-1-

Il fait nuit à Connerville en Oklahoma. Une décapotable bleue arborant un fanion publicitaire d'AB Pizza est garée devant une zone commerciale. Dans une arcade presque vide, l'unique client visible est le conducteur du véhicule, Jack Hammond, un jeune homme plutôt costaud qui porte un uniforme bleu comme sa voiture. Ayant sans doute terminé sa journée de travail, Jack est entièrement absorbé par une partie de Virtua Fighter 2.

Un adolescent le rejoint, plus petit, moins assuré. Il s'agit de Darin Peter Oswald, vêtu d'une casquette noire et d'un t-shirt trop grand à l'effigie des Vandals. Son physique ingrat et son regard bovin le classent tout de suite dans la catégorie des perdants. On voit qu'il veut dire quelque chose à Jack, mais il piétine, hésite. Il se résout enfin à l'aborder. «Je faisais une partie», dit-il avec lenteur, sans oser regarder le gaillard. Celui-ci le jauge une seconde avec dérision, puis poursuit son jeu. «J'ai juste été sniffer une ligne et voilà», continue Darin, qui espère reprendre sa partie. (En version originale, il n'a fait qu'un saut aux toilettes.) Distrait un instant, Jack voit son personnage virtuel se faire tabasser. Game over. Frustré, il frappe la machine et harponne brutalement Darin. «T'as un problème?» L'autre persiste, le regard toujours aussi fuyant: «J'ai dit que c'était ma machine.» Un troisième larron vient les rejoindre. C'est l'employé de l'arcade, un type dégourdi nommé Bart Liquori, alias Zero. S'il était à sa place, dit-il à Jack, il dégagerait. Peu impressionné, l'autre ricane: «OK. Alors les gars, vous voulez faire une partie? Eh bien, on va la faire!» Il empoigne le petit Darin par le collet et l'envoie bouler contre une des machines. Immédiatement, les lumières de l'arcade s'éteignent. «Oh, merde! T'aurais pas dû faire ça», laisse tomber Zero d'un air sinistre. Jack a perdu sa belle assurance. Qu'est-ce qu'un morveux comme Darin pourrait bien lui faire, hein? Un juke-box s'allume tout seul et une musique s'élève, celle de «Ring the Bells» du groupe James. Darin se remet debout en ajustant sa casquette. «C'est à mon tour de jouer?», demande-t-il à Jack, en le fixant cette fois droit dans les yeux. Manifestement ébranlé par ce revirement d’attitude, le gaillard décide de quitter les lieux.

Le cœur battant, il traverse le stationnement. Darin le suit de son regard vitreux. Jack monte dans son véhicule. Quand il met la clé dans le contact, la radio s'allume. À sa grande surprise, c'est encore la chanson «Ring the Bells» qui résonne. Il a beau tourner les boutons, rien d'autre ne joue. Effrayé, Jack enfonce l'accélérateur pour regagner la rue. Sous le véhicule, des étincelles jaillissent. Le fanion publicitaire d'AB Pizza s'enflamme. Soudain, Jack est pris de convulsions tellement violentes que sa tête va percuter la vitre, la brisant sous l'impact. Il s'effondre sur le siège, mort. De la fumée s'échappe de ses lèvres. Le spectacle terminé, Darin va tranquillement reprendre sa partie. En souriant, son ami Zero lui refile une pièce au passage. «Je sens que je vais m'éclater, mec», dit Darin en fixant sa machine préférée qui s'allume toute seule dans la noirceur ambiante.

-2-

Au bureau du shérif de comté, Scully examine le corps de Jack Hammond. «Les deux tympans sont perforés et les deux yeux, atteints de cataractes. Probablement la chaleur», conclut-elle. Mulder est surpris par cette prudence excessive. Il empoigne le cœur du jeune homme, emballé dans du plastique. L'organe noirci est méconnaissable. «On dirait que son cœur a grillé à l'intérieur de sa poitrine.» Stan Buxton, le médecin légiste, leur avoue qu'il n'a jamais vu de tissus endommagés de cette façon. Scully reconnaît que les blessures et les brûlures au niveau du sternum pourraient résulter «d'une électrocution ordinaire ou d'un contact avec une ligne à haute tension», sauf qu'aucun point de contact n'est visible. Il est clair en tout cas que le pauvre bougre a cuit de l'intérieur. Buxton émet l'hypothèse que Hammond a été frappé par la foudre. Le shérif Teller, arrivé sur ces entrefaites, les écoute parler. Scully demande au médecin légiste s'il a trouvé des «blessures de contact» sur le corps des cinq autres victimes. On comprend que le décès de Hammond n'est pas le premier, et que c'est cette suite de morts bizarres qui a dû attirer les deux agents à Connerville. Buxton assure que la cause est évidente dans tous les cas: la foudre. Scully lui fait remarquer que dans ce seul comté, une soixantaine de personnes périssent chaque année de cette cause. Or cinq d'entre elles sont mortes à Connerville, ce qui est statistiquement peu probable.

