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Dans un sous-sol obscur de Miller's Grove au Massachusetts, des doigts boudinés tiennent un cafard dans le rai d'une lampe de poche. «Regardez, voici un superbe spécimen de cancrelat.» L'individu amène la bestiole sous son propre visage barbu et rebondi. Dans la pénombre emplie de mystère, il décrit d'un ton docte l'origine des cafards, leur répartition géographique, leur mode de reproduction. «Les radiations ne les tuent pas, poursuit-il. D'après les normes évolutionnistes, ce sont des créatures presque parfaites». Presque. «Ces créatures sont dénuées totalement de pensée comme de conscience de soi.» L'homme allume l'ampoule, qui révèle sa blouse blanche, sa cravate noire et sa barbe bien taillée. «Comparé aux cancrelats, je suis un dieu et il me doit d'agir en conséquence.» Sur ces paroles, l’homme laisse tomber l'insecte au sol et l'écrabouille sous son gros soulier.

Le propriétaire de la maison l'observe d'un air craintif. C'est Jeff Eckerle, un moustachu à lunettes qui a une peur bleue des insectes. Quand il demande à cet impressionnant expert s'il est vrai qu'un cafard décapité continue de vivre jusqu'à ce qu'il meure de faim, l'autre lui répond platement qu'il n'est ici que pour les tuer. D'ailleurs, sa blouse de travail indique qu’il pratique le métier d’exterminateur sous le nom de Dr Bugger.

Poursuivant son travail, Bugger se met à arroser le sous-sol d'insecticide. De son côté, Eckerle ajuste nerveusement son col comme pour empêcher les bestioles de se faufiler sous sa chemise. Celles-ci, prend-il la peine d’ajouter, lui tapent sur les nerfs («they drive me crazy»). Au bord de la crise d'angoisse, il remonte au rez-de-chaussée en laissant l'exterminateur terminer son œuvre. Bugger repère alors un cafard de couleur cuivre qui paraît résister à l’arrosage. Quand il le fait tomber au sol, l'insecte se met à courir en produisant une curieuse stridulation. L'exterminateur s'empresse de l'écrabouiller, mais presque aussitôt, il porte ses mains à sa gorge, comme s’il n’arrivait plus à respirer. Il s'affaisse contre le mur de ciment. Des dizaines de cafards rougeâtres émergent alors d'un trou et envahissent les lieux. Jeff Eckerle choisit ce moment pour redescendre au sous-sol. Il découvre avec horreur que l'exterminateur, écroulé par terre, est en train d'agoniser, son dos couvert de cafards grouillants.

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Un énorme grillon paraît se poser au milieu d'un ciel étoilé. Il se trouve en réalité sur la vitre d’un pare-brise de voiture, en pleine nuit. Un balayage d’essuie-glace le déloge aussitôt. Dans son véhicule de location, Fox Mulder observe le firmament, mais ses pensées sont interrompues par un appel de Scully qui dit l’avoir cherché toute la journée. Mulder lui explique que son logis avait besoin d’être désinfecté («fumigated»), et qu'il a décidé de passer la fin de semaine au Massachusetts. Dans son appartement, en tenue décontractée, Scully s'affaire à nettoyer son revolver. Mulder lui avoue que «des objets lumineux et colorés effectuant des vols stationnaires au-dessus de cette région ont été signalés à plusieurs reprises la nuit dernière». Anticipant la réaction moqueuse de sa collègue, il lui demande si elle n'a jamais eu l'impression en regardant le ciel qu'une entité quelconque l'observait de là-haut. Scully lui fournit une réponse très scientifique: «Mulder, je pense qu'une chose plus fortuite encore que l'émergence de la vie sur cette planète serait l'apparition, au travers des lois purement hasardeuses de l'évolution, d'une intelligence aussi complexe que la nôtre.» (Les mots «émanant du cosmos» en version française, sont ajoutés ici de façon tout à fait gratuite.) «En fait, poursuit Scully, cette idée d'une intelligence extraterrestre non seulement est astronomiquement improbable, mais d'un simple point de vue scientifique, tout à fait antidarwinienne.»

Les phares d'un autre véhicule éblouissent Mulder et il doit couper la communication abruptement. Le shérif Frass vient lui demander ce qu’il fait là, à téléphoner dans sa voiture en pleine nuit. Parlait-il à son dealer? Mulder rit et montre son badge pour rassurer l'officier. Celui-ci est surpris. «Vous faites une enquête?» Très sérieusement, Mulder lui explique que des témoins ont rapporté avoir vu des OVNI. Frass reconnaît que la police a reçu de nombreux appels, bien qu'il n'ait rien vu lui-même. Il demande pourquoi Mulder a fait marcher ses essuie-glaces, ce à quoi l'agent répond qu'il a voulu chasser des bestioles qui avaient atterri sur sa vitre. Tout de suite, Frass recule en portant sa main à son arme. «Des cafards?», demande-t-il d'un air craintif. Mulder n'en sait rien parce qu'il ne s'y connaît pas en matière d’insectes.

Un appel transmis à la voiture du policier interrompt l'échange. Frass réintègre aussitôt son véhicule. Quand Mulder lui demande ce qui se passe, l'autre répond: «Encore une attaque de cafards!»

