-1-

Une équipe de fouille archéologique s'active sur un site appelé Teso Dos Bichos, dans les montagnes de l’Équateur. Le plus dur du travail est assuré par des habitants du coin, des Indiens Secona, qui creusent le sol et charrient des pierres dans des brouettes. L'un d'eux fait soudain une découverte qui le plonge dans une grande agitation. Tout le monde accourt à ses cris. Le Dr Bilac, un anthropologue assez jeune qui assure la liaison avec les Secona, vient se joindre à l’attroupement. Les Indiens tentent de le convaincre que l'objet découvert (dont nous ignorons encore la nature) est muy malo: très mauvais, diabolique même. Bilac va chercher le responsable des fouilles, le Dr Roosevelt, qui est dans sa tente.

Dehors, la neige s'est mise à tomber. Roosevelt, un homme nettement plus âgé que Bilac, s'approche de la découverte et constate qu'on vient de mettre au jour une grande urne funéraire contenant un squelette en position fœtale. Il sourit de contentement: «Oh, c'est une Amaru!» La relique est presque intacte. Bilac veut persuader Roosevelt de la laisser sur place, car il s’agit des restes d’une femme shamane que les Secona considèrent sacrée. Pour eux, elle ne doit pas quitter son lieu de sépulture. Roosevelt lui tient tête: «Mais je ne la dérangerai pas! Je veux la sauver!» En aparté, il se dit déçu de Bilac qu’il avait cru capable de traiter avec les autochtones. L’autre insiste: s’emparer de cette urne pourrait s’avérer dangereux. Mais Roosevelt ne l’écoute pas. Il ordonne de tout emballer pour le transport aux États-Unis. Il tourne les talons, ignorant la grogne des ouvriers. Troublé, Bilac regarde la sépulture. Son regard se porte ensuite vers le sommet de la colline, d'où un shaman — bien en vie, celui-là — l'observe.

À la nuit tombée, quelques feux de camp ont été allumés près des tentes. Le Dr Roosevelt prend des notes en écoutant de la musique classique. Dehors, Bilac est assis devant un feu de camp en compagnie des ouvriers. Le shaman est parmi eux, le visage peint. La mine grave, les Secona s'adonnent à une cérémonie au son des tam-tams et des crécelles traditionnels. Une épaisse mixture hallucinogène a été préparée pour l'occasion. Le shaman plonge sa cuillère dans le pot et prend une gorgée de la concoction jaunâtre. Il fait passer la cuillère pour que les hommes avalent une gorgée à tour de rôle. Bilac hésite, mais devant le regard insistant des Secona, il ingurgite sa part en grimaçant. Sa vision se brouille immédiatement. En vue subjective, on se rend compte qu’une présence menaçante se déplace parmi eux. Une ombre féline de bonne taille, celle d’un grand fauve en fait, se dirige vers la tente du Dr Roosevelt et se jette brutalement sur l'homme qu'elle dépèce à coups de griffes.

-2-

On se retrouve trois semaines plus tard dans le Hall des peuples indigènes du Musée d'histoire naturelle de Boston. Il fait nuit, le bâtiment est fermé et ses couloirs sont plongés dans l'obscurité. Tim Decker, un gardien de sécurité, fait sa tournée en s'éclairant de sa lampe de poche. Il traverse le sous-sol du musée où artefacts et animaux empaillés sont stockés de façon temporaire. Il entre dans une salle de travail où des ossements sont soigneusement étalés sur un plateau. Il appelle le Dr Craig Horning qu’il s’attendait à trouver sur les lieux, mais n’obtient aucune réponse. Soudain, son pied glisse dans quelque chose. Le faisceau de sa lampe éclaire d'abord une grande flaque de sang, puis de longues traînées et des éclaboussures fraîches qui n'augurent rien de bon. Apeuré, le gardien quitte la salle en courant. La caméra s'attarde un instant sur l'urne funèbre découverte en Équateur et rapportée ici comme l’avait ordonné Roosevelt. Le Dr Horning était-il en train d’étudier cette relique?