«Il n'y a eu que quatre morts!», déclare Teller, l'air hostile. Il donne son congé à Buxton et demande ce que le FBI vient faire ici. Peu fidèle à ses habitudes, Mulder laisse à Scully le soin de justifier leur présence. Non seulement le nombre de morts dans la région est-il trop élevé, explique-t-elle, mais les rapports d'autopsie ne sont pas concluants. «Est-ce que vous connaissez les pouvoirs de la foudre, agent Scully?», lance Teller. Avec une pointe de sarcasme, il lui apprend que des gens sont frappés par cette mystérieuse force alors qu'ils prennent leur douche ou sont au téléphone. Les scientifiques ne savent même pas comment elle fonctionne. Teller est bien placé pour le savoir, car la spécialité de Connerville, c'est justement la foudre. À l'observatoire Astadourian, tout près, «on a installé une centaine de paratonnerres ionisés qui sont conçus pour stimuler les éclairs». Scully rétorque que si elle n'est pas une experte dans le domaine, elle est néanmoins médecin et elle peut constater que les résultats d'autopsie ne sont pas satisfaisants. Très bien alors, réplique Teller, de quoi Hammond est-il mort à son avis? Scully est obligée de se ranger à la conclusion du coroner local: la victime a bel et bien été frappée par la foudre. Le shérif l'avertit de ne pas suggérer d'autre explication à la famille du jeune homme. Il tourne les talons et quitte la pièce.

À Mulder, resté obstinément silencieux durant tout l'échange, Scully fait remarquer qu'il aurait pu intervenir, mais l'autre lui assure qu'elle s'en est très bien tirée. Naturellement, il ne croit pas que Hammond a été tué par la foudre. Intriguée et un peu inquiète, Scully veut savoir ce que cherche réellement son partenaire. Après tout ce qu'ils ont vécu ensemble au cours des derniers temps, elle espère que ce n'est pas encore une histoire de conspiration gouvernementale et d'OVNI. Mulder sourit et lui assure que non. Ce qui l'intéresse dans cette histoire, c'est que la foudre n'a pas le caractère imprévisible dont parle le shérif Teller. «Elle semble avoir une nette préférence pour un certain type de victime.» Selon les dossiers, elle frappe essentiellement des garçons ayant entre 17 et 20 ans (21 en anglais), comme Jack Hammond. Mulder suggère donc d'aller examiner l'endroit où le jeune homme a été tué.

-3-

Il fait un soleil magnifique. Des gens circulent dans la petite zone commerciale pendant que Scully examine la voiture de Jack. En lisant le rapport, elle apprend que la police a trouvé le corps après minuit. «Toute l'installation électrique avait sauté et tous les circuits et les câblages avaient fondu», souligne-t-elle. Mulder l'écoute distraitement. Il a remarqué des traces de pneus au sol. «On dirait qu'il a essayé de se sauver à toute vitesse.» Mais de quoi? Scully note que Hammond a livré sa dernière pizza entre 11h00 et 11h30. Or, comme le fait remarquer Mulder, toutes les boutiques de la zone auraient dû être fermées à cette heure-là. Sauf l'arcade.

À l'intérieur de ladite arcade, Zero s'absorbe dans le comptage laborieux de pièces de 25 cents, qu'il insère dans des tubes en papier. Quand Scully l'interrompt, il grimace et lui fait signe de ne pas le distraire. Elle attend patiemment qu'il ait terminé son rouleau pendant que Mulder va fouiner un peu plus loin. Zero termine sa besogne et se montre d'une politesse toute mielleuse. Quand Scully précise qu'elle est du FBI, il semble prendre une attitude un peu plus sérieuse. Il confirme qu'il travaillait à l'arcade le soir précédent. Devant la photo de Jack Hammond que lui présente Scully, Zero assure qu'il ne l'a jamais vu. Pourtant, insiste-t-elle, «il était ici entre 11h00 et 11h30. Il a été tué dans le parking, c'est sa voiture là-bas». Par conséquent, s'il était debout, ici, à ce comptoir, Zero a forcément vu ce qui s'est passé. «Oh, vous parlez de ce type?», s'exclame le garçon, comme si la lumière venait de se faire en lui. Scully comprend que l'autre se paie sa tête.

Pendant ce temps, Mulder fait le tour de l'arcade pleine de joueurs. Il s'arrête devant la machine préférée de Darin. Les scores les plus hauts, affichés à l'écran, ont été réussis par un joueur appelé D.P.O. Scully vient rejoindre son partenaire en compagnie de Zero qui lui explique avoir vu Hammond mettre des pièces dans cette machine la veille au soir, mais il ne se souvient de rien d'autre avant que l'ambulance n'arrive. Zero est manifestement de mauvaise foi, mais Mulder ne semble pas le remarquer. Il attire plutôt l'attention de Scully sur le score affiché à l'écran de la machine. Comment s'appelaient les quatre autres victimes présumées de la foudre? Un peu décontenancée, Sully ouvre le rapport et énumère les noms. Celui de Darin Peter Oswald intéresse Mulder, car il est le seul des cinq à avoir survécu. Et ses initiales, D.P.O. correspondent à celles de la machine. Le meilleur score obtenu, qui est aussi le plus récent, date de la veille, à l'heure où Hammond est mort. À défaut d'un suspect, les agents tiennent au moins un témoin.