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Mulder rappelle Scully qui mange devant la télévision. Il se trouve maintenant dans le sous-sol de Jeff Eckerle et regarde le cadavre de Dr Bugger. Scully devrait venir le rejoindre tout de suite, affirme-t-il, car il semble que des cafards attaquent mortellement les gens. Selon le shérif, deux autres corps ont été découverts précédemment dans des conditions similaires, celui d’un biologiste et celui d’un astrophysicien (il y a une importante communauté scientifique à Miller’s Grove, spécifie Mulder). Jeff Eckerle, chez qui a eu lieu le dernier décès, est un chercheur travaillant sur les carburants alternatifs. Le shérif est en train de prendre sa déposition. Le malheureux se trouve toujours au bord de la crise de nerfs. «L'image atroce de ces cancrelats est comme imprimée en permanence dans ma cervelle, se confie-t-il à Frass. Je les vois chaque fois que je ferme les yeux.» Sans même lever le nez de son carnet, l’autre lui suggère de garder les yeux ouverts. Eckerle proteste. Mais comment va-t-il dormir? Et où? Frass lui recommande de se trouver une chambre dans un motel.

Toujours en liaison téléphonique avec Scully, Mulder demande à un expert médical dénommé Newton si la victime a des marques de piqûres. Ce n’est pas le cas. Mais Scully pose quand même déjà son diagnostic médical à distance: il s’agirait selon elle d’un choc anaphylactique, soit une réaction allergique fatale aux cafards. Mulder convient qu'elle a probablement raison et qu'elle n'a donc plus besoin de venir le rejoindre à Miller's Grove. Frass demande à l’agent avec qui il s'entretenait. «Mon dealer», répond Mulder.

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Dans un autre sous-sol de Miller's Grove, trois adolescents, deux garçons et une fille, se sont installé un laboratoire de fortune pour produire de la drogue maison. Faute de réels patronymes, le générique les surnomme Dude, Stoner et Chick. Dude est en train de couper un petit tas de purin à l'aide d'une lame de rasoir, pendant que Stoner inhale en grimaçant le produit artisanal. D'épaisses volutes de fumée émanent de l'installation. Les deux garçons veulent convaincre la fille (Chick) de tenter l’expérience, mais celle-ci hésite. Dude lui assure que leur mixture permet à l'esprit de se déployer et d’augmenter sa perception des choses. À l'insu de tous, un cafard cuivré surgit de la bouse sur la table.

Tout en continuant de débiter des âneries, Dude se met à se gratter le poignet. Comme sa démangeaison persiste, il examine son bras et constate avec horreur qu’un cafard pénètre sous sa peau par une blessure ouverte. Dude voit très bien la peau du bras former une bosse là où la bestiole se déplace. Il s’agit, bien sûr, d’une hallucination. Stoner, qui ne voit rien de tout cela, demande à son copain ce qui lui arrive. En apercevant d'autres cafards entrer sous sa peau par de nouvelles blessures, Dude perd complètement les pédales et empoigne la lame de rasoir qui traîne dans le purin pour se lacérer les bras. Au milieu des hurlements, Stoner et Chick tentent en vain de l'immobiliser.

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Chez Scully, c'est l'heure du bain pour le petit chien dont elle a hérité à la fin de l’épisode Clyde Bruckman’s Final Repose. La bête souffre apparemment d'une infestation de puces, ce qui lui vaut un traitement au shampoing Die Flea Die (Meurs, Puce, Meurs) dans le lavabo de la cuisine. Le téléphone interrompt la toilette. C'est Mulder qui vient de changer d'avis. Scully devrait venir à Miller's Grove en fin de compte, car il y a eu un nouveau mort. Lui-même se trouve dans le sous-sol des adolescents en compagnie de Frass, qui prend les dépositions, et de Newton, qui examine le corps. Cette mort est encore liée aux cancrelats, mais n’a rien d'une réaction allergique. En français, la réplique «deux témoins affirment que la victime hurlait d'horreur pendant que les cafards s'infiltraient sous sa peau» laisse entendre que Stoner et Chick ont vu la même chose que la victime. Dans l’original anglais, il dit simplement que Dude se débattait en hurlant que des cafards étaient en train d’entrer en lui. D’ailleurs, poursuit Mulder, aucun de ces insectes n'a encore été retrouvé. La cause du décès est plutôt due aux lacérations que s'est infligées l’adolescent. Scully demande s'il y a des traces de consommation de drogue sur place. Son collègue reconnaît qu'il y a un laboratoire de fortune dans le sous-sol. Scully n’hésite pas à conclure: «J'ai l'impression qu'il s'agit d'un trouble psychotique associé à une overdose de stupéfiants. Les victimes ont des hallucinations et imaginent que des insectes infestent leur épiderme. On appelle ça le syndrome d'Ekbom.» La victime se tranche la peau pour extraire les insectes imaginaires. Mulder convient une fois de plus qu'elle a probablement raison et n'a donc pas besoin de venir le retrouver à Miller's Grove.

