-1-

C’est le soir à Cleveland (Ohio). Deux personnes discutent dans une voiture stationnée sur un quai. On entend l’homme, en voix hors champ, assurer la femme qu’il est trop timide d’habitude pour draguer et qu’il préfère rester chez lui, devant son écran d’ordinateur. Mais ce soir, poursuit-il, c’est différent. Il a été séduit par l’échange de messages qu’ils ont eu ensemble depuis trois mois (sur Internet), et il tenait à rencontrer sa correspondante face à face. La caméra nous les montre maintenant tous les deux assis côte à côte dans la voiture. Lui, le début de la quarantaine, l’air doux, mais charmant, s’appelle Virgil Incanto; elle, Lauren MacKalvey, à peu près le même âge, un peu ronde, mais surtout nerveuse et tendue, ose à peine croire qu’elle a enfin rencontré l’homme de sa vie. Virgil lui confirme qu’ils sont sur la même longueur d’onde tous les deux et qu’elle lui plaît. De plus en plus nerveuse, Lauren se met à tortiller le pendentif qu’elle porte au cou. C’est un trèfle à quatre feuilles que sa sœur lui a remis pour lui porter chance. («C’est presque vexant», dit Lauren.) Le porte-bonheur s’étant détaché, Virgil se penche vers sa conquête pour l’aider. Ce mouvement fait apparaître des lésions cutanées d’apparence eczémateuse sur son cou. Mais Lauren ne s’en soucie pas. Virgil s’est placé en position pour l’embrasser et elle ne demande pas mieux que de répondre à l’invitation. Le baiser a lieu, mais... quelque chose se met à clocher. Les yeux de Lauren se remplissent de terreur. Lorsque Virgil relève la tête, on aperçoit un filet de bave coulant sur son menton. Quant à Lauren, sa bouche est recouverte à présent d’une sorte de masse gélatineuse, manifestement déposée par son prétendant au cours du «baiser». Virgil prend alors un air horriblement menaçant et se jette de nouveau sur elle, les mâchoires grandes ouvertes comme s’il allait l’avaler. De la suite des événements, la caméra ne nous montre plus qu’une vue en plongée de l’auto, secouée par les «ébats» de Virgil et de sa victime.

À l’aube, un policier en patrouille découvre la voiture de Lauren sur le quai, un endroit qui a l’air délabré et complètement abandonné. Il veut vérifier s’il y a quelqu’un dans le véhicule, mais une forte buée sur les vitres l’empêche de voir. Il frappe sur une fenêtre, puis l’essuie avec sa main. «C’est vraiment dingue!» («Mother of God!»), s’exclame-t-il lorsqu’il arrive enfin à distinguer ce qui se trouve à l’intérieur. Pendant qu’il va quérir du secours, on aperçoit brièvement ce qui reste de Lauren MacKalvey, une masse informe et luisante. Puis la caméra se pose en gros plan sur le trèfle à quatre feuilles qui devait porter chance à la pauvre femme.

-2-

La police de Cleveland est maintenant sur les lieux. L’inspecteur Alan Cross informe deux de ses hommes qu’on n’est pas certain de l’identité de la victime, mais que son permis de conduire est au nom de Lauren MacKalvey. Il accueille ensuite les experts du FBI auxquels on a fait appel pour s’occuper de cette étrange affaire. Cross salue l’agent Mulder en le remerciant d’être venu aussi vite, mais il ne semble tenir aucun compte de Scully que son partenaire lui a pourtant présentée. Il conduit les deux agents devant le cadavre qui a maintenant l’aspect d’un écorché rachitique, comme si presque tout le corps avait fondu autour des os. Difficile de reconnaître la rondelette Lauren MacKalvey! La cause du décès paraît impossible à déterminer. En examinant le cadavre, Mulder remarque qu’il est recouvert d’une substance gélatineuse grisâtre. Cross affirme qu’on n’en a pas trouvé ailleurs que sur la victime. Cette substance paraît familière à Mulder, mais l’agent reste prudent et refuse d’en dire davantage. «On vous appellera dès qu’on aura du concret», dit Scully. La mine perplexe, Cross regarde s’éloigner les agents.