-4-

Au garage où il travaille, Darin s'affaire sous une vieille voiture bleu clair pendant qu'une chanson de Filter joue à tue-tête dans ses écouteurs. Visuellement cependant, son attention est vite captivée par une paire de jambes féminines qui viennent d'entrer. On devine d'après son air hypnotisé que cette apparition lui fait beaucoup d'effet. Au moment où les jambes s'approchent tout près de la voiture, il s'extrait de sous le véhicule, se payant une rapide vue en contre-plongée du haut des dites jambes. Surprise, la nouvelle venue recule, l'air crispé, en réfrénant une exclamation de dégoût. Darin se relève, enlève ses écouteurs et regarde intensément la dame. C'est Sharon, l'épouse de Frank Kiveat, le propriétaire du garage et employeur de l'adolescent. Deux choses sautent aux yeux: Darin est amoureux fou de la belle et celle-ci est terrorisée par sa présence. Quand elle demande où est Frank, elle se fait répondre qu'il est sorti faire des courses («He's out on a tow», donc il s'occupe à remorquer un client). Darin lui demande s'il peut faire quelque chose pour elle, mais Sharon lui assure qu'elle attend son mari pour aller dîner. «Si vous avez faim, j'ai de quoi manger, vous savez, dans mon sac, j'ai des beignets.» Il fait pitié avec son élocution lente et son regard vitreux. Il est clair que la visiteuse, en plus d'être mariée, est hors de sa portée. Elle refuse poliment les beignets, avec l'air de souhaiter être à des kilomètres de là. Il insiste avec lourdeur: «Vous êtes sûre? Ils datent d'avant-hier, mais ils sont encore tendres. J'en ai mangé un.» Elle baisse la tête et il s'approche. «Dites, Mme Kiveat? Pour ce que je vous ai dit hier, il y a encore une chose que...» Le vrombissement d'un véhicule l'interrompt. Darin regarde fixement la camionnette qui entre maintenant dans le garage. Soulagée, Mme Kiveat reconnaît son mari. Frank est un type costaud et plutôt beau garçon. Il s'excuse du retard, mais il a dû remorquer le véhicule du livreur de pizza (Jack Hammond). Darin regarde avec déplaisir Frank embrasser sa femme. Son rival lui apprend ensuite que des agents du FBI veulent lui parler. Darin hausse les épaules et jette son chiffon sale.

Un peu plus tard, Mulder et Scully interrogent Darin au garage. Devant une photo de Hammond, l'adolescent se contente de dire: «Alors, c'est ce type-là qui est mort? Putain, ça c'est moche.» Il s'enquiert des causes du décès. «Un coup de foudre, paraît-il», lui répond Mulder. Darin ricane. Ce sont des choses qui arrivent, et il est bien placé pour le savoir. On voit encore sur sa nuque une vilaine balafre rouge qui marque probablement l'endroit où il a été frappé. Mulder spécifie que la victime est morte à la sortie de l'arcade, et que selon la météo, il n'y avait pas un seul nuage. «Tu y étais hier soir, toi aussi. Tu as même battu ton propre record.» Darin acquiesce avec fierté, mais il nie avoir vu quoi que ce soit. Quand il joue, une bombe atomique pourrait exploser et il ne remarquerait rien. Mulder lui demande s'il considère qu'il a de la chance, puisqu’il a survécu à la foudre contrairement aux autres victimes de la région. Darin convient que, vu sous cet angle, on pourrait dire qu'il a eu de la chance. Scully regarde Mulder curieusement. Elle vient de remarquer que la poche de son veston fume. L'agent ouvre son veston et en extrait son téléphone cellulaire. L'appareil devient tellement chaud qu'il le lâche. L'écran se couvre d'un liquide brun. «Il a bien cramé», fait Darin d'un ton philosophe («Bummer» en verson originale, ce qui dans le contexte pourrait se traduire par «quelle emmerde!»). Maintenant, c'est Mulder qui le regarde avec curiosité.

-5-

Les grillons stridulent dans la nuit. Une lumière luit faiblement sur le porche d'une baraque en bois mal entretenue. À l'intérieur, une dame corpulente d'âge mûr est affalée devant la télé. Mme Oswald, mère de Darin, regarde un talk-show où un adepte du sadomasochisme exhibe son costume en cuir et ses piercings, tout en parlant de son vécu. Sans crier gare, le poste de télé change et l'émission fait place à une vidéo rock bruyante. Mme Oswald s'énerve et somme son rejeton de cesser de jouer avec la télécommande. Mais Darin n'a même pas l'objet en main. Mme Oswald finit par retrouver sa télécommande en farfouillant entre les coussins, enfonce un bouton et retrouve son talk-show. L'invité de la semaine exhibe une sorte de ceinture cloutée d'allure punitive avec laquelle il prétend dormir la nuit. «Pourquoi tu regardes ces conneries? De toute façon, c'est une bande de ringards» («losers», en anglais), commente Darin. «Ils passent à la télé, au moins», lance sa mère. «Ça risque pas de t'arriver», ajoute-t-elle avec mépris, ce à quoi Darin répond avec un rot retentissant. Sa mère le sermonne: «Quelle fille voudra d'une espèce de porc comme toi?»