L'agent repère alors un cafard caché sous une petite table et il s'empresse de la capturer à mains nues. Frass lui apporte un flacon, mais ce n’est plus que de la poudre que Mulder y verse. L'insecte a été désintégré. La bestiole aurait-elle mué, spécule l’agent, ne laissant que son exosquelette? Puis il ajoute aussitôt: «un exosquelette en métal». En écrasant malencontreusement la bestiole, il s’est fait saigner les doigts...

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Mulder est à l'hôpital où Newton s'occupe de nettoyer ses petites plaies. Le médecin paraît bien inquiet à propos de ce qui se passe en ville, et il souhaiterait que l'agent du FBI éclaire sa lanterne. Mulder avoue qu’il n’a pas de réponse. À la demande du shérif, Newton doit maintenant examiner le corps de Dude, mais il a besoin d’une pause. «Depuis que j'ai parlé à l'agent Mulder, avoue-t-il, je ressens comme une légère constipation.» Il se retire. Quand Frass demande à Mulder quel est le problème, l’autre répond que Newton est troublé parce qu’il ne sait pas ce qui se passe ici. «Oui, bon sang, qu'est-ce qui se passe?», demande à son tour Frass.

Dans la salle de bain, un cafard rouge sort d'un drain. La caméra révèle, sous les cloisons d'une cabine de toilettes, les pieds de Newton qui est assis sur la cuvette, les pantalons aux chevilles. L’homme est en train de feuilleter un numéro du Scientific American en attendant que son problème de constipation connaisse l’issue espérée. Derrière lui, plusieurs bestioles courent sur le réservoir des toilettes. Un spécimen spécialement effronté s'est même perché sur le rouleau de papier.

Dans la salle d'examen, Mulder essaie de convaincre le shérif que sa présence à Miller's Grove n'a rien à voir avec la mystérieuse série de décès qui frappe la communauté. Frass lui demande s’il sait quelque chose sur les expériences gouvernementales menées dans le coin. «Il y a deux mois environ, un agent prétendant appartenir au Ministère de l'Agriculture est venu s'installer à l'autre bout de la ville. Personne ne sait exactement ce qu'il fabrique. C'est top secret.» Frass fait part de ses soupçons à Mulder: «Des abeilles tueuses, le résultat d'une expérience génétique ratée, ont été lâchées sur une population non prévenue. Qui nous dit que le gouvernement n'a pas créé une nouvelle espèce de cancrelat tueur?» L’agent suggère vivement au shérif de garder ses théories pour lui. «Inutile de créer la panique.»

Au même moment, des hurlements de panique se font entendre. Newton a été retrouvé mort dans les toilettes. Frass et Mulder accourent. Un infirmier leur apprend que le corps était recouvert de cancrelats. Le temps d'aller chercher de l'aide, les immondes bestioles avaient disparu. Mulder en repère une sur le bord d'un lavabo. Avec une extrême prudence, le shérif et lui s'en approchent. L'animal est sur le dos et ne bouge plus. Les deux hommes se penchent pour le regarder de plus près. «Attention», murmure le shérif alors que Mulder prend le cafard entre ses doigts. Mais l'animal s'anime soudain et tombe dans le lavabo pour disparaître dans le drain, tout en émettant une stridulation caractéristique.

Confortablement installée sur son divan, Scully est en train de lire Breakfast at Tiffany's. Quand le téléphone sonne, elle lance immédiatement: «Qui est-ce, cette fois?» Mulder lui redemande de venir le rejoindre et lui fait un rapide topo: un médecin a été trouvé mort dans les toilettes et des cafards lui couraient dessus. Sa collègue lui demande de vérifier les yeux du cadavre. Sont-ils injectés de sang avec la pupille dilatée? Après vérification, c'est bien le cas. L'expression que fournit Scully en français concernant un angiome cérébral dû au surmenage n'a rien à voir avec l'hypothèse qu'elle avance en version originale: «It's probably a brain aneurysm. Straining too forcefully is very common causation for bursting a brain aneurysm.» («C'est probablement un anévrisme cérébral. Le fait de trop pousser [aux toilettes] est une cause fréquente de l'anévrisme cérébral.») Mulder lui souligne que sa théorie n'explique pas la présence des cafards. «Je ne sais pas quoi te dire, Mulder. J'espère seulement que tu n'es pas tombé sur une invasion de cancrelats tueurs», fait-elle en souriant. Mulder ne la trouve pas drôle.

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Mulder a décidé de s'infiltrer en douce dans la propriété où sont menées les fameuses recherches top secrètes du Ministère de l'Agriculture. Il a à peine le temps d'escalader le grillage que son téléphone sonne. De chez elle, où elle s’empiffre de crème glacée à même le pot, Scully a fait quelques recherches sur Internet: «Au milieu des années 1980, il est fait mention d'une espèce de cafard d'origine asiatique. Il est tout d'abord apparu en Floride et il s'est ensuite répandu d'un bout à l'autre des USA.» Mulder veut savoir si ces créatures attaquent les gens. Scully lui explique que leur comportement diffère des espèces domestiques. Entre autres, ils sont attirés par la lumière et volent sur de longues distances. «Mais est-ce qu'ils attaquent les gens?», redemande Mulder. Scully se contente de préciser qu'ils sont attirés par les humains. C’est à ce moment que Mulder lui parle des expériences secrètes gouvernementales menées dans le coin. Sa collègue le gronde. Il ne va pas une fois de plus s'introduire par effraction dans une propriété du gouvernement, n’est-ce pas? Trop tard, Mulder est déjà à l'intérieur.