Au lever du jour, la police est sur les lieux. Dans le musée, Mulder fouine en quête d'indices pendant que Scully interroge un autre archéologue, le Dr Lewton. Celui-ci attribue le meurtre à un acte de terrorisme (et non à une «vague de terrorisme» comme le dit la version française). Il est persuadé que son collègue Horning a été tué à cause du projet sur lequel il travaillait. Scully comprend qu'il parle de «l'examen de l'excavation de la nécropole des Indiens Secona», car elle a lu la mise en demeure adressée au gouvernement américain par les Secona eux-mêmes, et exigeant le retour d'une certaine relique. «Une urne millénaire, proteste Lewton, une des antiquités que nous avons préservées le mois dernier.» Quand la compagnie PetroEcuador a fait savoir qu’elle allait construire un pipeline dans la région, Carl Roosevelt et lui se sont empressés d’y organiser des fouilles. Or Roosevelt a disparu dans des circonstances mystérieuses. Sur un ton offusqué, Lewton dit que le gouvernement équatorien a attribué la mort de son collègue à une bête sauvage sans avoir ouvert la moindre enquête. À la lumière des événements récents, soutient l’archéologue, cette hypothèse ne tient plus la route. Y a-t-il eu des menaces de mort, demande Scully? Lewton répond que non, ce qui pousse aussitôt Mulder à s’immiscer dans la conversation. Il est déjà au courant des détails occultes de l'affaire. «Les Secona pensent que des démons s'abattront sur l'homme qui trouble le repos d'une Amaru — une femme shamane —, qu'il se fera dévorer par le jaguar de l'enfer.» («Well, what about the curse? The Secona believe great evil would befall anyone that disturbed the remains of an Amaru, a woman shaman... that they would be devoured by the Jaguar Spirit.») Lewton pense plutôt que les Secona se servent de ce mythe pour instiller la peur et pousser le musée à rendre la relique, ce qu'il n'a pas l'intention de faire. À la demande des agents, il accepte toutefois de leur faire voir l'objet.

C'est Mona Wustman, une jeune femme aux longs cheveux bruns, qui leur sert de guide. Pendant qu'elle sort l'urne sur une table roulante, Mulder fait part à sa collègue de ses dernières volontés: «Moi, si quelqu'un me déterre dans un millénaire, je lui souhaite toutes les malédictions du monde.» («Personally, if someone digs me up in 1,000 years I hope there's a curse on them, too.») Mona Wustman donne son avis aux agents: selon elle, les archéologues n'auraient pas dû prendre la sépulture. Elle connaissait Craig Horning avec qui elle travaillait sur le catalogage des reliques équatoriennes. Elle fait une maîtrise d'archéologie à Boston (un PhD en version originale). Horning était dévoué à son travail et faisait tout ce que Lewton lui demandait. Il ne se souciait pas des problèmes politiques entourant l'artefact religieux. Scully lui demande si elle est au courant d'une lettre de protestation envoyée au gouvernement et signée par le Dr Alonso Bilac. Mona connaît Bilac, un anthropologue qui assurait la liaison avec les Indiens Secona. L’homme ne s'occupe plus du projet. Mais on ne sait pas très bien s’il a démissionné ou s’il a été mis à la porte par Lewton. «Le Dr Bilac pense que les Indiens ont le droit de déterminer le destin de leurs dépouilles mortelles.» Mulder lui demande où ils peuvent trouver cet anthropologue. Mona semble soudain hésiter.

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Mulder et Scully vont frapper à la porte de la résidence d'Alonso Bilac. Quand il ouvre, les agents constatent qu'il a le teint cireux et les yeux éteints d'un malade. Scully lui explique qu'ils souhaitent l'interroger au sujet de la disparition de Craig Horning. D'un ton épuisé, Bilac les laisse entrer. À l'intérieur, Scully lui demande de confirmer qu'il faisait partie de l'expédition dirigée par le Dr Roosevelt qui a ramené l'urne funéraire. Elle précise qu'elle tient cette information de Mona Wustman, l'étudiante du musée. Bilac admet qu'il s'est opposé tout de suite au déplacement de la relique. Malgré son rôle restreint de traducteur, il a jugé que Roosevelt allait trop loin en ne respectant pas la volonté des Indiens. «J'ai passé les six derniers mois en compagnie des Secona à apprendre leurs coutumes. J'ai fini par comprendre la nature et la portée de leur culture», explique-t-il. Apparemment, juge Scully, il leur a aussi appris beaucoup de choses au sujet de sa propre culture. «Oui, admet Bilac. Je les ai initiés aux joies de la bureaucratie américaine.» (On comprend que Bilac est à l’origine de la mise en demeure.)