Quelqu'un frappe à la porte. C'est Zero. Darin sort le retrouver. Mais juste avant de quitter la maison, il embrouille à distance la télé de sa mère. Celle-ci actionne en vain sa télécommande, cette fois aucun poste n'apparaît. «Tu me croiras jamais», dit Zero, une bière à la main. «Tu sais qui est venu me voir aujourd'hui?» Le FBI, devine Darin. Ils sont venus au garage l'interroger lui aussi. «Sans blague? s'étonne Zero. Comment ils t'ont trouvé?» Darin laisse entendre que son copain leur a peut-être révélé quelque chose à son sujet, mais Zero proteste, jurant n'avoir rien dit. Il jette sa bouteille vide dans l'herbe et court rejoindre Darin qui gravit une butte où paissent des vaches. Le garçon annonce qu'il se sent d'humeur «à faire un petit barbecue». Zero proteste: «Le coup des vaches, ça suffit!» Darin rigole méchamment. Il regarde le ciel avec beaucoup d'intensité et se met à l'invoquer. «Chuis prêt! C'est bon, je vous dis! Vous pouvez descendre!» Zero l'exhorte d'arrêter, mais peine perdue. Il court se mettre à l'abri en déboulant la butte qu'il vient de gravir avec peine. Darin poursuit ses invocations au milieu des meuglements bovins. Un bruit de tonnerre se fait entendre, comme si un orage se préparait brusquement. Des éclairs fusent du ciel et viennent frapper Darin de plein fouet à plusieurs reprises. Le garçon hurle. Au bas de la butte, Zero ose enfin relever la tête, mais l'autre a disparu de son champ de vision. Il se relève, remonte la butte et trouve enfin son ami allongé au sol. «Eh, Darin, ça va?» Le foudroyé a l'air un peu catatonique, mais il finit par s'asseoir. «Génial», dit-il en souriant.

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Le lendemain, des hommes s'affairent à charger les vaches mortes dans une camionnette. Le shérif Teller observe la scène, son téléphone à l'oreille. Mulder et Scully arrivent en voiture sur les lieux. Le shérif leur explique que trois vaches ont été foudroyées. Un employé de l'observatoire (un dénommé Dean Greiner) vient de l'appeler. Scully lui demande s'il a pu détecter les éclairs qui se sont abattus dans le champ. Teller s'apprête à lui faire la leçon, mais Mulder l'interrompt en lui disant qu'il sait déjà comment fonctionne la résonance de Schuman. Pour le shérif, c’est la foudre qui a tué les vaches, comme elle a tué Jack Hammond la nuit d'avant. Mulder convient que les apparences lui donnent raison, mais il n'a pas l'air si convaincu. Teller insiste pour lui montrer autre chose qui viendra à bout de ses doutes. Il s'agit d'une petite zone sablonneuse dans le gazon. «On dirait de la fulgarite», dit tout de suite Mulder, qui veut éviter une autre démonstration de savoir. «La terre a été brûlée par la foudre.» La silice de la terre s'est vitrifiée sous la chaleur intense. Aux yeux de Teller, la preuve est concluante. «On dirait que votre mission est terminée», fait-il d'un air satisfait, avant de planter là les agents à qui il vient de clouer le bec (croit-il). Scully semble d'ailleurs toute disposée à lui donner raison. De son côté, Mulder extrait de la terre le morceau de fulgarite, qui ressemble vaguement à un bout de branche. Il montre la chose à Scully. «En tout cas, dit-il, c'est la première fois que je vois la foudre laisser une empreinte de pied.» Dans le morceau de fulgarite, on distingue nettement la trace d'une semelle.

Dans le labo de médecine légale du comté, Scully réalise un moule en plâtre d'une admirable netteté à partir de l'empreinte. Épaté, Mulder lui demande si elle peut aussi fabriquer un petit chérubin qui crache de l'eau. Scully sourit. «On dirait la semelle d'une espèce de botte militaire, estime-t-elle, et c'est du 42 et demi.» Cette fois, Mulder ne cache pas son admiration. Mais sa collègue s'empresse de lui faire remarquer que la pointure est inscrite dans le plâtre. Mieux encore, elle a trouvé autre chose en nettoyant l'empreinte. Elle tend à Mulder un flacon en plastique contenant une substance visqueuse enrobée de silice vitrifiée. Il pourrait s'agir d'antigel de moteur. «Darin Oswald!», fait Mulder, catégorique. Mais pourquoi et comment? «Je ne sais pas, répond-il, mais allons voir si la chaussure correspond.»

