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Un épisode charnièreRéalisé avec style, joué avec conviction et imprégné dune atmosphère pesante et sinistre, Sleepless compte au nombre des réussites de la deuxième saison. Non seulement lépisode introduit-il deux des acteurs principaux de la grande saga conspirationnelle, Alex Krycek et Mr X, mais il se télescope aussi directement dans le dyptique qui suit, Duane Barry/Ascension, ce qui en fait un jalon important dans le développement de la mythologie centrale de la série. Le scénario marque le coup denvoi en solo de Howard Gordon, qui avait travaillé jusquici en tandem avec son compère Alex Gansa ou avec Chris Carter lui-même (pour Miracle Man). Il est bien connu que, pour composer son histoire, Gordon sest inspiré dune expérience personnelle dinsomnie prolongée (jusquà quinze jours daffilée, lit-on parfois). Lorsque Carter lui a passé la commande dun épisode, le scénariste a commencé par plancher sur une idée dingénierie agricole qui, en dépit de longs efforts, na pas donné les résultats espérés. Miné par le doute, Gordon sest finalement résolu à faire lire son projet de scénario par James Wong... lequel a rapidement confirmé ses appréhensions! À deux semaines de léchéance fixée par Carter, Gordon navait pour ainsi dire plus rien en mains et devait affronter la perspective de voir sa carrière de scénariste solo prendre brusquement fin sur ce premier essai. Que le pauvre nen ait pas dormi pendant deux semaines na rien détonnant. Or voici que par un heureux retour du sort, cette insomnie mêlée dangoisse lui inspire lidée de départ dun nouveau scénario. Quarriverait-il à quelquun qui se retrouvait privé de sommeil à tout jamais? Lidée a plu à Carter et Sleepless a obtenu le feu vert. Cela en valait le coup. Cette histoire de vétérans du Vietnam torturés par le remords et condamnés à une insomnie perpétuelle est drôlement mieux retroussée que plusieurs des épisode que Gordon a cosignés avec Gansa, que ce soit Conduit, Ghost in the Machine ou Born Again. Lauteur de Sleepless sait fignoler une solide trame dramatique. Il le montrera de façon encore plus convaincante lannée suivante, dans ce qui représente probablement sa meilleure contribution en solo de la série, lépisode intitulé Grotesque. Par bonheur, la mise en images de Sleepless est à la hauteur du scénario. Le réalisateur Rob Bowman, on le sait, deviendra rapidement un des principaux piliers des X-Files. Sleepless nest pourtant que sa deuxième prestation dans la série. Bowman avait su inculquer beaucoup datmosphère au très baroque Gender Bender en première saison. Cette fois, il offre une réalisation extrêmement tendue, où les confrontations statiques mais intenses de personnages surdimensionnés compensent pour labsence à peu près complète daction. Sleepless est un des épisodes les plus sombres de toute la série et Bowman se montre capable dutiliser avec beaucoup de sûreté les lieux nocturnes et délabrés qui lui servent de décor: le stade où Mulder rencontre Mr X, par exemple, ou la section désaffectée de la gare où Prêcheur entraîne Girardi. En prime, le réalisateur nous offre quelques uns des meilleurs gros plans quon ait vus dans la série: le visage ravagé des vétérans, mais aussi celui de Scully à moitié plongé dans lombre tandis que lécran bleu de son ordinateur se reflète dans les grands cercles de ses lunettes. Bowman se sert de toute la palette des jeux de lumière pour fondre les personnages dans leur environnement. Remarquons comment Cole (chez Willig), puis Mr X devant Mulder, paraissent émerger de lombre; remarquons aussi la maestria avec laquelle est tournée toute la dernière scène de lépisode, alors que lHomme à la cigarette et ses acolytes demeurent plongés dans lobscurité et la fumée, tandis quà lautre bout de la table, Krycek nentre dans langle de la caméra que peu à peu, morceau par morceau, comme sil naccédait que progressivement au cénacle du pouvoir. Fort compétente aussi est la scène où surgissent de nulle part la dizaine de paysans vietnamiens massacrés, venus confronter leur tortionnaire et, paradoxalement, lui apporter en même temps la paix. Leffet est saisissant, parce que