Pendant leur échange, Mulder jette un coup d'œil intéressé au salon, où sont disposés plusieurs objets ethniques. Sur les nombreuses photos accrochées au mur, il peut apercevoir l’anthropologue en compagnie des Secona sur le site des fouilles, en des temps meilleurs. Selon Lewton, poursuit Scully, le déplacement de l’urne a quelque chose à voir avec la disparition de Craig Horning. Bilac se gausse d'elle. Disparition? S'attend-elle donc à le voir ressurgir? «Je crois que ce qui est arrivé à Craig Horning va sans doute recommencer tant qu'on refusera de remettre ces ossements à leur place.» Scully lui demande tout de go si ses convictions le pousseraient à aller plus loin qu'une simple lettre au gouvernement. «Si vous croyez que je l'ai tué, c'est que vous êtes folle», lâche Bilac. L’homme n’a malgré tout pas d'alibi — la veille il est resté seul chez lui. À son avis, cette enquête est une perte de temps.

En sortant de la maison, les deux agents échangent leurs impressions. «C'est bien de savoir qu'il y a encore des gens qui ont des convictions», fait Muder, pas tout à fait sarcastique. Selon Scully, tout porte à croire que Bilac est responsable de la disparition de Horning: l'arrogance de ses idées politiques, son conflit avec le docteur Lewton, sa sympathie envers les Secona et le fait qu'il n'y a aucun autre suspect. Mulder rappelle qu'aucun corps n'a été retrouvé. Tout ce qu'ils ont comme preuve c'est une mare de sang. Il croit Bilac innocent. Quand Scully lui demande s'il pense aussi que la victime a été dévorée et emportée par le jaguar de l'enfer, il la défie de prouver le contraire. («Go with it, Scully.»)

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Nouvelle scène de nuit au musée. Mona est au téléphone avec Bilac, qu'elle appelle «Lonnie» — selon toute évidence, ils sont très proches. Elle s'inquiète de le voir attirer les soupçons du FBI et lui conseille vivement de leur raconter la vérité. Elle annonce qu'elle a l’intention de venir le voir. Elle ne s’est pas rendu compte que le Dr Lewton se trouve à l'entrée de la pièce et qu’il a écouté la conversation. Quand il finit par pousser la porte grinçante pour indiquer sa présence, Mona raccroche. Elle lui dit qu'elle a besoin de travailler, mais Lewton éprouve des réticences à la laisser toute seule au musée. «C'était le Dr Bilac au téléphone?», demande-t-il. Elle dit oui. Il tente de lui faire comprendre son point de vue: «Nous avons une responsabilité, Mona, envers la postérité. Le Dr Roosevelt a fait ce que ferait tout archéologue de ce nom en emportant l'urne Amaru. S'il ne l'avait pas fait, elle se serait sûrement détruite [sic].» Mona en convient, mais il poursuit: «Lorsqu'on fait de la politique, on ne pense pas à ça.» Et un dernier avertissement: «Mona, je vais vous donner un bon conseil: vous avez de l'avenir ici. Mais n'abusez pas de votre chance.» Après qu'il soit parti, la jeune femme essaie de se replonger dans son travail. Derrière elle, une autre porte s'entrouvre tout doucement et une forme animale se glisse dans la pièce. La porte finit par grincer, ce qui alerte Mona. Mais l'intrus n'est qu'Edgar (Sugar, en anglais), son chien.

À l'extérieur, le Dr Lewton monte dans sa voiture (une Jaguar!) et tente de la faire démarrer, mais le moteur toussote et cale. L'archéologue prend une lampe de poche miniature dans la boîte à gants et ouvre le capot. Dans le boisé derrière lui, une créature l'observe: la caméra nous offre une vue subjective un peu floue et verdâtre, comme celle du prologue. Lewton découvre une traînée de sang sur le métal. Il la touche avec beaucoup de précautions. Derrière lui, la créature s'approche et s'élance. L'homme est poussé au sol. Il tente frénétiquement de s'accrocher à la voiture, mais en vain. L’agresseur, dont on ne voit à aucun moment la forme, le traîne vers les fourrés et le déchire impitoyablement. Sous la poussée, le capot se referme et la caméra s'attarde un moment sur la décoration en métal de la voiture qui représente un jaguar bondissant.