-7-

La route A7 a quelque chose de bucolique. Aucune maison, aucun bâtiment en vue. Mais au croisement, le feu de circulation affiche vert dans les deux sens. Des véhicules manquent de se percuter et se klaxonnent bruyamment. Les chauffeurs s'engueulent avant de reprendre leur route. Assis sur le rebord d'un panneau publicitaire, Darin observe la scène en rigolant. On comprend alors l'origine de la défaillance électrique. Zero vient le rejoindre en gravissant l'échafaudage en bois. «Écoute, j'ai réfléchi», commence-t-il. Faut bien commencer un jour, de rétorquer l'autre, en remettant les feux de circulation au vert. Un crissement de pneu se fait entendre: un 4X4 a pilé à moins d'un mètre d'un minivan. Darin peste contre les freins ABS. «On devrait partir quelque part», poursuit Zero, sans prêter attention aux amusements de son copain. Ils pourraient aller à Las Vegas tous les deux. Darin y ferait sûrement un carnage. Mais l'autre répond qu'il n'ira nulle part sans Mme Kiveat. Zero s'étonne: «Qu'est-ce qui te fait croire qu'elle partira un jour avec toi? Elle se fout de toi, n'oublie pas. Elle te prend pour un débile.» («She thinks you're a retard.») Mais Darin est plus qu'obstiné, il est obsédé. Pour «prouver» son amour, il lui dira ce qu'il ressent, qu'il a toujours envie d'être plus près d'elle. Le problème, rappelle Zero, c'est qu'elle est mariée à son patron. «Je pourrais le brûler», laisse tomber Darin distraitement. Zero proteste: c'est son patron! «Il ne le sera plus quand il sera mort», de s'esclaffer l'autre. Avec le FBI dans le coin? Ce n'est pas très prudent. Et puis Frank Kiveat a une longueur d'avance. Il est plutôt joli garçon, il a un boulot stable et il répare les choses au lieu de les détruire comme Darin le fait. Une femme comme Mme Kiveat veut quelqu'un de spécial. Darin lance avec morgue qu'il n'est pas lui-même un gars ordinaire. Et pour le confirmer, il fait de nouveau passer les feux au vert, provoquant une collision bruyante entre une voiture et une camionnette. Darin rigole bêtement. «Ce coup là, dis donc, je ne les ai pas ratés!» Il descend de son promontoire pour aller y voir de plus près. Zero sourit en regardant toutefois son ami avec une inquiétude à peine voilée.

-8-

Mulder et Scully se sont rendus chez Darin Oswald. Le garçon n'est pas là. Mme Oswald convient que son fils n'est pas une lumière, mais il ne ferait pas de mal à une mouche. «Qu'est-ce qu'il a encore fait comme bêtise?» Plutôt que de répondre à la question, Mulder demande à la dame de les laisser seuls un moment dans la chambre de Darin. Elle y consent et Mulder ferme la porte derrière lui. La chambre tient du capharnaüm. Le lit n'est pas fait, la pièce n'est probablement pas aérée, des posters agressifs sont affichés aux murs, et des vêtements sales jonchent le sol. Scully examine la penderie et trouve une chaussure de la même pointure que son moulage, ce qui ne prouve rien en soi. De son côté, Mulder feuillette une revue porno. Scully dit s'étonner que son collègue n'ait pas encore reçu ce numéro. Il l'a reçu, proteste-t-il, mais son exemplaire à lui ne contenait pas cette photo. Il tend alors à Scully un cliché trouvé à travers les pages de la revue. On y voit une jolie jeune femme que les agents n'ont pas encore rencontrée. Le texte imprimé à l'endos laisse deviner que la photo provient d'un album de finissants (et non un album universitaire, comme le dit la traduction française). Scully trouve l'album en question dans la penderie et les agents apprennent alors que la jeune femme en question s'appelle Sharon Kiveat. Kiveat… N'est-ce pas le nom du garage où travaille Darin?

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Le petit jeu de carambolage de Darin a réussi à provoquer un embouteillage à une intersection peu achalandée. Il doit y avoir des blessés, car deux ambulances sont également sur les lieux. Frank Kiveat arrive à son tour et demande ce qui se passe. Un policier lui dit qu'un gamin a perdu le contrôle de son véhicule. Il venait juste d'avoir son permis. Kiveat sent soudain une douleur à l'épaule gauche. «Vous voulez que je dégage les véhicules?», demande-t-il avec difficulté. Le policier qui s'affaire à régler la circulation finit par remarquer son état et lui demande si ça va. Kiveat aperçoit alors Darin qui le regarde fixement parmi les badauds. Zero est avec lui. La douleur s'intensifiant, le garagiste se met à crier, puis s'effondre. Le policier appelle au secours. Deux ambulanciers s'approchent en courant et constatent que l’homme fait une crise cardiaque. L'un d'eux va chercher le défibrillateur. Un peu plus loin, Darin en profite pour s'approcher. Zero essaie de le retenir: «Où tu vas? Foutons le camp!» Mais son ami l'ignore et se dirige vers la scène du drame. Les ambulanciers mettent le défibrillateur en place, mais constatent rapidement qu'il ne fonctionne pas. L'un des deux part chercher de l'aide. Darin se tient maintenant devant son patron, dont le teint cireux n'annonce rien de bon. «Vous en faites pas M. Kiveat», fait-il en s'accroupissant près de lui. «Je les ai vus faire à la télévision.» Et, comme un guérisseur, il pose ses mains sur la poitrine du souffrant. Une décharge soulève le corps de Kiveat; son cœur se remet à battre. Les deux ambulanciers sont sidérés. Rayonnant de fierté, Darin les regarde avec son sourire bêta. «Unité soins d'urgence», fait-il en guise d'explication. («Rescue 911», en anglais, une émission de télévision animée par William Shatner et présentant des reconstitutions de sauvetages divers.)

