tout cela. Mais Smith repart à l’assaut: tout ce que veut le Fumeur, c’est d’être aux commandes «quand le processus commencera». Or, il fait fausse route. «Vous êtes en train de mourir du cancer.» L’autre se fige. Il refuse de croire une chose pareille (pourtant…), et accuse son prisonnier d’essayer seulement se sauver sa propre vie. «Pas vous?», lui demande malicieusement Smith.

Dehors, le barbu au visage aimable qui a émergé de la bousculade, dans le hall de l’immeuble de l’Aide sociale, se tient maintenant devant la grille de la prison. Il se livre à une nouvelle métamorphose, en plein jour, mais sans doute à l’abri des regards, pour prendre les traits de l'imposant tueur mercenaire (Bounty Hunter) dont on n’avait plus entendu parler depuis le diptyque Colony/End Game. L’extraterrestre tient en main un stylet similaire à celui qu’a trouvé Mulder dans une lampe. Il teste l’arme en faisant sortir et entrer la pointe. Quelques minutes plus tard, on lui donne accès à la prison et un garde l'accompagne jusqu'à la cellule de Smith. Il est clair que le Mercenaire est venu exécuter le prisonnier et qu'il est de connivence avec le Syndicat. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Smith n'est plus dans sa cellule. Le Fumeur aurait-il donc accepté de le libérer en échange de sa vie? À voir sa mine, le tueur est très contrarié.

-10-

Faute de piste, Fox est retourné à l'hôpital de Providence pour rendre visite à sa mère, dont l’état continue de se détériorer. Fox s'assoit à côté du lit de la malade et se met à pleurer en lui tenant la main. Lorsqu’il sort de la chambre un peu plus tard, il tombe sur l'Homme à la cigarette dans le couloir, en train d'en fumer une en plein hôpital. Mulder se rue sur lui et le plaque contre un mur en lui pointant son arme de service sous le nez. Il menace de lui tirer une balle dans la tête pour le rendre paralysé comme sa mère jusqu'à la fin de sa vie. «Comment va-t-elle?», demande le Fumeur, sans trace de moquerie. Il a connu Mme Mulder avant la naissance de Fox. Il l'a vue il n'y a pas longtemps. Ce n’est pas lui qui a demandé à la voir, ment-il, mais elle qui voulait le rencontrer. Elle cherchait des informations sur la disparition de sa fille, Samantha. En prononçant ce nom, le Fumeur a touché une corde sensible. «Où est-elle?», demande Mulder. L’autre continue de broder son histoire: «Il semble que l'homme qui avait cette information (Smith) ait disparu.» Mulder révèle alors au Fumeur qu'il possède l'arme que tout le monde recherche, mais l’autre s’esquive en assurant qu'il n'est venu à l’hôpital que pour avoir des nouvelles de Mme Mulder.

En faisant des recherches dans les fichiers du gouvernement, Scully apprend que Jeremiah Smith existe en six exemplaires, chacun travaillant à l'Aide sociale, et dans des États différents. Elle veut en informer son collègue, mais celui-ci ne peut recevoir d'appel, son appareil étant hors service. Mulder se trouve en fait dans un stationnement souterrain, où il est venu rencontrer Mr X. L’informateur surgit de l’ombre et lui demande s’il a le stylet. L’agent paraît méfiant: à quoi lui servira cet objet? «Quand le moment viendra, explique X, lorsque la vérité sera enfin établie, cela prendra beaucoup de valeur.» Mulder comprend que cette arme est le seul moyen de tuer un extraterrestre et qu’il faut la lui enfoncer dans la nuque pour qu’elle soit efficace. Son informateur lui assure aussi que les conspirateurs le tueront pour avoir le stylet, peu importe si cela fait de lui un martyr. «J'aimerais être sûr de comprendre, dit posément l’agent. Nous sommes en train de parler de colonisation. La date est arrêtée, c'est ça?» Mr X veut s’emparer du stylet, l'agent refuse de le lui remettre. Une bagarre éclate. Chacun y va de ses coups de poing les plus vicieux et se prend une solide raclée. Tous deux en viennent à sortir leurs armes et à se tenir mutuellement en joue. «Si vous me tuez, jamais vous ne le trouverez!», lance un Mulder très amoché. «De toute façon, je devrais vous tuer. Après tout ce que je vous ai donné...», proteste l'informateur. Mais l'agent n'a pas envie d'attendre son reste et il fait mine de s'en aller. «Vous êtes un homme mort, agent Mulder, le prévient Mr. X. D'une façon ou d'une autre.»

-11-

De retour chez elle, Scully tente toujours de rejoindre Mulder par téléphone. À sa grande surprise, quelqu'un frappe à la porte même s'il fait  nuit. C'est Jeremiah Smith qui lui demande d'ouvrir. Maintenant qu'elle en sait plus long sur son étrange visiteur, Scully ne le fait entrer qu’avec beaucoup de précautions. Smith a l'air tout à fait incapable de perdre son calme ou de manifester la moindre peur. «J'ai une information importante à vous communiquer et qui intéressera votre collaborateur. Ça concerne sa sœur et un plan très particulier, un certain projet», dit-il. Scully lui demande pourquoi il n'a pas raconté tout ça plus tôt. «Je n'ai jamais eu l'occasion de vous parler, assure Smith. Celui qui vous a parlé était un imposteur dont la mission était de me tuer.» Le téléphone sonne, coupant court aux explications. C'est Mulder. Scully lui apprend que Smith est présentement chez elle, ce qui alarme son collègue. «Écoute Scully, tu dois sortir de ton appartement avant qu'ils n'arrivent. Rejoins-moi au plus vite.» Il lui donne rendez-vous dans une sorte de cour attenante à une scierie.

Scully et Jeremiah Smith vont rejoindre Mulder, toujours en possession de son stylet. «J'ai pris un grand risque en venant vous voir, dit Smith. Je ne vous veux aucun mal. J'ai une histoire compliquée et longue à vous raconter.» Scully ajoute qu'il sait des choses sur Samantha. Mulder n'est pas entièrement convaincu. Comment a-t-il réussi à guérir ces gens au restaurant? Smith déclare pouvoir tout expliquer. Pour Mulder, la première chose à faire est de se rendre au chevet de sa mère, afin de la guérir. Les phares d'une voiture illuminent soudain le trio. C’est le tueur métamorphe qui les a retrouvés. «Il est venu pour me tuer», leur confirme Smith d'un ton toujours égal, tandis que son bourreau, le stylet bien en main, s’avance vers lui avec détermination.

À suivre...

Juin 2010