Cet intérieur paraît être celui d’une maison ordinaire, quoique vide et plongée dans l'obscurité. En s'éclairant de sa lampe de poche, Mulder décrit l'endroit à Scully au bout du fil. Il arrive dans la cuisine: «Une belle cuisine, équipement moderne, des murs qui bougent...» En effet, le tissu qui recouvre les murs a l'air de frémir. Mulder repère une déchirure et pointe sur elle sa lampe de poche. Immédiatement, une colonie de cafards en émerge, sans doute attirée par la lumière. Il y en a maintenant partout dans la cuisine. En voyant la masse grouillante à ses pieds, Mulder crie au téléphone: «Je suis cerné!» Sa collègue lui ordonne de sortir de là. Manque de bol, la lampe de Mulder s'éteint. L’agent ne reste pas plongé dans l'obscurité très longtemps, car quelqu'un allume la lumière de la cuisine. On ne voit pas qui c’est, mais Mulder regarde le nouveau venu avec un drôle de sourire. À Scully qui veut savoir ce qui se passe, il répond simplement qu'il doit la quitter. («Got to go.») «Mulder!», crie sa collègue, morte d'inquiétude. Mais la communication a été coupée.

À l'entrée de la cuisine se tient une superbe brunette en bermuda peu gouvernemental. Les mains sur les hanches, elle admoneste l'intrus: «Puis-je savoir de quel droit vous êtes entré sur une propriété de l'État?» Sans perdre de temps, Mulder sort sa pièce d’identité d’agent fédéral. Elle en fait autant en se présentant: «Lucie Berenbaum, Ministère de l'Agriculture, Service des recherches» (Une belle bourde ici, en français: la dame s’appelle Bambi Berenbaum, comme on le verra plus loin; en version originale, elle se contente pour le moment de se présenter sous le nom de «Doctor Berenbaum».) D'un air très autoritaire, Mulder affirme qu'il a des questions à lui poser. «Que fait une femme comme vous dans un endroit comme ça?» (C'est une phrase classique de drague.)

Pendant ce temps, Scully se morfond d'inquiétude devant son téléphone qui ne sonne toujours pas.

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Le Dr Berenbaum emmène Mulder dans son laboratoire et lui explique la nature de ses recherches. En observant leurs réactions à divers environnements, elle détermine la meilleure façon d'éradiquer les cafards. Si ses expériences sont gardées secrètes, c'est pour éviter l'opprobre de la population qui n'aimerait pas savoir qu'une maison du voisinage a été infestée. Quand Mulder lui demande si ces bestioles sont une espèce normale, elle lui assure qu'ils sont assez communs. Sont-ils attirés par les gens? Elle répond que non, mais il insiste: peuvent-ils attaquer les gens? «J'ai connu des cas où des cancrelats avaient pénétré dans le nez, ou dans les oreilles.» Mulder a l'air horrifié.

Il s'intéresse à un appareil sur lequel est perché un cafard. Il s’agit d’un des petits projets personnels de la chercheuse qui se fait un plaisir de lui en expliquer la nature. «Étant donné que l'exosquelette est un corps isolant qui entoure le milieu conducteur de ses sécrétions organiques, si on l'introduit dans un champ électrique, une brusque décharge va engendrer une sorte de lueur colorée.» Elle appuie sur un gros bouton rouge et l'exosquelette du cafard est illuminé d'une lueur d'un bleu électrique. Mulder fait mine d'être intéressé et lui demande ce que ça prouve. «Eh bien, ma théorie c'est que les OVNI sont en réalité des essaims d'insectes.» Elle décrit une observation typique, ce qui provoque chez Mulder un hochement de tête de plus en plus prononcé. «C'est fascinant», finit-il par dire en parfait hypocrite. La scientifique lui révèle qu'elle trouve les insectes effectivement fascinants, remarquables, beaux et honnêtes. «Se nourrir, dormir, déféquer, procréer, c'est leurs seules tâches. C'est également la nôtre, mais les insectes, eux, ne se racontent pas d'histoires en prétendant qu'ils valent mieux que cela.» Elle jauge Mulder et lui demande si son détachement scientifique le dérange. Il s'empresse de la détromper, affirmant trouver ses idées très rafraîchissantes.

Ils se regardent en souriant. Le téléphone de Mulder sonne, les ramenant tous deux à la réalité. Sans même dire bonjour, Mulder émet un «Plus tard» laconique et coupe illico la communication. Il fait une confidence à la jolie chercheuse: «Vous savez, j'ai toujours éprouvé une sorte de passion pour les insectes.» Sur sa tour en verre, le cafard émet une lueur bleue comme pour se moquer.