Frank Kiveat a été emmené à l'hôpital de Felton. Son épouse s’est rendue elle aussi. Nerveuse, elle se sert un peu d’eau dans un corridor, puis échappe le gobelet. Mulder s'approche d'elle et se présente. Même si l'instant est mal choisi, il aimerait lui poser des questions. Elle semble hésiter, mal à l'aise. Mulder insiste pour qu'elle lui parle de Darin Oswald. «Il était sur le lieu de l'accident, n'est-ce pas?» Cette fois, Mme Kiveat s'excuse et se dirige vers la chambre de son mari sans ajouter un mot. Scully vient rejoindre Mulder avec des nouvelles. Il y a quelque chose qui cloche dans l'électrocardiogramme de Frank Kiveat. Sur la bande de papier, une ligne sinueuse s'interrompt pour dessiner une crête bien nette. Une charge électrique a fait redémarrer le cœur, mais ce ne peut être le défibrillateur. «Il ne voulait pas charger, les plaques étaient mortes.» Or un ambulancier a vu Darin toucher la poitrine de la victime. Mulder montre alors à Scully le dossier médical de Darin lui-même. «Il y a environ cinq mois, il a été admis aux urgences pour arrêt cardiaque, défaillance respiratoire et brûlures au troisième degré du cuir chevelu et du dos. Ressuscité d'extrême justesse», lit-elle. (En anglais, le garçon a été réanimé au bout de 21 minutes.) Elle note ensuite que la prise de sang a révélé une hypokaliémie, «un déséquilibre chimique caractérisé par un faible taux de potassium et un fort taux de sodium». Mulder, qui ne savait pas du tout ce qu'était l'hypokaliémie avant que Scully ne le lui explique, décrète tout de suite qu'il s'agit d'électrolytes. Ceux-ci génèrent toutes les impulsions électriques, comme celles du cœur et des neurones. L'éclair se fait (sans jeu de mot) dans l'esprit de Mulder. Il a compris que le déséquilibre dont souffre Darin lui permet de générer des décharges électriques bien plus élevées que la normale. Scully affirme tout de suite que le corps humain ne fonctionne pas de cette façon. Mulder ne lâche pas prise. L'empreinte de semelle dans la fulgarite pourrait indiquer qu'il a conduit des «millions de volts» dans le sol et qu'il n'en a pas souffert. «Tu veux dire qu'il est une sorte de paratonnerre?», demande Scully. Non, affirme Mulder, c'est lui la foudre! Il faut l'arrêter avant qu'il ne recommence à frapper. Scully ne le contredit pas.

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Les agents sont retournés chez Mme Oswald. En sortant de leur véhicule, ils aperçoivent Darin qui s'éloigne dans les champs, une bouteille de bière à la main. Ils s'élancent pour l'intercepter, mais le garçon les reçoit avec agressivité. «Je t'interdis de me toucher!», s'écrie-t-il en repoussant la main de Mulder. Les agents l'assurent qu'ils ne veulent que lui poser quelques questions. «J'ai rien fait! Rien!», laisse tomber Darin, qui semble avoir du mal à les regarder dans les yeux. Quelques instants plus tard, on le retrouve néanmoins assis dans la salle d'interrogatoire de la prison de Johnston. Il se frotte les yeux d'un air las. Il répète n'avoir aucune idée de la façon dont sont morts tous ces gens. Il n'a pas cherché à fuir en apercevant les agents, il voulait seulement aller se balader. Et puis, on devrait lui remettre une médaille pour avoir sauvé la vie de son patron. Scully lui dit qu'elle en doute. «Pourquoi? Qui vous a dit ça? Qui vous êtes allés voir? C'est Zero qui vous a raconté ça?» Scully ne répond pas. Elle sort de la salle et rejoint Mulder qui l'attend de l'autre côté de la porte. Darin n'a rien révélé, rapporte-t-elle, à part qu'il est un héros. Il prétend avoir ranimé Frank Kiveat par stimulation cardio-pulmonaire (CPR) et avoir toujours aimé les cours de secourisme. Pour Mulder, c'est Darin qui a tout planifié, y compris l'arrêt cardiaque du garagiste. Il en est convaincu, surtout après ce que le garçon a fait à son cellulaire. «Tu ne veux quand même pas qu'on l'arrête pour avoir agressé un téléphone?», plaisante Scully. Mulder pense plutôt qu'il faudrait soumettre Darin à une batterie de tests en laboratoire. Sauf qu'ils n'ont ni la capacité ni le temps de se lancer dans une pareille entreprise. De plus, sans confession, ils ne peuvent mettre le suspect en garde à vue que 72 heures. Mais Mulder ne perd pas espoir. Il y a encore une personne qui pourrait les aider.