cette apparition est tout à fait inattendue. Au début, Bowman avait voulu réaliser cette scène avec seulement deux ou trois figurants, mais le résultat lui avait paru décevant: ces personnes avaient lair dêtre entrés subrepticement par la porte de lappartement de Willig, au lieu de sextirper de limaginaire de Cole. En multipliant le nombre de figurants et en les montrant brusquement tous ensemble, Bowman créait un effet visuel choc pour le spectateur. Dans un deuxième temps, le travelling de la caméra sur les différents visages venait compléter leffet, en révélant toute la détermination de ces spectres, résolus à en finir avec leur assassin. Cette scène puissante paraît encore plus méritoire quand on sait que les figurants en question ne parlaient pas langlais et navaient aucune expérience des plateaux de tournage. Cétaient de purs amateurs quil fallait convaincre de ne pas fixer la caméra, tout en ayant lair den vouloir à mort à une personne quils ne connaissaient pas. Une des caractéristiques du scénario qui a plu à Bowman, cest son ambiguïté morale. Selon lui, le personnage de Cole nest pas un vilain typique, puisque ses victimes aspirent à la mort. Leur envie dexpier et de se voir délivrés à tout jamais de leur calvaire ne laisse planer aucun doute. Pourquoi ces criminels privés de sommeil et affligés dun profond mal de vivre nont-ils pas tenté de recourir au suicide? On lignore. Et il est douteux que leur désir deuthanasie soit partagé par Grissom et par Girardi, lesquels apparaissent davantage comme les victimes classiques dun acte de justice revancharde. Mais cette idée dambiguïté morale demeure néanmoins dominante dans lépisode et elle passe très bien à lécran. La force de persuasion du comédien Tony Todd, appuyé par les jeux de caméra de Bowman, nous font croire sans difficulté que Prêcheur est un ange de miséricorde qui tue essentiellement par pitié. La contribution musicale de Mark Snow épouse comme toujours le contour visuel et dramatique des scènes. La trame sonore suit laction et sadapte à elle, seconde après seconde, avec des moyens très variés. Par exemple, au cours de la première minute du prologue, se succèdent tour à tour de longues denvolées aux cordes, des ritournelles arpégées au piano, un solo de clarinette, puis le crépitement nerveux des percussions. Plus tard, toute la scène entre Prêcheur et Willig est dabord soulignée par la mélopée nostalgique dune clarinette. Puis lorsque apparaissent les fantômes des paysans massacrés, cest un autre instrument à vent quon entend, une sorte de flûte de bambou aux accents orientaux. Signalons aussi les sonorités métalliques sur lesquelles sachève la scène du stade où Mulder a rencontré Mr X pour la première fois, et qui paraissent faire écho aux poutres et aux machines qui composent le décor. Une bonne part de lintensité dramatique de lépisode est assurée par les comédiens. Les trois vétérans cobayes, Todd, Willig et Matola, sont parfaitement convaincants, et même touchants, avec leurs remords à fleur de peau et leur regard usé par des milliers de nuits sans sommeil. Pour donner à tous ces vétérans lapparence de pauvres types qui nont pas dormi depuis 24 ans, Toby Landala, responsable des effets spéciaux de la série, a voulu leur fabriquer de fausse poches sous les yeux. Mais ces cernes postiches nont pas été utilisés. Cest aux acteurs eux-mêmes quest revenue la charge de donner lillusion, aidés par de forts bons maquilleurs. Il semble que les horaires de tournage infernaux ont également donné un coup de pouce aux comédiens! Le plus connu du trio des vétérans est le monumental Tony Todd (Augustus Cole) qui offre une prestation puissante mais sobre de son personnage, moitié vengeur, moitié miséricordieux. On se souvient peut-être de lui surtout pour le rôle titre quil tenait de façon impressionnante dans le film dhorreur Candyman (1992), mais Todd a joué dans quantité dautres films et de séries télévisées, dont Andromeda, Babylon 5, Hercules, Xena, et dans pas moins de trois des séries Star Trek, où il a notamment incarné Kurn, le frère de Worf. Tout aussi troublants et peut-être plus encore que Prêcheur, sont ses deux compagnons survivants, Willig (Don Thompson) et Matola (Jonathan ou Jon Gries). Le second surtout nous offre un fort bon numéro de culpabilité torturée lorsquil raconte ses atrocités devant Mulder et Krycek. Gries se fera surtout connaître dans le rôle récurrent de Broots de la série télé The Pretender. Quant à Thompson, quon avait vu brièvement en agent Holtzman dans lépisode Conduit, il paraît ici tout à fait méconnaissable en loque humaine. Il sillustrera de nouveau dans un rôle bien plus important, celui du Lieutenant Stans dans lépisode The Walk, en troisième saison. Parmi les habitués, signalons Michael Puttonen, déjà aperçu dans Deep Throat, et qui reviendra dans Elegy et dans 731, ainsi que dans trois épisodes de la série Millennium. Mitch Kosterman (Détective Horton) reprend un rôle quil avait joué dans Gender Bender; il sera de la distribution de lépisode The List, ainsi que dun épisode de Millennium, «Force majeure». Enfin, Paul Bittante (le chef pompier) reviendra dans Paper Hearts.
«Ratboy» entre en scèneAlex Krycek est apparemment une invention de Howard Gordon, un peu comme Skinner et les Lone Gunmen sont nés de limagination de Morgan et Wong. Mais le scénariste dit avoir dû faire approuver son personnage par Carter, afin de sassurer de sa compatibilté avec les épisodes à venir. On ignore quelles modifications lauteur de la série a pu exiger. Krycek était-il dès lorigine un vil vire-capot, ou est-ce Carter qui a décidé de transformer le jeune agent plein de zèle et de naïveté imaginé par Gordon en un espion à la solde du fumeur? Lintention initiale était dassortir temporairement Mulder dun nouveau coéquipier, en prévision de la disparition imminente du personnage de Scully. Le titulaire du rôle, Nicholas Lea, est un jeune acteur de Vancouver qui a longtemps flirté avec les beaux-arts et le rock avant de bifurquer vers une carrière de comédien. À la télé, il sétait signalé par ses apparitions régulières dans une série policière, The Commish. Mais cest son engagement pour le petit rôle de Michael, une des victimes de Marty dans lépisode Gender Bender, qui avait attiré sur lui lattention des auteurs des X-Files. Lea avait adoré son expérience et il rêvait de travailler de nouveau sur le plateau de cette série. Lorsque Rob Bowman lui a proposé le rôle dAlex Krycek, Lea raconte avoir hurlé de joie en se rendant au gymnase où sentraînait sa compagne dalors, Melinda McGraw (laquelle héritera un peu plus tard du rôle de Melissa Scully, la sur de Dana). Lorsquil se présente pour la première fois sous les traits dun agent tout frais sorti de lAcadémie, Alex Krycek est un souriant jeune homme, propre de sa personne, rayonnant de franchise et de bonne volonté, le genre de garçon que tout parent consciencieux souhaiterait avoir pour gendre. Il en a lair presque trop beau pour être vrai. Dans cette mouture initiale, le personnage manque singulièrement dépaisseur et paraît presque aussi caricatural que le sont les Lone Gunmen. Au mieux, on dirait une version épurée du jeune Mulder. Le fait quil reste fidèle à lui-même pendant presque tout lépisode lui confère cette allure sympathique de personnage facilement jetable à qui on noffrira jamais la chance de sétoffer un peu. Erreur! Sous cette façade avenante se cache lêtre le plus hypocrite de toute la série, le faux-jeton suprême, que sa confrontation finale avec lHomme à la cigarette dans Sleepless prépare manifestement à faire sa marque dans la mythologie. Pour le spectateur qui ne connaît rien des épisodes à venir, cette révélation in extremis de la duplicité de Krycek peut avoir lair aussi gratuite quinattendue. Rien dans ses paroles ni dans son attitude ne permet sérieusement de voir venir le coup. Au contraire, sil y a des reproches à faire à quelquun dans Sleepless, cest plutôt aux deux agents quil faut les adresser. Ceux-ci font montre à son égard dun comportement des plus odieux. Mulder fait bêtement marcher Krycek en lui faisant croire quil le prend pour partenaire, avant de lui fausser compagnie à la première occasion. Scully se contente de lignorer, parlant même à voix basse à Mulder pour sassurer que lautre nentendra pas. Et ni lun ni lautre ne daigne serrer la main du jeune