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Le jour s'est levé. Scène déjà familière, la police est en train de passer le musée et ses environs au peigne fin sous le regard intéressé des badauds. Scully fouille sous le capot de la voiture de Lewton à la recherche d'indices. À ses côtés, un grand policier prépare avec obligeance un sac en plastique pour y mettre tous les éléments de preuve qu'elle trouvera. Elle commence par extraire les restes écrasés d'un rat qu'elle demande au policier d'étiqueter sous l'identification «Morceau de rat putréfié». Elle va ensuite rejoindre Mona pour lui poser des questions. L'étudiante reconnaît avoir vu Lewton avant son départ. Les deux ont un peu bavardé. Selon elle, l'archéologue n'avait pas l'air préoccupé. «Est-ce qu'il vous a parlé du Dr Bilac?» Mona hésite et ment en répondant par la négative. Sait-elle au moins quand les deux hommes se sont parlé pour la dernière fois? Nouvelle réponse négative. En désespoir de cause, Scully donne sa carte à Mona, au cas où elle retrouverait la mémoire («if anything comes to mind»).

Mulder fouille le boisé en compagnie d'une équipe. Très brièvement, la caméra subjective nous laisse savoir que la créature de la veille l’observe du sommet des arbres. Scully vient rejoindre son collègue. Les deux doivent convenir qu'ils ont fait chou blanc: encore une fois, il n'y a pas de corps. Comme il a plu la veille, les traces éventuelles laissées au milieu des arbres ont probablement disparu. Scully a cependant compris que Lewton examinait le moteur de sa voiture au moment où on l'a attaqué. Elle ne croit pas à l'hypothèse du sabotage que soulève Mulder, car elle a trouvé deux rats morts sous le capot. Elle affirme que le musée est infesté de ces rongeurs, au point que c'en est devenu un vrai problème. «Un moteur, c'est idéal quand on a froid», conclut-elle. La grimace de Mulder montre qu'il trouve l'idée répugnante.

Les agents s'enfoncent plus loin dans le boisé tout en discutant. Scully est agacée par le fait qu'ils n'ont encore trouvé aucune piste. Les deux disparitions se sont produites entre 21:30 et minuit, mais ils ignorent si cela a une importance. Scully croit que Mona Wustman cache quelque chose, car elle paraît nerveuse quand on lui parle de Bilac. Mulder s'arrête soudain et s'accroupit sans raison apparente. Juste au même moment, une goutte d’un liquide rouge lui tombe sur la tempe. Il pense qu'il se remet à pleuvoir, mais Scully voit bien qu'il ne s'agit pas d'eau. Elle prélève le liquide sur le bout de son doigt pour lui montrer. Il se redresse vite et regarde vers le sommet des arbres. «Qu'est-ce que c'est que ce truc?» Un morceau d'intestin est enroulé autour d'une branche. Comprenant d’où venait ce qu’il a reçu dans le visage, Mulder s’essuie de la main avec frénésie.

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Mona va frapper à la porte d'Alonso Bilac. Comme personne ne répond, elle ouvre simplement la porte et entre. L'intérieur est plongé dans la pénombre. «Lonnie?» Toujours pas de réponse. Dans le salon, un feu crépite dans la cheminée. Tous les stores ont été baissés. «Non», fait la voix de Bilac quand Mona fait mine de les ouvrir. La jeune femme sursaute en discernant sa silhouette. Elle lui apprend que «ça a recommencé» et que Lewton est mort. Bilac est suffisamment proche maintenant pour qu'elle puisse voir son visage malade ruisselant de sueur. «Je t'avais interdit de venir», gronde-t-il. «Mais pourquoi? proteste-t-elle. Qu'est-ce qui t'est arrivé? Depuis que t'es revenu de là-bas, on dirait que t'es devenu un étranger... que tu es possédé!» Bilac bafouille qu'il faut arrêter ces crimes. Elle comprend qu'il sait comment ses collègues ont été tués, mais il ne veut pas le lui expliquer. «Jamais tu ne me croirais.» Mona se met en colère, mais son engueulade arrête net quand elle voit un bol rempli d'une concoction posé sur une table. «Le vin de la conscience», explique Bilac. Mona est horrifiée en comprenant que Bilac boit du yahé. Elle tente de s'emparer du bol, mais il s'interpose. Elle pique une crise et exige qu'il la laisse l'aider. À bout de nerfs, Bilac la met dehors.