Un peu plus loin sur le quai, Mulder confie à sa collègue qu’il y a peut-être un lien entre cette affaire et une série de disparitions de femmes qui se sont produites à Aberdeen récemment. Un seul corps a été retrouvé, mais tellement putréfié qu’il a été impossible d’en faire l’autopsie. Mulder demande à Scully d’assister à celle de Lauren MacKalvey et de découvrir la nature de la substance gélatineuse dont il a effectué un prélèvement sur la victime. Il a lui-même l’intention d’enquêter sur la vie sentimentale de la dame, sachant que les victimes d’Aberdeen avaient répondu à des annonces de rencontre dans les journaux. «Si jamais c’est le même tueur, il va continuer», déclare-t-il.

-3-

Une conversation en ligne (de type chatting) a lieu entre Virgil Incanto et une femme appelée Ellen Kaminsky. Leurs noms d’emprunt sont Timid (pour lui) et Huggs (pour elle). L’échange a lieu sur un canal privé, mais transitant par le Web. À l’écran apparaît l’interface bien typique d’une des toutes premières versions du fureteur de la compagnie Netscape. Virgil tente de vaincre les résistances d’Ellen qui hésite encore à le rencontrer en personne. Il dit la comprendre et lui avoue avoir été rejeté lui aussi auparavant. «Mais vous ne pouvez pas vous cacher éternellement derrière votre ordinateur», lui écrit-il. Ellen, une brune dans la quarantaine, de larges lunettes et le visage tendu, paraît touchée par les arguments de son correspondant. Mais soudain, on frappe à la porte de l’appartement de Virgil. C’est sa propriétaire, Monica Landis, une femme plutôt maigre qui a le béguin pour lui. Elle vient lui apporter la nouvelle clé de sa boîte à lettres. Il la remercie et s’apprête à refermer la porte, mais elle insiste pour continuer à lui parler. Elle a deviné qu’il était écrivain ou éditeur, car elle l’a souvent entendu taper au clavier (d’ordinateur et non de machine à écrire, comme il est dit en français). Et comme elle a elle-même des prétentions littéraires, elle voudrait bien lui montrer ses poèmes. Virgil n’est pas transporté d’enthousiasme, mais il accepte poliment. Puis il lui ferme la porte au nez. Un peu dépitée, Monica retourne vaquer à ses occupations.

Dans la salle d’autopsie, l’inspecteur Cross attend le médecin légiste et paraît tout surpris de voir arriver Scully en sarrau, prête à pratiquer l’opération. Qu’elle soit médecin «en plus» semble le renverser. Subodorant un sexisme rampant chez cet homme d’une certaine génération, Scully l’interroge sur les raisons de son étonnement. Cross doit avouer qu’il est «un peu vieux jeu à certains égards». Ce qu’il confirme amplement ensuite en affirmant qu’on ne devrait pas confier ce genre de cas à une femme, même du FBI, car cela pourrait altérer son jugement. Scully conserve son sang-froid et l’assure qu’il n’a pas à s’en faire, car elle cherche autant que lui à résoudre le mystère. Puis elle lui demande où elle doit transmettre le rapport d’autopsie. Qu’elle le lui envoie par fax à son bureau, répond Cross avant de battre en retraite, plutôt mal à l’aise.

Restée seule, Scully sort une enregistreuse de poche et entreprend de dicter son rapport d’autopsie avant même d’avoir fait venir le cadavre devant elle. Mais quand elle se dirige vers l’endroit où a été rangée la dépouille de Lauren MacKalvey, elle aperçoit des traînées de sang qui sortent du tiroir. Elle hésite, appréhendant le pire. Lorsqu’elle se décide enfin  à ouvrir le tiroir, des filets de matière gélatineuse s’en échappent et giclent sur le plancher. À sa grande stupeur, Scully se rend compte que le cadavre de Lauren est maintenant presque complètement liquéfié.

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Une jeune femme, Jennifer Workman, répond aux questions de Mulder. Elle était l’amie de Lauren, mais elle n’a jamais rencontré l'homme avec qui elle correspondait. Par contre, elle a lu certains de ses messages. L'individu paraissait gentil et devait avoir de la classe. Ils se sont connus sur un réseau de rencontres (chat room) réservé à des personnes «fortes et jolies» (Big and Beautiful). Lauren avait un problème de poids, confirme Jennifer, mais ça ne semblait pas gêner celui qui se faisait appeler 2Shy (littéralement too shy ou trop timide, ce qui a été traduit en français par «le Nomade»). Quant aux messages qu’il lui adressait, ils avaient quelque chose de «magique». 2Shy savait toujours employer exactement les mots qu’il fallait. De la façon dont elle en parle, il est clair que Jennifer non plus n’était pas insensible à l’éloquence du correspondant. D’ailleurs, elle a gardé une copie des messages, ce qui fait bien l’affaire de Mulder. Celui-ci téléphone à sa partenaire, encore postée devant son cadavre liquéfié. Il lui apprend que le tueur drague maintenant sur Internet. («Our killer may have moved out of the personal columns and onto the Internet.») Il veut prévenir les réseaux locaux pour qu’ils lancent un avertissement à leurs abonnés. Mulder n’a aucun doute: il s’agit du même tueur, car il a eu la maladresse d'utiliser la carte de crédit d’une de ses victimes d’Aberdeen pour s’ouvrir un compte ici. De son côté, Scully lui annonce qu’il n’y aura pas d’autopsie et l’invite à venir la rejoindre sur-le-champ.