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Parmi les gens qui passent la nuit au motel de Miller's Grove, un homme corpulent est affalé sur son lit en petite tenue. Il regarde un reportage à la télé. La journaliste Skye Leikin rapporte à l’écran que les autorités nient toute relation entre la présence de cafards et les morts survenues au cours des dernières heures. Dans une vaine tentative pour rassurer la population, elle ajoute: «Les autorités démentent également la rumeur selon laquelle ces morts seraient dues au virus Ébola propagé par des cancrelats eux-mêmes contaminés.» Absorbé par le reportage, l’homme du motel ne remarque pas qu'une bestiole se faufile sur le lit jusqu'à son oreiller.

Un agent du FBI est sur l'affaire, précise encore la journaliste. «Si par hasard vous voyez des cafards autour de vous, surtout pas de panique.» Pendant qu’elle prononce ces mots, on voit deux individus des Centers for Disease Control (CDC) en combinaison isolante passer derrière elle. «Prévenez aussitôt les autorités locales et évacuez le secteur immédiatement.» Le temps que l’homme du motel change de poste — il tombe sur un film de Marilyn Monroe intitulé The Seven Year Itch —, plusieurs cafards grouillent déjà sur son lit.

Dans une autre chambre du même motel, Mulder se réveille en sursaut avec la très nette impression que quelque chose lui court dessus. Il se tapote partout et, se souvenant des paroles du Dr Berenbaum, il expulse bruyamment de l'air par le nez. Plus ou moins rassuré, il se décide enfin à appeler Scully, qui s'était couchée avec son téléphone sur l'oreiller. «Mulder, ça va?» Son collègue lui avoue piteusement qu'il ne peut pas dormir, puis il lui raconte ce qui lui est arrivé. «Le Ministère de l'Agriculture fait des expériences normales» («legitimate experiments»), assure-t-il, en mentionnant qu'il a rencontré un entomologiste du nom de Berenbaum, qui semble d'accord avec la théorie de l'importation d'une nouvelle espèce de cafard. Faute de lui avoir expliqué comment les capturer, elle lui a dit tout ce qu'il fallait savoir sur les insectes. «Elle?», demande Scully d'un ton soupçonneux. Sans noter le changement de ton, Mulder demande à sa collègue si elle savait que dans l’ancienne Égypte, on vouait un culte aux scarabées qui a peut-être mené à la construction des pyramides «qui ne seraient que des tas d'excréments gigantesques et symboliques». Sur un ton qui montre qu'elle s'en fout éperdument, Scully lui rétorque que l'inventeur de la chasse d'eau s’appelait Crapper (depuis, le mot crap veut dire merde). Cela fait rire Mulder, qui commence à lui dire que Bambi a aussi une théorie originale à propos des OVNI. «Elle s'appelle Bambi?», interrompt Scully de plus en plus consternée. Son collègue explique que les parents de cette entomologiste étaient tous deux naturalistes [sic]. Puis il poursuit: Bambi croit que les OVNI seraient des essaims d'insectes nocturnes passant à travers des champs électriques. «Elle s'appelle Bambi?», interrompt de nouveau Scully qui semble être restée fixée sur ce détail.

Mulder en profite pour lui avouer qu'il a horreur des insectes. Beaucoup de gens en ont peur, réplique Scully. «Non, non, c'est pas que j'en aie peur, précise son collègue. J'en ai horreur. Un jour quand j'étais gosse, j'étais en train de grimper à un arbre quand j'ai vu tout à coup une feuille qui marchait vers moi. J'ai mis longtemps à comprendre que ce n'était pas une feuille.» Il s'agissait plutôt d'une mante religieuse, et l’enfant a poussé un cri terrible. «Pas un cri de fillette effarouchée, mais le cri d'un être humain soudain en présence de quelque monstre inconnu qui n'aurait aucun droit d'habiter sur sa planète.» Le jeune Mulder n'a pu s'empêcher de noter à quel point la tête d'une mante ressemblait à celle d'un extraterrestre. Le mystère du monde naturel lui a été révélé cette journée-là et, plutôt que de la fascination, il a éprouvé de la répulsion. «Tu es bien sûr que ce n'était pas un cri de fillette effarouchée?», demande une Scully impitoyable.

En voix hors-champ, nous entendons alors ce à quoi doit ressembler le cri d'un «être humain soudain en présence de quelque monstre inconnu». À la grande exaspération de Scully, Mulder coupe de nouveau la communication et se précipite dans le couloir. D’autres occupants du motel sortent aussi de leur chambre. Nous reconnaissons parmi eux Jeff Eckerle, le chercheur entomophobe du prologue. C'est lui qui frappe à la porte d'où est provenu le hurlement. N'obtenant pas de réponse, il ouvre et découvre le cadavre du gros homme qui regardait la télé. Le corps est recouvert de cafards grouillants! Dure nuit pour Eckerle, qui se met à hurler à son tour. Au moment où Mulder arrive en brandissant son arme, tout le monde s’enfuit. Mais quand l’agent entre à son tour dans la chambre du défunt, les insectes se sont volatilisés.