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Mulder et Scully sonnent à la porte de Sharon Kiveat. Celle-ci paraît toujours aussi peu disposée à répondre à leurs questions. Mulder lui fait savoir que Darin Oswald est en garde à vue, mais qu'ils ne peuvent le poursuivre sans éléments de preuves. La dame hésite encore, puis finit par les laisser entrer. Tout le monde passe au salon. Mme Kiveat raconte son histoire. Elle explique qu'elle donnait des cours de rattrapage en lecture à l'école secondaire (et non des cours de lecture comme elle le dit en version française). Darin a été l'un de ses élèves. Elle s'est rapidement rendu compte qu'il avait le béguin pour elle, mais il lui faisait pitié. Elle voyait en lui un pauvre garçon qui n'avait jamais eu de chance. C'est elle qui lui a trouvé ce boulot au garage de son mari. Et puis, six mois plus tôt, elle a commencé à recevoir des coups de fil étranges. Quand elle décrochait, son interlocuteur raccrochait sans dire un mot. Elle savait que c'était Darin, mais ne pouvait le prouver. Il avait cette façon de la regarder au garage. Et puis tout récemment, juste après la mort de Jack Hammond, Darin lui a dit qu'il avait des pouvoirs dangereux. Au début, elle ne l'a pas cru, pensant qu'il cherchait seulement à l'impressionner. Mais elle a changé d'avis depuis la crise cardiaque de Frank. Et le pire, c'est qu'elle ne peut rien dire à quiconque puisque personne ne la croirait. Elle a peur aussi des représailles de Darin. Scully lui assure qu'elle n'a plus à avoir peur. Son mari et elle seront en sécurité si les agents peuvent compter sur son témoignage.

De retour à la prison de Johnston, les agents apprennent que le shérif Teller a libéré Darin, après avoir lu leur rapport («Suspicion d'homicide par émission de courant électrique continu»). Mulder est très inquiet et court appeler Sharon Kiveat. Scully affirme au shérif que Darin est responsable de la mort d'au moins quatre personnes, peu importe comment il s'y est pris. Le garçon n'aurait jamais dû être relâché. Outré, Teller réplique que la thèse des agents ne repose sur aucun fondement scientifique. «C'est une pure spéculation qui est basée sur du vent. Vous n'avez aucune preuve, aucun indice», martèle-t-il devant Scully, qui connaît bien le refrain pour l'avoir maintes fois répété elle-même. «Je vous ai entendu dire que même les scientifiques ne savaient pas tout sur la foudre», lui répond-elle du tac au tac. Mme Kiveat n'est pas chez elle, annonce Mulder. «Elle doit être en route pour l'hôpital!» Les deux agents s'en vont au pas de course. Le shérif les regarde partir, l'air songeur.

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Un panneau à la porte indique que l'arcade où travaille Zero est fermée. Il est tard et le garçon s'affaire à éteindre les machines et les lumières. Tout est noir, mais une musique continue de se faire entendre. Zero cherche l'origine du son et tombe sur la machine préférée de Darin, restée mystérieusement allumée. À son tour, le juke-box se met en marche tout seul. Soupçonnant la présence de son ami, Zero prend peur. «Putain, mec! Montre-toi!» Il se dirige vers la sortie, mais la porte est fermée. Zero cherche nerveusement ses clés. «Qu'est-ce que tu fous, merde? J't'ai dit que je leur ai rien dit!» Il réussit à ouvrir la porte et se précipite dehors, au milieu des bourrasques de vent et du grondement de l'orage. Il continue de jurer n'avoir rien dit à personne. «Chuis ton pote!» Peine perdue, un éclair le foudroie. Zero s'effondre, et toute la petite monnaie des machines à sous lui sort des poches pour se déverser sur la chaussée. Du toit de l'arcade, Darin regarde le corps de son ami d'un air impassible.

Les agents arrivent à l'hôpital. Mulder demande à l'infirmière en poste de faire bloquer l'entrée, sauf pour le personnel d'urgence. Les époux Kiveat sont la chambre de Frank. Scully lui apprend que Darin a été libéré et qu'elle n'est plus en sécurité. Fâchée et effrayée, Mme Kiveat refuse de partir et d'abandonner son mari, lequel n'est pas en état de quitter sa chambre. Soudain, les lumières du couloir s'éteignent. Cela veut dire que Darin a réussi à entrer dans l'hôpital. Les deux agents sortent leurs armes. Un signal sonore indique que l'ascenseur arrive à l'étage. La porte s'ouvre, mais au lieu de Darin, c'est le corps de Zero qu'on y découvre. «Il est mort», confirme Scully. Mulder fait bloquer l'ascenseur. Le seul autre point d'accès est l'escalier de secours. Mulder s'y précipite dans l'espoir d'arrêter Darin. L'escalier est baigné d'une lumière rouge intense. L'agent descend un étage, puis un autre. Il découvre une boîte électrique défoncée.

Darin n'est pas là. Il a réussi à atteindre l'étage où se trouvent Scully et Mme Kiveat, et il se dirige tout droit vers la chambre de son patron. Mais quand il tire le rideau, il ne trouve plus personne. Scully l'attendait et pointe maintenant son arme sur lui. «Où est-elle?», s'enquiert Darin. Scully lui intime de ne plus bouger, mais elle n'ose pas tirer quand il avance dans sa direction. Derrière elle, Sharon Kiveat vient d'apparaître. En l'apercevant, Darin lui demande calmement de venir vers lui. Scully continue de le menacer, mais ne tire toujours pas, incertaine sans doute de ses réactions possibles. «Alors, vous venez avec moi, Mme Kiveat?» Scully insiste, mais Darin confirme ses craintes: «Je peux vous tuer si je veux!» Scully n'a plus le choix, elle doit protéger la dame au risque de mettre sa propre vie en péril. Elle lui ordonne de reculer et se met à compter jusqu'à trois. Darin perd patience: «J'en ai marre de vos conneries!» Sentant venir l'hécatombe, Mme Kiveat s'interpose entre les deux. Elle promet de suivre Darin s'il arrête. Satisfait, le garçon l'entraîne avec lui, mais en se servant d'elle comme d'un bouclier.