Un os brunâtre et luisant apparaît au bout d’une pince: c’est un métacarpe de la main de Lauren MacKalvey, déclare Scully qui tient l’outil. D’habitude, les os demeurent durs longtemps après le décès. Or, lorsqu’on comprime celui-ci avec la pince, il devient mou, comme spongieux. Scully a aussi identifié la substance gélatineuse qui recouvrait le corps de Lauren: de l’acide hydrochloridrique comme en produit la muqueuse gastrique (et non de la bile comme on le dit en version française). Mulder en déduit que le corps de Lauren a été transformé par un processus digestif et que ce qui reste d’elle (muscles, sang, eau) devrait être «complet» bien que sous forme altérée. Manque-t-il quelque chose à l’inventaire? Scully va vérifier ses notes: effectivement, elle a noté très peu d’adiposité (de gras) dans les tissus. D’où la différence de poids, fait remarquer Mulder: au moment où on l’a apporté à la morgue, le corps de la victime pesait beaucoup moins que ce qu’indiquait son permis de conduire. Et son amie Jennifer a affirmé que Lauren redoutait de rencontrer son bel inconnu parce qu’elle avait un peu engraissé ces derniers temps. De là à conclure que l’assassin s’intéressait aux tissus adipeux de ses victimes, il n’y a qu’un pas que Mulder n’hésite pas à franchir. Pour quelle raison un être humain ferait-il une chose pareille, de s’exclamer Scully? Son partenaire avoue qu’il n’en sait rien.

-5-

Ellen Kaminsky essaie anxieusement une robe devant le miroir. Elle s’est enfin décidée à rencontrer Timid, mais elle craint de le décevoir en raison de sa corpulence. Naturellement, elle se trouve affreuse. «Dis-moi que c’est le miroir», dit-elle à son amie Joanne. Celle-ci lui rappelle le message de mise en garde que le FBI a envoyé aux femmes de Cleveland. Déjà énervée par la perspective de son rendez-vous, Ellen rabroue son amie qu’elle accuse de vouloir lui faire peur. En discutant avec cet homme sur Internet depuis un mois, elle croit avoir trouvé la perle rare.

Virgil Incanto fait le pied de grue sur le trottoir, devant un restaurant. C’est le soir, et il attend que se pointe à celle a qui il a donné rendez-vous. Il a apporté des fleurs. Mais le temps passe et, de toute évidence, Ellen Kamisnky ne viendra pas. Virgil soupire et jette les fleurs dans le caniveau. Qu’on lui pose un lapin fait plus que heurter sa vanité. L’homme a des besoins urgents. Aussi doit-il improviser un plan B.

Le même soir, dans une rue, une douzaine de prostituées draguent des clients, automobilistes ou passants. Virgil Incanto arrive à pied et jette un regard froid et rapide sur la marchandise offerte. Son choix se porte sur une fille frisée et bien en chair, à qui il adresse un sourire pincé. Ils se rendent ensemble dans une ruelle. La fille lui demande ce qu’il veut comme service, précisant qu’elle accepte tout sauf embrasser. Cette restriction contrarie fortement Virgil qui la prend le cou et commence à vouloir lui administrer de force un de ses baisers gluants. La fille se défend et, avec ses ongles, lui arrache de longs lambeaux de peau à une main. Furieux, Virgil se jette sur elle avec toute sa brutalité. Il commence à peine à se régaler qu’une autre prostituée — appelée Raven au générique — arrive dans les parages avec son client à elle sous le bras. En les apercevant, Virgil détale rapidement. La prostituée s’approche du corps inerte de sa collègue qui gît par terre et dont le visage est couvert de gélatine gastrique. Quant au client de Raven, voyant poindre les ennuis, il n’a pas attendu pour détaler lui aussi.