agent lorsquil se présente. Pas très fair play, tout ça. Le mépris que lui manifeste Mulder et la froideur mesquine de Scully reposent sur des circonstances atténuantes, on en conviendra. Aucun des deux nest heureux quun indésirable singère aussi légèrement dans leur «couple», même si ledit couple nexiste plus que de façon virtuelle. Depuis le début de la deuxième saison, rappelons-le, Scully se fait discrète. Jugée de moins en moins «montrable» en raison de la grossesse avancée de Gillian Anderson, elle demeure à lécart la plus grande partie du temps. Et lorsquon la voit, il ne reste delle que les épaules et la tête. Toutefois, même si Scully est de moins en moins visible, personne ne remet en question son importance. La solidité du lien qui la rattache à Mulder ne sest jamais démentie. Ce lien prend différentes formes et profite de toutes les occasions: les deux agents se transmettent mutuellement des rapports à distance, ils maintiennent un contact téléphonique constant et Sleepless est le troisième épisode de suite où Mulder envoie ses cadavres à Quantico pour les faire autopsier par Scully. Dans ce contexte, Alex Krycek ne peut être perçu autrement que comme un intrus. Il est loutsider qui a laudace dimposer sa présence dans lintimité dun couple que rien au monde ne semble pouvoir défaire. En outre, Mulder lui-même naime pas trop dépendre dun partenaire. Cest un solitaire, comme il le montre à plusieurs reprises dans la série. Dès Deep Throat, on sen souviendra, il faussait compagnie à Scully pour se lancer tête première dans laventure, exactement comme il le fait avec Krycek dans Sleepless. Mais la grande différence est que Mulder a maintenant «annexé» Scully à sa solitude. Il a découvert en elle une partenaire professionnelle idéale, ce qui peut sapprocher le plus dans son cas dune compagne de vie... Que les aléas de la conjoncture actuelle le séparent momentanément delle ne change rien, ni à ses sentiments, ni à ses convictions. Ceci dit, circonstances atténuantes ou pas, lattitude des deux agents envers le jeune Krycek frise le manque de savoir-vivre le plus complet. Au moins, si lun des deux (ou les deux) avait eu des raisons de soupçonner la vérité à son sujet, on aurait pu accepter un peu plus facilement cette suffisance et cette froideur. Mais ce nest pas le cas. Encore une fois, jusquà ce que sa duplicité saffiche à lécran, dans la toute dernière scène, le comportement de Krycek ne prête aucunement flanc à la critique. Le jeune agent fait au contraire des pieds et des mains pour se montrer coopératif et ouvert desprit. Il prétend admirer les idées du Martien, une satisfaction que Scully ne lui a jamais fournie. Certes, Mulder semble se méfier de lui, puisquil cache lenveloppe de Mr X avant que lautre ne monte dans la voiture. Mais rien nindique quil le fait autrement que par simple paranoïa usuelle; rien nindique surtout quil prend déjà Krycek pour un agent à la solde de lHomme à la cigarette. Au contraire, lattitude de Mulder devient de plus en plus conciliante envers le jeune homme. On dirait même que Krycek a fini par lamadouer. Comme coéquipier, le jeune agent se montre à la hauteur. Il manifeste une certaine efficacité lorsquils tentent tous les deux de repérer Girardi, puis lorsquils se lancent à la poursuite de Cole. Bien sûr, Krycek commet une bourde en abattant Prêcheur au moment même où il allait peut-être consentir à parler. Mais cest là une bêtise pardonnable. Dailleurs, Mulder ne lengueule pas; il reconnaît même que le jeune agent a bien agi dans les circonstances. Et sans doute le pense-t-il sincèrement, malgré sa frustration de ne pas avoir pu interroger le suspect. Il était important que Krycek donne limpression davoir réussi à apprivoiser Mulder. Cest en effet ce qui permet de renforcer leffet de surprise que crée le brutal changement dallégeance du jeune homme en finale. Si Krycek avait été bafoué et injustement maltraité par les deux agents jusquà la fin, son revirement aurait pu prendre lapparence dun geste de dépit et de rancur, presque excusable dans les circonstances. Au contraire, le fait que Mulder adopte finalement Krycek comme équipier et quil semble lui faire raisonnablement