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Dans une salle d'autopsie, Scully examine l'intestin qu'ils ont découvert dans le boisé. Mulder la regarde faire. Ce sont bien des viscères humains et elles appartiennent à Lewton si Scully peut se fier au contenu partiellement digéré: salade de maïs et graines de tournesol, qu'il a mâchées tout l'après-midi. «Un homme de goût», constate Mulder. Scully se demande comment Lewton a été éviscéré. Elle ne trouve pas de marques de coupure, ce qui laisse supposer que les boyaux ont peut-être été arrachés à la main (torn or pulled en version anglaise). Ce n'est pas non plus une certitude, car les restes ont été abîmés par les prédateurs, qu'elle pense être des rats. «Encore des rats», fait Mulder pensivement. Le téléphone de Scully sonne, mettant fin à la conversation.

C'est Mona qui appelle, prise de panique. Elle raconte qu'elle vient de voir le Dr Bilac. Il lui a fait peur, elle a cru qu'il allait lui faire du mal. Il est très malade et se terre chez lui. Mona est retournée au musée, mais elle a l'impression que quelque chose l'observe. Au même moment, son chien Edgar se met à aboyer comme pour donner l'alerte. Scully demande à Mona de rester où elle est. L’agent Mulder ira la retrouver au musée.

En attendant, Mona se remet au travail. Malgré toutes les craintes qu'elle a exprimées concernant la malédiction, elle saisit un outil et entreprend de gratter le crâne de l’Amaru. Edgar aboie de plus belle et la jeune femme entend un sourd grondement venant de l'extérieur de la pièce. Elle va examiner les couloirs avec précaution. Edgar cesse de la suivre au bout d'un moment et reste planté là en grognant. Le bruit se transforme un tambourinement lorsque Mona pousse la porte des toilettes des dames. Elle ne voit d'abord rien, car le son provient des cabines. Elle pousse l'une des portes et a un hoquet de surprise en constatant que le couvercle et la lunette tressautent sur la cuvette. Le même phénomène semble se produire dans toutes les cabines. Défiant toute logique, elle soulève le couvercle devant elle. Une horde de rats trempés surgissent de la cuvette, la faisant hurler à pleins poumons.

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Scully s'est rendue seule à la résidence du Dr Bilac. La porte d'entrée est grande ouverte, mais la maison est plongée dans le noir. Plutôt que d'allumer les lumières, Scully choisit de s'éclairer avec sa lampe de poche. Le Dr Bilac s'est volatilisé. Scully trouve toutefois le yahé dont la forte odeur la fait grimacer.

De son côté, Mulder est entré dans le musée, où il s'éclaire lui aussi avec sa lampe de poche. Son faisceau illumine un moment la tête d’un jaguar empaillé. L’agent descend au sous-sol et déambule dans les couloirs jusqu'à ce qu'il tombe — presque au sens propre — sur le gardien Tim Decker. En apprenant que Mulder cherche Mona, Decker le conduit à son lieu de travail, mais l’étudiante n’est pas là. Le téléphone de Mulder sonne. C'est Scully. Pendant que les agents discutent, le gardien allume (enfin) la lumière. Mulder explique à Scully qu'il n'a pas trouvé Mona, bien que sa voiture soit encore garée à l’extérieur. Sa collègue n'a pas trouvé Bilac non plus, mais elle a mis la main sur son journal. Elle en lit un extrait: «Je viens de voir l'Amaru. Elle sort de la jungle avec les yeux d'un scorpion et les griffes d'un jaguar. Elle saute d'un arbre. Je la vois bondir. Elle déchire ma chair et m'immobilise la tête avec les pattes pour me dévorer les yeux.» Cette inscription est toute récente. Mulder, dont les yeux ne quittent pas le crâne grimaçant de la sépulture, se demande s'il y a un rapport entre cette image du jaguar qui saute de l'arbre et les intestins enroulés dans l'arbre. Scully continue de soupçonner Bilac. La décoction qu'elle a trouvée chez lui, le yahé, est un puissant hallucinogène. Elle en conclut qu'il s'est organisé une cérémonie pour prier l'Amaru et invoquer la malédiction.