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Il fait jour. La police prend les dépositions des prostituées. Pendant que Scully examine le corps, le subtil Alan Cross lui apprend que la victime s’appelait Holly McClaine et qu’elle n’était plus «un perdreau de la première fraîcheur». Survient Mulder qui devine rapidement que le tueur a été pris de court et a dû recourir à un expédient. Cross aimerait bien savoir ce qu’est la fameuse substance qu’on a trouvée sur les victimes, mais les deux agents ont quelque réticence à le lui révéler. Par contre, Mulder a étudié les messages que l’assassin a envoyés à Lauren MacKalvey. Ils sont truffés de citations de poètes italiens obscurs du XVIe siècle: La Vita Nuova de Ginaselli, Il Cortigiano de Castionni (Remarque: Mulder veut sans doute parler d’Il Cortegiano ou Le courtisan, un traité sur l’étiquette de la vie de cour écrit par le diplomate Baldassare Castiglione, 1478-1529). Bref, des textes rares qu’on ne trouve pas dans un banal dictionnaire de citations, mais plutôt dans les bibliothèques privées qui ne sont accessibles qu’au milieu académique. Le suspect pourrait donc être un enseignant, ou encore un étudiant, ou un traducteur (en français, Mulder dit «philosophe», ce qui n’a rien à voir). Il ne reste plus qu’à dresser la liste complète de tous les habitants de Cleveland qui entrent dans cette catégorie (!). Cross ne voit pas d’objection à se mettre à la tâche. Pendant ce temps, Scully découvre les lambeaux de peau qui sont restés accrochés aux ongles de Holly McClaine. Voilà une autre piste, déclare-t-elle: le tueur a été blessé.

Virgil Incanto est chez lui. Muni d’une paire de ciseaux, on le voit découper les bouts de peau sèche qui retroussent sur sa main, autour des plaies causées par les coups d’ongles de Holly. La sonnette d’entrée l’interrompt. Il va à l’intercom et apprend qu’il y a un paquet pour lui et qu’il doit descendre signer pour en prendre livraison. Virgil s’exécute, non sans recouvrir rapidement sa main blessée d’un bandage. Au moment où il se dirige vers la porte extérieure, il croise une toute jeune fille aveugle qui ramasse des draps par terre dans le couloir. Il prend bien soin de ne pas faire de bruit, mais l’autre a repéré sa présence et lui adresse le bonjour. Virgil lui retourne la salutation. Arrive alors la mère de l’aveugle, Monica Landis, la propriétaire. Ravie de rencontrer par hasard son locataire préféré, elle commence à minauder. «Jesse, demande-t-elle à sa fille, tu sais que M. Incanto est écrivain?» «Tu me l’as répété cinq cents fois» (mille en anglais), répond Jesse. Monica revient à la charge avec ses poèmes qu’elle voudrait tant montrer à Virgil. Et après, ils pourraient aller dîner ensemble, suggère-t-elle. Sa fille grommelle; de toute évidence, elle n’aime guère l’homme que convoite sa mère. Il pue, lui affirme-t-elle pendant que Virgil est parti chercher son paquet à la porte. Comme s’il se lavait avec du savon à vaisselle...

-7-

Au bureau de la police de Cleveland, Cross et Scully passent en revue les listes qu’ils ont fait monter du personnel de l’université et des collèges des environs. Mulder survient avec un étrange rapport. L’analyse d’ADN des lambeaux de peau trouvés sur les ongles de Holly McClaine n’a rien donné. Par contre, on a découvert que cette peau était complètement dépourvue de graisse. Mulder en vient à sa grande révélation, même s’il prend la précaution d’avertir Scully que ce qu’il va dire va lui paraître délirant («finely-detailed insanity»): se pourrait-il que le tueur ait un besoin fondamental de commettre de tels actes pour survivre? (En version originale, c’est de faim dont il parle.) Évidemment, Scully fait la sceptique. «Je t’offre un échantillon de peau et tu en conclues quoi? Qu’il absorbe la graisse comme un vampire?» Il n’y a pas d’autre explication, répond Mulder. Le tueur sécrète un liquide digestif et absorbe la graisse de ses victimes. Il y a des exemples dans la nature. Il est vrai que certains scorpions prédigèrent leurs proies en commençant par régurgiter sur elles, admet Scully sur un ton ironique, mais il n’y a pas beaucoup de scorpions sur Internet. Mulder s’emballe: ils n’ont pas affaire à un simple tueur en série, mais à une créature différente sur le plan génétique (en version française, il envisage même que ce puisse être un scorpion!). L’inspecteur Cross interrompt l’échange: en passant les listes au peigne fin — on ne sait trop à l’aide de quels critères —, il en est arrivé à retenir 38 noms de suspects possibles. Il propose qu’on leur rende visite. Il entend faire mobiliser le plus grand nombre possible de policiers pour cette opération. Scully le provoque un peu en réclamant de se charger elle-même de briefer les hommes. Peu chaud à l’idée, Cross hésite d’abord, puis accepte avec un sourire forcé.