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Scully est en train de préparer son sac de voyage, ayant manifestement décidé que la situation était assez sérieuse pour requérir sa présence à Miller’s Grove. Quand le téléphone sonne, elle demande une fois de plus qui est mort. Mulder lui explique qu'un des clients du motel est probablement décédé d'une crise cardiaque induite par la peur des cafards. Au milieu de l'hystérie collective, l'homme est mort de peur en apercevant l'un de ces insectes. Mulder souligne aussi que les pronostics de sa collègue se sont avérés exacts: tous les décès jusqu'ici pouvaient découler de causes ordinaires. Mais c’est Scully qui insiste maintenant pour déclarer qu'il se passe des choses étranges à Miller’s Grove. Elle n'arrive pas à expliquer la présence de cafards auprès de chacun des défunts. «Ni le fait que leur exosquelette soit fait de métal», ajoute son collègue, ajoutant à la perplexité de Scully. Il met alors fin à leur échange, car il vient d'apercevoir un piège à cafard sous une chaise. Il s'en empare prudemment: un insecte est retenu prisonnier à l'intérieur.

Plus tard, Mulder et Bambi, bien collés l’un contre l’autre, observent le cafard capturé à travers une lentille grossissante. La belle entomologiste explique qu'elle reconnaît les insectes grâce à leurs organes génitaux, et trouve très étrange que ce cafard-ci soit équipé comme une libellule. En examinant de plus près les organes en question dans un microscope, elle découvre que l'insecte est muni d’un microprocesseur. Pareille découverte consterne Mulder qui demande à Bambi si elle a déjà vu quelque chose de semblable. Seulement dans des revues scientifiques, répond-elle. Elle lui parle alors d’un spécialiste de l'intelligence artificielle qui crée des robots dont l'apparence et le comportement s'apparentent à ceux des insectes. Elle a toujours souhaité visiter son labo, bien qu'elle n'en ait jamais eu l'occasion. Par un coup de chance incroyable, ce scientifique travaille lui aussi à Miller's Grove.

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Mulder s'est rendu à l'Institut de robotique du Massachusetts dans l'espoir de rencontrer le Dr Ivanov. Ses pas résonnent dans un long couloir vivement éclairé où, bientôt, il croise un de ces fameux robots insectoïdes dont il a entendu parler, mais qui n'a aucune ressemblance avec les cafards aperçus jusqu'ici. En tentant de suivre la machine, il ne réussit qu'à l'effrayer et elle s'enfuit dans un léger vrombissement. Un autre vrombissement plus grave attire bientôt son attention. Le bruit ne provient pas d'un insecte, mais d'un fauteuil roulant électrique dans lequel est assis le Dr Ivanov. «Pourquoi faites-vous peur à mes robots?», fait l'homme d'un ton de reproche, à travers l'amplificateur vocal collé à sa gorge.

Un peu plus tard, Ivanov explique à Mulder les grandes lignes de ses recherches. Ses collègues ont depuis longtemps essayé de créer un robot doté d'une intelligence artificielle. Ils ont échoué, spécule le scientifique, car ils tentaient de doter leurs machines d'un cerveau humain, qui est un organe trop complexe. Afin de contourner le problème, Ivanov s'est plutôt inspiré des insectes pour concevoir des robots autonomes. Ses créations répondent à des impératifs simples et sont dotées de détecteurs qui induisent des réflexes de comportements. Comme l'une de ces créatures commence à asticoter Mulder, l'agent demande si elle est programmée pour se diriger vers des objets en mouvement. Ivanov assure que non: si l'insecte suit Mulder, c’est parce qu'il l'aime — affirmation contradictoire avec ses explications sur les robots à l'intelligence simplifiée.

Ivanov travaille aussi avec la NASA. L'objectif est d’utiliser des robots pour explorer d’autres planètes de façon plus approfondie que ne le font les sondes spatiales. Le seul obstacle qu'il voit pour l'instant est la manière dont les robots renouvelleront leur source d'énergie. Mulder spécule que des formes de vies extraterrestres pourraient suivre la même ligne de pensée. Ivanov confirme: «Les explorateurs interplanétaires des civilisations extraterrestres seront certainement des créatures artificielles.» Il en profite pour se moquer des gens qui croient à la présence d'extraterrestres à peau grise et aux grands yeux: clairement leur cerveau a été lessivé par trop de science-fiction. Un peu mortifié tout de même, Mulder extrait de sa poche des pattes de l'insecte trouvé au motel. Il enjoint Ivanov d'examiner la chose au microscope. Celui-ci s'exécute et la révélation a tôt fait de lui ouvrir tout grand les yeux. Perdant momentanément l'usage de la parole, il finit par articuler: «Ça dépasse ma compréhension.»

Un cafard choisit ce moment pour traverser l'image sur toute la longueur de l'écran. Notre écran.