Mulder aperçoit soudain une immense flaque de sang à l'entrée du couloir, rendue visible quand le gardien a allumé la lumière. Il coupe la communication et entreprend d’explorer les lieux. Il remonte la piste jusqu'aux toilettes des dames. Il y a du sang partout: sur les murs, les lavabos, le miroir, le sol. Mulder trouve aussi Bilac accroupi dans un coin, plus malade que jamais (on ne sait trop comment il a pu se traîner jusqu’au musée). «On l'a tuée» («She’s dead»), bredouille faiblement le malheureux.

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Scully se trouve maintenant elle aussi au musée. Elle demande à Bilac où est Mona. L’homme sait seulement qu'elle a été tuée, mais il ignore où se trouve le corps. Comme les agents ne cachent pas leur scepticisme, il clame qu'il a voulu aider Mona. «Je suis venu parce que l'Amaru refuse de pardonner. J'avais peur pour Mona. J'ai essayé de la mettre à l'abri de tout ça. Cette fille est innocente.» Scully lui fait remarquer que Mona avait plutôt peur de lui parce qu'il est devenu violent. Elle refuse toujours de croire qu'il y a de la sorcellerie dans cette histoire. Bilac tente de la convaincre du contraire. Pour lui, l'Amaru a un pouvoir sur tous les humains. «Vous vous attaquez à un esprit, l'esprit de l'Amaru. C'est une chose que vous ne pourrez pas mettre dans une cellule.» Sans explication, Mulder quitte brusquement la pièce.

Scully finit par sortir aussi. Elle rejoint deux policiers à qui elle ordonne de surveiller Bilac. Il doit rester dans cette pièce jusqu'à ce que les agents aient fini de fouiller le musée. Mulder s’est rendu dans les toilettes où il appelle sa partenaire. Comment se fait-il qu’il y ait tellement d’eau répandue sur le sol? Chaque cuvette paraît avoir débordé, ce qui exclut qu’une seule des toilettes soit bouchée. «Il y a une seule façon de vérifier ça», laisse tomber Scully. Mulder comprend qu'il doit lever les couvercles un après l’autre, ce qu’il fait avec une grimace de dégoût. Son appréhension s'avère justifiée lorsqu'il découvre des cadavres de rats noyés flottant dans les cuvettes. Les agents ne comprennent pas comment les bestioles se sont retrouvées là. Le gardien du musée vient annoncer aux agents que la police a trouvé quelque chose. Ce n'est pas Mona, mais plutôt son chien Edgar. L'animal est mort (en français, Decker précise qu'on l'a tué). «Un corps, enfin», lâche Mulder.

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Scully vient s'informer auprès du vétérinaire qui termine l’autopsie d'Edgar (dans le musée, apparemment). Des analyses toxicologiques seront nécessaires, mais il semble que le chien soit mort d'une ingestion de warfarine, un anticoagulant utilisé comme raticide. L'empoisonnement a été involontaire, précise le vétérinaire. En disséquant le chien, il a trouvé dans son estomac les restes des intestins d'un chat. Il a découvert dans ceux-ci des fragments de poils de rat. Autrement dit, un rat a avalé le poison avant d'être bouffé par un chat, qui a ensuite été dévoré par Edgar le chien.