-8-

À son appartement, Virgil Incanto déballe le paquet que lui a envoyé son éditeur. C’est une anthologie des poètes italiens du 19e siècle (Novecento) écrit par Pier Vincenzo Mengaldo (l’auteur et le livre existent réellement). Un bip de son ordinateur lui indique qu’il a reçu un message. C’est Huggs (Ellen Kaminsky) qui regrette de n’être pas venue au rendez-vous et qui demande une seconde chance. Incanto sourit froidement. Avant qu’il ait pu répondre, on frappe à sa porte.

Scully se présente chez un des 38 suspects possibles. Le montage laisse croire que c’est elle qui vient de frapper chez Incanto. Mais le type qui ouvre est un quidam barbu appelé Brennan. En fait, la personne qui a frappé à la porte d’Incanto est l’inspecteur Cross. Sitôt entré, celui-ci aperçoit le bandage qui recouvre la main de son interlocuteur. Il en déduit qu’il a peut-être son suspect devant lui, mais s’efforce de ne pas le laisser voir. Incanto comprend lui aussi très vite qu’il se trouve dans une position critique. Le regard mauvais qu’il lance à l’inspecteur laisse entrevoir le pire...

Au bureau de la police de Cleveland, les agents font le point sur leurs visites. Mulder déclare qu’il n’aurait pas fait un bon représentant, car il n’a jamais vu autant de portes se refermer devant lui. Mais Scully est inquiète. Elle n’a plus aucune nouvelle de Cross.

Virgil Incanto et Ellen Kaminsky sont attablés au restaurant. Ellen s'offre à payer le repas, car elle doit se faire pardonner le lapin qu’elle lui a posé l’autre jour. Galamment, Incanto s’empare de l’addition. Au moment où il sort son portefeuille, Ellen remarque des lésions rougeâtres à son poignet droit. Mal à l’aise, elle s’excuse d’y avoir porté attention. Incanto ne paraît pas froissé du tout. Ce n’est rien, la rassure-t-il, un peu d’eczéma (en version originale, il dit qu’il en fait depuis l’enfance; en version française, il affirme tenir ça de sa mère). Ellen continue de s’excuser de ne pas s’être présentée au premier rendez-vous. Elle a eu peur, elle l’admet. Ce n’est plus le cas maintenant. Incanto regarde l’heure: il va devoir filer, car son dernier bus passe dans quelques minutes. Il est obligé de prendre les transports en commun, car sa voiture est en réparation (et il n’a apparemment jamais entendu parler des taxis). Ellen tombe dans le panneau en s’offrant avec insistance de le raccompagner en voiture.

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Une autre soupirante, Monica Landis, ne lâche pas prise. Elle frappe à la porte de l’appartement de Virgil Incanto pour lui apporter ses poèmes (d’après la taille de l’enveloppe, la dame est prolifique!). Comme personne ne répond, Monica tente de glisser le paquet sous la porte. Peine perdue, c’est trop épais. Peu soucieuse de respecter l’intimité de ses locataires, elle n’hésite pas à sortir son double de la clé de l’appartement. Au même moment, Ellen se gare en face de l’immeuble où habite Incanto. Elle aussi a vécu dans le coin auparavant, raconte-t-elle nerveusement. Incanto se fait tendre et rassurant. Il lui touche le visage, se penche...