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Ailleurs à Miller's Grove, la panique s'est emparée des citoyens qui pillent un petit supermarché avec l'intention de quitter la ville au plus vite. On se bat littéralement pour s'emparer de bouteilles d'eau, de papier essuie-tout et de nourriture pour chien. Tout le monde se précipite sur un insecticide appelé Die Bug Die. Scully arrive au milieu du tumulte, à quelques mètres d'une collision entre véhicules. Elle essaie de se faire indiquer où se trouvent les cartes routières, mais la pauvre caissière est submergée. Une femme lui explique que les cafards ont envahi la ville et dévorent les gens vivants. Un homme lui assure que les cafards répandent plutôt le virus Ébola. Scully en a plus qu'assez. Tout en brandissant son badge, elle ordonne à tout le monde de se calmer. «Je peux vous assurer que vous ne courez aucun danger! Tout se passera bien si vous restez calmes et si vous agissez comme des gens raisonnables. Et maintenant où sont ces maudites cartes?» Un peu plus loin, deux femmes commencent à se battre pour la dernière cannette d'insecticide. Dans leur lutte, elles renversent un présentoir de bonbons au chocolat qui se répandent partout sur le sol. «Des cafards!», hurle un homme. Tout le monde se précipite hors du magasin, laissant Scully seule. Elle s'avance vers l'amoncellement de bonbons. Elle prend une boîte qui traîne et gobe l'une des friandises.

A l'Institut de robotique du Massachusetts, Mulder et Ivanov sont en train de prendre un verre pour se remettre de leurs émotions. L'agent remercie le scientifique, encore atterré, d'avoir gentiment répondu à ses questions. En sortant dans le couloir, il trouve un cafard qui gigote sur le dos. L’agent s’approche. En caméra subjective, du point de vue déformé de la bestiole, nous voyons l’agent lui dire: «Bienvenue sur la planète Terre.»

Mulder a apporté son spécimen à Bambi Berenbaum. Mais celle-ci lui apprend qu'il s'agit d'un banal insecte cette fois. Mulder est un peu déçu. Son téléphone sonne. C'est Scully, qui se trouve toujours dans le magasin déserté «en périphérie de la civilisation» et qui commence à avoir sa petite idée sur l'origine des cafards. Elle s’est renseignée sur Jeff Eckerle, le chercheur en carburant alternatif. Celui-ci s'intéresse surtout au méthane naturel qu’il extrait de fumier importé. Or les cafards sont des coprophages, des bouffeurs d’excréments en somme. Certains de ces insectes ont donc pu être transportés accidentellement à Miller's Grove, le laboratoire de recherche constituant alors le point d'origine de l'infestation. Mulder saute sur l'occasion pour avancer sa propre théorie: «Scully, si une civilisation extraterrestre avait une technologie assez avancée pour construire et envoyer des sondes intelligentes et des robots performants jusqu'aux confins de l'espace, penses-tu qu'ils ne seraient pas capables de procéder à l'extraction de méthane à partir du fumier, une source d'énergie inépuisable où la production d'excrément est notre lot à tous?» Scully réfléchit un instant en mâchouillant un bonbon au chocolat, puis répond: «Je pense que tu as passé trop de temps dans cette ville.»

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Alt-Fuels n'est pas un groupe de discussion, mais le nom du laboratoire de recherche en carburants alternatifs où travaille Eckerle. Une voiture arrive, avec à son bord Mulder et Bambi. Jouant les princes héroïques, l’agent demande à l'entomologiste de rester dans le véhicule, le temps qu'il vérifie qu'il n'y a pas de danger. «Faites attention, lui dit-elle. Nous ne savons pas de quoi sont capables ces cafards...»

L'intérieur du bâtiment est plongé dans l'obscurité. L'inscription sur la vitre d'un bureau nous indique que Jeff Eckerle en est le président et directeur scientifique. L’homme se trouve justement sur les lieux, et il jette des regards inquiets à travers les stores comme s'il s’attendait à une attaque imminente. De son poste, il peut observer des ballots de fumiers où grouillent des centaines de cafards stridulants. Eckerle s'assoit sur le sol, à bout de nerfs. Voyant un cafard sur le coin de son bureau, il tente de l'asperger d'un insecticide, mais la cannette est vide.

Mulder est entré dans l’usine et examine l'endroit. Il tombe rapidement sur les ballots et les insectes siffleurs. Au moment où il s'apprête à prélever un spécimen, un coup de feu retentit. Eckerle le tient en joue. «Ils me poursuivent», se lamente-t-il. D'abord chez lui, ensuite au motel, puis au laboratoire. Mulder essaie de le persuader que ces insectes ne lui feront aucun mal. Par contre, si Eckerle tire dans une usine pleine de méthane, ils risquent d'y passer tous les deux.

À l'extérieur, un deuxième véhicule stationne près du premier. Scully regarde sans aménité la passagère dans la voiture de Mulder: «Je parie que vous êtes... Bambi?» L'autre lui répond que «Fox» est parti voir s'il n'y avait pas de danger. Elle souhaiterait y aller elle aussi, avec Scully. Mais l'agent sort son arme et lui répond sur un ton professionnel: «Non. C'est pas un lieu pour une entomologiste.» («No... this is no place for an entomologist.») Puis elle se dirige d’un pas décidé vers le centre de recherche.