Ce que Mulder relève dans cette histoire abracadabrante, c'est que des rats viennent une fois de plus de surgir dans le paysage. Il y en avait dans le moteur du Dr Lewton, dans les toilettes où Mona a été tuée et maintenant dans le chien. Scully ne trouve pas la chose étonnante puisque le musée est un bâtiment ancien. Mais Mulder lui rappelle plutôt les croyances des Secona et le fameux jaguar magique dont l'unique fonction est de trucider les profanateurs de tombes. «Derrière tout cela, ils nous parlent de la transmigration de l'homme en animal.» Et ce, grâce à une cérémonie où ils boivent du yahé pour appeler les esprits. Scully ne peut s'empêcher de se moquer un peu. Que faut-il chercher? Un rat diabolique? Dans tout ce fouillis, Mulder finit par déduire que si les rats se sauvent, c’est qu’ils tentent d'échapper à une menace. Ils ont été tellement pris de panique qu'ils se sont engouffrés dans la tuyauterie des toilettes. «Tu n'as pas bu de yahé, j'espère?», lui demande Scully, mais son collègue n'en démord pas.

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Dans le couloir du musée, un policier vient avertir Scully que Bilac a disparu. Il s'en est rendu compte en allant voir si le détenu allait bien. Il jure qu'il n'a pas quitté son poste et qu'il n'a vu personne entrer ni sortir. «Même pas un rat?», demande Mulder. Le gardien de sécurité, qui s'est joint à eux dans la salle où était détenu Bilac, admet qu'il y a des rats tout le temps et qu'ils entrent par les nombreuses bouches d'aération du musée. Scully décide de faire fouiller le bâtiment. Mulder, qui explore la pièce pendant ce temps, a découvert des traces étranges dans la poussière. Il semble qu'on a traîné quelque chose — ou quelqu'un — à cet endroit vers une grille d’aération. Pour y accéder, il faut cependant pousser un meuble. Tim Decker lui explique que cette bouche conduit à une ancienne chaudière qui n'est plus opérationnelle depuis cinquante ans. Quand Scully lui demande s'il pense que Bilac a rampé là-dedans, Mulder lui montre sa main tachée de sang, en prenant une fois de plus une mine dégoûtée: «On l'a plutôt traîné», dit-il.

Un peu plus tard, les agents se retrouvent à l’extérieur, à quelques pas du musée. Mulder s'escrime à ouvrir une plaque d'égout. «D'après les plans, les couloirs partent dans trois directions, explique Scully. Il y a sûrement des kilomètres de tunnels, là-dedans.» Et pourtant, concluent-ils bien vite, il n’y a qu'une seule entrée, et donc (?) une seule sortie. Mulder éclaire des échelons métalliques qui s'enfoncent dans la noirceur ainsi que les nombreuses toiles d'araignée. «Honneur aux dames?», demande-t-il plein d'espoir. Scully secoue la tête. C’est lui qui doit descendre le premier.

-12-

En bas de l'échelle, le sol est étrangement sec pour des égouts. Les agents s'engagent dans un labyrinthe de couloirs étroits et plongés dans une noirceur presque totale, si l'on omet une faible lueur bleutée provenant de petites fenêtres sans vitre. Dans l'obscurité, des yeux ronds et mobiles observent les agents. La caméra en mode subjectif nous restitue de nouveau cette vision verte et déformée. Mulder et Scully poursuivent l'exploration en essayant de se fier aux plans qu'ils ont apportés avec eux et en s'éclairant avec leurs lampes de poche. Scully trébuche sur un objet métallique. Le faisceau de sa lampe éclaire un rat qui frôle son pied. «Il faut suivre ce rat», déclare pompeusement Mulder. Les agents le font sans se presser et sans perdre le rongeur de vue, jusqu'à une zone située sous le musée. La faible lumière des lampes de poche laisse voir une vieille porte en bois entrouverte. Tandis que Scully s'attarde à examiner la petite pièce, qui ne contient que des vieilles caisses, Mulder continue de suivre le rat. Le faisceau de sa lampe de poche finit par éclairer quelque chose de vraiment intéressant. Il appelle aussitôt sa collègue d'une voix urgente. En avançant avec précaution, Scully le rejoint devant une pile de cadavres déchiquetés. Scully se penche et examine de plus près le corps mutilé du Dr Lewton. On lui a arraché les yeux, remarque-t-elle.