Dans l’appartement d’Incanto, Monica pose son paquet bien en vue contre une bibliothèque. Soudain, des mouches viennent se poser sur sa poésie. Monica est intriguée. Est-ce que ça ne sent pas un peu le faisandé? Pendant ce temps, Virgil prend l’initiative de couper le moteur de la voiture et s’empare des clés d’Ellen. Puis, sans détour, il invite celle-ci à monter chez lui. C’est pour lui lire un poème, ajoute-t-il. Ellen hésite encore, il se fait tard. L’autre insiste, mais quand il aperçoit une ombre à la fenêtre de son appartement, il comprend qu’il doit se hâter de rentrer. Il met aussitôt un terme à sa tentative de conquête. C’est vrai qu’il est tard, argue-t-il. Il ouvre la portière de l’auto et détale, laissant la pauvre Ellen complètement désemparée.

De son côté, Monica a suivi les mouches jusque dans la salle de bain. C’est là qu’elle découvre, étendu dans la baignoire, le corps gélatineux, mais bien reconnaissable, de l’inspecteur Cross. Elle se met à hurler, sans voir Virgil Incanto dont la silhouette menaçante se dresse maintenant à deux pas d’elle.

Jesse, la jeune aveugle, pousse à son tour la porte de l’appartement. Elle appelle: «Mr Incanto?» L’homme lui répond calmement: qu’y a-t-il? Jesse cherche sa mère. Monica n’est pas encore revenue de son cours du soir (qu’elle a dû sécher, en conclut-on, pour venir parler poésie avec son locataire). Jesse a pensé qu’elle avait pu s’arrêter ici. Ce n’est pas le cas, lui assure Incanto, tandis que la caméra nous montre derrière lui le corps de Monica, inerte par terre. Jesse sent visiblement qu’il se passe quelque chose, mais elle arrive à conserver son aplomb. En reculant vers la sortie, elle heurte une valise près de la porte. Elle tâte l’objet pour l’identifier. Aussitôt, Incanto la saisit fermement par le bras. «Je dois partir en voyage d’affaires à New York pour quelque temps», déclare-t-il sans lever le ton. Suit un moment de tension à couper au couteau. Finalement, Incanto relâche la jeune aveugle et la raccompagne à la porte, tout en lui répétant de ne pas s’inquiéter pour sa mère.

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Au bureau de la police de Cleveland, tout le monde cherche Cross. Mulder et Scully appellent chez les gens qu’il avait à rencontrer. Finalement, une piste se présente: un homicide a été signalé à l’une des adresses où devait se rendre l’inspecteur. Peu après, on voit des policiers enfoncer la porte de l’appartement d’Incanto. Mulder et Scully sont avec eux. En fouillant les lieux, on retrouve les cadavres de Monica Landis et de Cross. Si on se fie à l’air que prend Scully pour l’annoncer à son collègue, l’ancien inspecteur ne doit plus être très beau à voir…

Tandis qu’on emporte les corps, Scully interroge Jesse. C’est elle qui a appelé la police. Elle a senti le parfum de sa mère dans l’appartement d’Incanto. C’est comme ça qu’elle a su qu’il mentait. Elle raconte aussi que l’homme l’a attrapée et serrée fort lorsqu’elle s’est pris les pieds dans sa valise. Incanto a parlé de se rendre à New York. Scully remercie la jeune aveugle qui sanglote en silence, puis elle la confie à une voisine. «Pourquoi des gens font ces choses-là?», demande encore l’enfant. Scully s’arrête, mais ne peut répondre autre chose que: «Je n’en sais rien, Jesse.»

À partir de la description fournie par un voisin, Mulder a fait faire un portrait-robot de Virgil Incanto. Mais c’est tout ce qu’on a sur lui, car l’homme n’a ni compte en banque, ni carte de crédit, ni numéro de sécurité sociale. Il gagne sa vie comme traducteur de littérature italienne à la pige, mais se fait toujours payer en liquide. Incanto a dit à Jesse qu’il voulait se rendre à New York. L’inspecteur Blane, un collègue de Cross, va faire surveiller les aéroports. Mais Mulder ne croit pas à cette piste. Selon lui, Incanto est trop futé. Il cherche d’abord et avant tout à survivre. Il a donc pris contact avec une de ses victimes potentielles. Mulder montre l’ordinateur d’Incanto: elles sont toutes là.

Au bureau régional du FBI, un expert en informatique, l’agent Kazanjian, déclare que les fichiers ont été effacés. Incanto a reformaté son disque dur. «Ce type ne voulait pas qu’on le retrouve.» («This guy didn't want anyone looking at his stuff.») Kazanjian introduit une disquette dans le lecteur. Bientôt, il annonce qu’il peut récupérer les fichiers. Malheureusement, ils sont encryptés et leur accès est protégé. Mulder presse l’agent de faire le maximum, car la situation est urgente. «Ça prendra le temps que ça prendra», répond l’autre.