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Proche de l’hystérie totale, Eckerle menace toujours Mulder. Ces bestioles, rappelle-t-il, lui tombent sur les nerfs. Il se plaint du sifflement émis par les cafards. Pour le calmer, l’agent essaie de lui expliquer comment ils émettent ces sons, mais cela ne fait que convaincre l’autre que Mulder est lui-même un cafard. Eckerle a bien envie de lui tirer dessus. Et c’est justement le moment que Scully choisit pour appeler son collègue au téléphone. En entendant le cellulaire de Mulder sonner, Eckerle a la confirmation que son vis-à-vis est bel et bien un insecte, et il et se met à tirer. Comme il vise très mal, il rate l'agent, mais atteint des tuyaux de gaz qui explosent. Mulder prend la fuite, retrouve Scully et l'entraîne vers l'extérieur. Tout va sauter!

Dehors, Mulder hurle à Bambi (toujours dans sa voiture) de se coucher, pendant que les deux agents se mettent à l'abri derrière les véhicules. Les fenêtres de l'usine explosent dans une gerbe de verre et de flammes. Une tempête de fumier s'abat sur les lieux. À l'abri derrière le pare-brise, Bambi est épargnée. Mais pas Mulder ni Scully qui sont copieusement aspergés. «Quelle belle merde», se lamente Mulder.

Le matin venu, policiers et pompiers s'affairent à déblayer les ruines fumantes. Le shérif Frass affirme qu'ils ne retrouveront pas les restes d’Eckerle là-dedans. Pourtant, ce feu-là est moins grave que d’autres qui ont eu lieu cette nuit. Les foules en panique ont causé partout des dégâts considérables. Heureusement, plus personne n'a signalé la présence de cafards depuis deux heures. «Cette ville a peut-être enfin retrouvé la raison», espère le shérif. Il suggère aux agents d'aller se reposer, car ils ont l'air vidés (pooped en anglais, un jeu de mots scatologique, car poop, comme crap, veut dire merde). Arrive alors le Dr Ivanov sur son fauteuil électrique. Le scientifique aimerait beaucoup revoir les pattes de l'insecte robot. Mulder les lui tend, mais le prévient qu’elles se sont desséchées, à l'instar des exosquelettes qu'il a découverts précédemment.

Bambi spécule que les insectes ont achevé leur mue, ont développé des ailes et se sont envolés vers leur lieu d'origine. «Oui, voilà qui expliquerait tout», fait Scully d'un ton sarcastique. Ivanov souhaiterait garder l'échantillon. Mulder l'avertit qu'il ne s'agit que d'un alliage de métaux très banal. Qu'espère-t-il donc découvrir? «Sa destinée», intervient encore Bambi. Ivanov est surpris. N'est-ce pas précisément ce que dit le Dr Zaïus à Zira à la fin du film La planète des singes? Bambi assure que c'est un de ses films préférés et trouve tout de suite un terrain d'entente avec Ivanov, qui clame maintenant adorer la science-fiction. Les deux s'éloignent ensemble en se complimentant mutuellement sur leur travail.

«Le charme de l'intelligence» («Smart is sexy»), fait Scully platement Elle poursuit en disant que si les insectes robots devaient revenir, les enfants surdoués du couple Ivanov-Berenbaum auront peut-être trouvé le moyen de sauver la planète. «Je ne pensais pas que je te dirais ça un jour, Scully. Mais tu me fous le cafard.» («You know, I never thought I'd say this to you, Scully... but you smell bad.») Mulder s'éloigne.

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Ayant réintégré son logis à Washington, Mulder tape son rapport à l'ordinateur. «Le développement de notre cortex cérébral représente l'aboutissement le plus important de tout le processus évolutif. La belle affaire. Tout en nous offrant les joies de l'intelligence et les tourments de la conscience, il est souvent, trop souvent, dominé par notre cerveau archaïque primitif — celui qui déclenche nos réactions et non notre réflexion, notre agitation et non notre méditation.» Il s'interrompt pour prendre un morceau de gâteau sur une assiette posée non loin. «Peut-être avons-nous atteint nos limites, peut-être la prochaine étape sera-t-elle franchie par des êtres que nous aurons nous-mêmes créés grâce à notre tech... tech...» Mulder tape son écran d'un geste exaspéré. Celui-ci émet un bip de protestation. «...technologie. Par des formes de vies que nous aurons nous-mêmes conçues et programmées pour qu'elles ne soient pas soumises en fin de compte aux règles de la survie.» Il reprend une bouchée de gâteau. «Ou peut-être que cette prochaine étape a déjà été franchie sur une autre planète par des organismes qui avaient un milliard d'années d'avance sur nous. Si jamais ces créatures nous rendent visite, saurons-nous les reconnaître? Et lorsqu'elles nous verront, ne seront-elles pas horrifiées de découvrir des êtres aussi primaires, stupides et repoussants?»

Il est sur le point de se resservir, mais un insecte gros et affreux a pris place dans l'assiette. Mulder a un sursaut de dégoût. Il s'empare d'un volumineux rapport et s'apprête à l'assener sur la bestiole, mais il arrête son geste. La petite créature possède une drôle de forme, comme en aurait possiblement un visiteur venu de l’espace. Mulder la suit des yeux, tandis qu’elle quitte maintenant l'assiette pour courir sur le bureau. Puis il cesse d’hésiter et abat impitoyablement son rapport sur la pauvre bestiole.

Juillet 2008