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Darin et son otage marchent ensemble, main dans la main dans le parking de l'hôpital. «Vous êtes la seule personne qui ait jamais été gentille avec moi, vous savez ça?», lui confie-t-il sur un ton pathétique.. «Eh, vous vous souvenez de la rentrée des classes quand vous portiez cette jolie robe verte avec des fleurs jaunes? Vous vous teniez devant la fenêtre et on pouvait presque voir à travers.» Consternée autant qu'effrayée, Sharon Kiveat finit par lui demander où ils vont comme ça. Sur un ton léger, Darin répond qu'il n'a pas vraiment de plan et qu'ils iront là où elle souhaite aller. Pas de problème, puisqu'il a apporté l'argent des machines à sous. Et pour le transport, elle n'a qu'à choisir une voiture, «une Accord ou une Maxima». La pauvre femme n'a pas l'air bien saisir ce qu'il veut dire. Darin croit que c'est son choix de voiture qui est en cause. Il s'éloigne un peu pour trouver un carrosse au goût de sa belle. «Ça vous dit une Taurus?», fait-il en pointant vers une auto qui s'allume toute seule. Il sourit à pleines dents. Oh, et puis finalement, ils n'ont qu'à prendre la première venue, faire un bout de route avec, et ils changeront plus tard. La voiture du shérif arrive sur ces entrefaites. Contrarié dans ses plans, Darin regarde fixement Teller sortir de son véhicule. «Vous inquiétez pas Mme Kiveat», dit-il, avant de constater que sa dulcinée en a profité pour prendre la poudre d'escampette et se mettre à l'abri. Teller interpelle Darin, mais celui-ci n'a qu'une envie, retrouver la fuyarde. Le shériff se met à ses trousses à son tour. Mme Kiveat court comme une dératée en essayant de se soustraire à la vue du garçon. Quelqu'un émerge des fourrés et l'empoigne en lui mettant la main sur la bouche. C'est Mulder, qui l'attire dans l'ombre pour la camoufler.

Darin continue de chercher sa belle. Son ton se fait implorant et geignard: «Allez, venez! J'vous ai promis j'allais bien m'occuper de vous! Qu'est-ce que vous voulez d'autre? J'vous donnerai tout ce que vous désirez!» Grâce à ses hurlements, le shérif parvient à le retrouver. Il a des questions à lui poser. Darin est fou de rage maintenant. «Non! C'est moi qui veux une réponse! s'égosille-t-il. Où est-elle?» Le vent se lève. Teller, grand spécialiste de la foudre, sent probablement une odeur d'ozone dans l'air, car il prend une mine inquiète. «Dépêchez-vous, j'en ai ras le bol maintenant!», ordonne le garçon. Le vent se transforme en bourrasque. Mulder arrive en courant et pointe son arme vers le paratonnerre humain. Il crie à Teller de s'écarter. «Dites-moi où elle est!», continue de s'époumoner Darin. Les éclairs jaillissent partout autour de lui. Le shérif tombe, foudroyé. Darin lui-même reçoit plusieurs décharges. Il résiste du mieux qu'il peut, mais finit par tomber inconscient lui aussi.

Scully arrive sur les lieux, l'arme au point. Le corps de Darin, comme celui du shérif, exsude de la fumée. Contrairement à sa victime, le garçon est encore en vie.

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Scully sort d'un ascenseur à l'hôpital psychiatrique de l'État d'Oklahoma. Elle rejoint son partenaire au bout d'un couloir, où Mulder contemple une fenêtre éclairée. Dans la chambre capitonnée, Darin est assis et le regarde fixement. Devant lui se trouve un poste de télévision. Selon le coroner, déclare Scully, la mort de Teller est accidentelle et due à la foudre (comme toutes les autres victimes, alors). Les fameux scientifiques de l'observatoire se sont contentés de signaler des orages la nuit précédente. Le district attorney ne sait pas comment juger cette affaire. Mulder a fait demander des analyses, mais rien d'anormal n'a été relevé au laboratoire, annonce Scully. «Électrolytes, taux de gaz dans le sang, flux électriques cérébraux... D'après ces résultats et toutes les données qu'ils ont pu recueillir...» Mulder l'interrompt: «Darin Oswald est parfaitement normal.» Les deux agents se regardent. Scully croit-elle vraiment que ce garçon est normal? Elle n'a pas besoin de répondre. «Moi non plus», fait son partenaire.

Sous les sonorités tonitruantes de la chanson «Diarrhea» des Vandals, Darin regarde fixement la télé. Les postes changent chaque fois qu'il cligne des yeux. L'appareil finit par s'éteindre. On ne voit plus à l'écran que le reflet immobile du garçon. Puis tout devient noir.

Août 2007