-11-

On sonne à la porte d’Ellen Kaminsky. Celle-ci va répondre, mais avant d’ouvrir, elle demande qui est là. «Joanne? C’est toi?» Mais c’est la voix de Virgil Incanto qui lui répond. L’homme veut entrer, discuter de ce qui s’est passé plus tôt dans la soirée. Il lui réclame une deuxième chance, comme il lui en a accordé une lui aussi après qu’elle lui ait fait faux bond. Ellen hésite beaucoup, puis enlève la chaîne de sa porte pour le laisser entrer. L’air soulagé, Virgil la remercie. Ellen remet la chaîne à sa porte (!) et lui offre du café.

Pendant ce temps l’agent Kazanjian a fait du progrès. Les noms des correspondantes d’Incanto apparaissent à l’écran. Il y en a une sacrée liste, comme dit Mulder. La surveillance des aéroports n’ayant rien donné, Scully veut faire paraître le portrait-robot du suspect dans la presse du lendemain. Mais Mulder préfère s’adresser directement aux victimes du monstre. C’est alors que Scully prononce (en français) sa phrase mémorable: «Je vais appeler Internet et leur demander de faxer les numéros de téléphone de toutes ces femmes.» («I’m gonna call the on-line service and have them fax us the telephone numbers of all those women.»)

Le téléphone sonne chez Ellen Kaminsky, mais elle ne décroche pas, laissant le répondeur se déclencher à la place. Elle a servi du café à Virgil et se retire dans sa chambre, soi-disant pour enfiler une robe plus décente (elle est en vêtement de nuit). Virgil tente de la retenir en lui disant qu’elle est très bien comme ça, mais elle insiste. L’homme a l’air extrêmement tendu. Au lieu de se changer, Ellen s’installe à son ordinateur et envoie un message par courriel à son amie Joanne. «Tu ne me croiras pas quand je te dirai qui est ici», lui écrit-elle.

Mulder et Scully terminent leur ronde de téléphones, demandant aux femmes de la liste d’Incanto de s’enfermer à double tour. Trois d’entre elles ont déjà été portées disparues. Seules deux femmes n’ont pu être rejointes, dont Ellen Kaminsky, mais un message a été laissé sur leur répondeur. Mulder croit qu’il vaudrait quand même mieux d’aller vérifier chez elles.

-12-

Ellen termine d’écrire son message à Joanne («Détails demain matin»), puis l’envoie. Son logiciel lui annonce qu’elle a reçu du courrier: c’est l’avertissement du FBI concernant Virgil Incanto. Tandis que le portrait-robot de l’homme se dessine à l’écran, Ellen entend sa voix derrière elle lui dire: «J’espère que vous n’êtes pas en ligne avec un autre homme.» Virgil s’avance lentement vers elle. Ellen comprend qu’elle est en danger, mais s’efforce de paraître naturelle. Elle lui dit qu’elle envoyait un message à une amie. «Et vous lui disiez quoi?», demande Virgil, de plus en plus menaçant. Elle le regarde dans les yeux et, d’une voix chevrotante, elle lui répond: «Que j’ai retrouvé ma joie de vivre, que vous vous intéressez toujours à moi, que vous ne m’avez pas rejetée comme je l’ai cru hier soir.» Virgil reste un moment silencieux, comme si un soupçon de remord commençait à le tourmenter, mais un coup d’œil dans un miroir lui fait voir l’ordinateur d’Ellen qui s’y reflète: il aperçoit son portrait-robot à l’écran. Virgil reprend aussitôt son attitude menaçante. Il l’assure qu’il partage ses sentiments et qu’il la trouve magnifique, mais son ton devient dur et agressif. Ellen tente de gagner du temps en lui demandant de l’attendre dans le salon pendant qu’elle se change. Puis elle craque: «Pitié!, implore-t-elle. Laissez-moi tranquille!»