La créature à la vision verte et déformée continue de fixer les agents. Cette fois par contre, Mulder remarque la présence de l'intrus. Sa lampe éclaire finalement ce qui n’est rien d’autre qu’un chat roux de fort méchante humeur. L'animal prend la poudre d'escampette. Les agents n’hésitent pas à le suivre, laissant derrière eux les cadavres déchiquetés. Le chat roux s'est perché et les observe en grondant. «Tu crois que c'est ce chat qui les a tués?», demande Scully sans la moindre trace de plaisanterie dans la voix. «Non, répond son collègue. Ces chats.» Des feulements et des cris s'élèvent soudain du sol. Sous la grille sur laquelle marchent les agents, des dizaines de chats se sont mis à s'agiter. La caméra subjective se pose sur Scully au moment où un minou déchaîné lui saute au visage pour lui déchirer la peau. Mulder l'empoigne et l’entraîne avec lui. Des félins psychopathes surgissent des meurtrières et se lancent aux trousses des agents. Le bruit devient infernal.

Scully se ressaisit et entraîne Mulder dans la petite pièce remplie de boîtes où elle avait aperçu une bouche d'aération (celle qui conduit à la pièce du musée où avait disparu Bilac). Ils ferment la porte derrière eux. Mulder jette un coup d'œil en bas d'une autre grille où sont postés un grand nombre de chats qui s'empressent de se jeter contre les barreaux. Scully ouvre la bouche d'aération et découvre le cadavre d'Alonso Bilac. Pas le temps de tergiverser, les chats tentent maintenant d'enfoncer la porte avec autant d'application qu'un bélier médiéval. Scully note avec horreur qu'ils sont aussi en train de se tailler méthodiquement un passage à travers le bois à coups de griffes. Les agents sortent le corps de Bilac du passage au moment où les premiers chats, la gueule pleine de sang, parviennent à entrer. Mulder pousse Scully dans le passage avant de s'y engouffrer à son tour. Ils parcourent une faible distance avant de pouvoir refermer une grille en métal derrière eux. Les agents ont donc regagné l’intérieur du musée par ce chemin.

-13-

Une fois l'horreur dissipée, le jour s'est levé. La police a encore une fois été appelée sur les lieux, cette fois en compagnie des pompiers. Scully a le visage couvert d'égratignures. Elle annonce à Mulder que les équipes de recherche ont retrouvé tous les corps des disparus, y compris celui de Mona. Pourtant, personne n'a vu la moindre trace des chats. Comme il y a quelque deux cents kilomètres de tunnels, cela prendra des semaines pour les explorer. Tout cela n'a plus d'importance selon Mulder. Il était au téléphone avec le secrétaire d'État adjoint, qui vient enfin de prendre l'affaire au sérieux, cinq décès plus tard. Par «affaire», Mulder ne parle pas de la malédiction, mais de la lettre du Dr Bilac. Le gouvernement va fermer le musée jusqu'à la fin de l'enquête. L'urne funéraire et son contenu seront de retour en Équateur dès la fin de la semaine.

En voix hors champ Mulder conclut l'enquête. Le médecin légiste a attribué les décès à des attaques d'animaux. Il ne peut expliquer ce qui a motivé ces attaques ni pourquoi elles ont cessé depuis. «Pour le musée, l'urne Amaru était le vestige d'une culture disparue et la malédiction, une simple superstition primitive. Le Dr Bilac savait qu'il y avait un autre monde que le nôtre, invisible, mais puissant et aussi réel que l'urne elle-même.» La caméra, qui a jusque-là fait un long travelling dans la salle de travail du musée, effectue un fondu sur la tribu des Secona en Équateur. On voit des hommes s'affairer à enterrer l'urne. Leur shaman s'avance pour superviser les travaux. «Les icônes de ce monde représentent des forces qu'on ne peut maîtriser ou entasser dans un musée, poursuit Mulder en voix hors champ. La véritable malédiction est notre échec, notre incapacité à comprendre qu'il y a des pouvoirs qu'il ne faut pas provoquer, et que la terre doit garder ses secrets.»

Un gros plan sur le visage du shaman montre que ses yeux ont viré au vert, de la même teinte que la vue subjective qui a ponctué l'épisode. Ses pupilles verticales sont celles d'un félin — d'un jaguar, selon toute vraisemblance. Du fond de son urne, le crâne de l'Amaru (en vision subjective verdâtre, bien sûr) paraît l'observer la scène avant qu'une pelletée de terre ne vienne tout plonger dans le noir.

Juin 2009