La voiture des agents se gare en face de l’immeuble où habite Ellen. Ils frappent à sa porte, pas de réponse. Un peu plus loin dans le couloir, Joanne Steffen sort de chez elle et demande ce qui se passe. Mulder s’identifie et lui dit qu’il veut parler à Ellen Kaminsky. Joanne affirme que son amie doit être chez elle puisqu’elle vient de recevoir un message de sa part. Les agents décident d’enfoncer la porte. L’appartement, plongé dans le noir, reste silencieux. Dans la chambre, le moniteur de l’ordinateur gît par terre sur le côté, affichant toujours le portrait de Virgil Incanto. Le mouvement d’un store attire l’attention de Mulder vers une fenêtre ouverte. L’agent voit un homme s’enfuir en courant dans la rue. Scully découvre Ellen Kaminsky sous un édredon. La pauvre femme gémit, à demi consciente, le visage couvert de l’infâme bave. Scully déclare qu’elle va s’occuper d’elle, laissant son collègue partir aux trousses du fuyard. Mulder ne fait ni une ni deux, il se jette par la fenêtre et, enjambant les balcons, il finit par sauter dans la rue. Pendant ce temps, Scully fait venir une ambulance chez Ellen, avec traitement spécial pour grands brûlés. De son côté, Mulder finit par coincer son suspect dans le fond d’une ruelle copieusement garnie de sacs verts empilés. Mais l’homme qui lève les mains et se rend n’a rien à voir avec Virgil Incanto. C’est un jeune Noir qui s’amusait à dessiner des graffitis sur les murs avec une bombonne de peinture. Dépité, Mulder le laisse partir et s’empresse de retourner à l’appartement.

-13-

En attendant l’ambulance, Scully veut administrer les premiers soins à Ellen. Dans une armoire de la salle de bain, sous l’évier, elle s’empare de bandages et d’une paire de ciseaux de manucure. Mais au moment où elle se relève, Virgil Incanto surgit de la douche où il se cachait et se jette sur elle. La lutte est féroce. Scully se défend avec habileté, mais l’autre finit par la jeter par terre. Couché sur elle pour l’immobiliser, il ouvre grand la bouche et s’approche de son visage... Scully aperçoit alors par terre les petits ciseaux qu’elle a échappés au moment de l’attaque. Elle étend les doigts, parvient à saisir l’instrument et en assène un bon coup dans la poitrine de son agresseur. La douleur fait reculer Virgil qui tombe à côté du bain. Mais avant que Scully n'ait le temps de se relever, il est déjà prêt à se jeter de nouveau sur elle. C’est à ce moment qu’un coup de feu éclate. Virgil s’écroule sur Scully. La personne qui a tiré n’est pas Mulder, comme on aurait pu s’y attendre, mais Ellen Kaminsky, qui vient d’entrer dans la salle de bain. La pauvre femme a le visage ravagé, mais son regard est intense et elle tient fermement un revolver dans ses mains, pointé vers l’homme qui lui a fait tant de mal. (Cette arme est celle que Scully a déposée sur le plancher quand elle a découvert Ellen.)

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Virgil Incanto est encore vivant et a été fait prisonnier. Mais, de toute évidence, privé de ses nutriments essentiels, il n’en a plus pour très longtemps. Tandis que Mulder l’interroge sur la liste de ses victimes (47 femmes dans cinq États), l’homme a changé complètement d’aspect. La peau de son visage et de ses mains s’écaille, comme s’il était affecté par une forme aiguë d’eczéma. Virgil a les cheveux grisonnants maintenant et semble avoir de la difficulté à respirer. Mais en voyant la liste que lui tend Mulder, il déclare froidement: «Elles sont toutes à moi.» Mulder soupire et sort de la cellule d’interrogatoire en disant à Scully de le suivre. Mais celle-ci reste sur place et continue de regarder le prisonnier. «Pourquoi?», finit-elle par lui demander. Incanto sourit. «Vous ne voyez en moi qu’une chose monstrueuse. Mais je ne faisais qu’obéir à la nature.» («When you look at me, you see a monster. But I was just feeding the hunger.») Dégoûtée, Scully commente: «Vous êtes plus qu’un monstre. Vous deviez dévorer leur esprit, avant de les dévorer, elles.» («You didn’t just feed on their bodies. You fed on their minds.») Incanto se justifie: c’était un échange. Il leur offrait ce qu’elles voulaient, et elles lui offraient ce dont il avait besoin pour survivre. C’est terminé maintenant. «Not anymore» («Vous allez mourir»), lui réplique Scully en se dirigeant vers la sortie. Mais c’est Incanto qui a le dernier mot: «I morti non sono più soli» («Les morts ne sont plus solitaires»), déclame-t-il. Scully demande à un gardien de la faire sortir et quitte la cellule. La caméra se braque une dernière fois en gros plan sur le visage décrépit de Virgil Incanto.

Janvier 2008