confiance transforme la scène finale en une véritable trahison. Désormais, Krycek nest plus rien quune vulgaire taupe que les conspirateurs ont placée auprès de Mulder. Dun seul coup, toutes ses belles qualités ne sont plus à nos yeux que de cyniques manifestations dhypocrisie. Le vrai visage de Krycek se dévoile, et cest celui de Ratboy (le jeune rat) comme vont le surnommer très vite les fans de la série. Notre seul regret est que ce passage du côté obscur de la force a été révélé si vite. Pourquoi na-t-on pas attendu quelques épisodes avant de montrer une scène comme celle de linquiétant échange avec le fumeur à propos du «problème Scully»? La seule raison de précipiter les choses était dannoncer à demi-mot le drame qui se préparait pour lépisode suivant, Duane Barry. Tout problème a sa solution, ainsi que le déclare le fumeur, et cette solution va requérir les services de Ratboy.
Mr X acquiert un visageMr X a révélé son existence dans lépisode The Host sans se montrer, se contentant de deux coups de téléphone anonymes et énigmatiques. On ne nous laissait voir que ses mains gantées, mais on a pu entendre sa voix, grave et légèrement granuleuse. Cétait pourtant un autre comédien que le véritable titulaire du rôle qui endossait alors le personnage. Ces scènes où Mr X apparaît dans The Host ont lair davoir été ajoutées à la dernière minute, car lidée initiale de Carter était de faire du successeur de Deep Throat une dame, une Mrs X. Une fois cette idée rejetée, les producteurs ont offert le rôle à Steven Williams, mais celui-ci na pu prendre du service quà partir de Sleepless. Comme Lea, William avait fait sa marque précédemment dans une série policière, 21 Jump Street, pour laquelle des gens comme David Nutter, Glen Morgan et James Wong avaient déjà travaillé. Leur choix était audacieux car, autant le comédien que son personnage dans cette série étaient des gens rayonnant de jovialité. Pour Williams, le sinistre Mr X était donc un personnage de pure composition, totalement étranger à sa véritable nature. Lacteur dira avoir stupéfié ses proches en apparaissant sous un jour aussi sombre, laissant ainsi entrevoir un aspect insoupçonné de sa personnalité. Le premier informateur de Mulder sétait présenté à lui avec finesse et courtoisie. En dépit de tous ses atermoiements à propos des risques quil prenait chaque fois quils se rencontraient, Deep Throat navait jamais tellement hésité à safficher dans un lieu public avec son protégé. Mr X agira tout autrement. Ce nest pas un hasard si, pour sa première apparition complète, lhomme émerge littéralement de lombre, dans le stade en rénovation désert où il a donné rendez-vous à Mulder. Mr X est une homme qui restera ainsi tapi dans lobscurité la majeure partie du temps et qui nen sortira (à peine) que lorsquil le faudra. On le présente comme le versant obscur de Deep Throat. Les deux hommes sont en effet fort différents. Débonaire et stratégique, Deep Throat ressemblait à une sorte de diplomate des coulisses. Tendu et intense, Mr X est plutôt un tacticien, un homme daction et de terrain. Bien quil ait lair den savoir aussi long que son prédécesseur, il se montre infiniment plus laconique. De Mr X, Chris Carter dira quil est beaucoup moins fiable que Deep Throat et sans doute plus dangereux. Lui aussi, à son tour, il entend utiliser Mulder à ses fins. Deep Throat était un manipulateur de première force qui nhésitait pas à mentir effrontément à celui quil prétendait informer. Les desseins de Mr X sont encore plus insaisissables. Lhomme se comporte comme un joueur déchec qui déplacerait ses pièces dans une partie connue de lui seul. Sans quon sache très bien pourquoi, Mulder constitue apparemment une de ses pièces. Les indices que Mulder et Scully reçoivent de façon anonyme un journal à sensation dans The Host, une cassette dans Sleepless proviennent de lui, de toute évidence, ou dun de ses complices. Mais pourquoi agit-il ainsi? Mystère. Comme Deep Throat, Mr X met sa vie en danger dès quil se montre. Aussi bien dire que lhomme est déjà en sursis. Dautant plus que Krycek a découvert son existence et pas très subtilement, puisquil vole à Mulder son enveloppe. Grâce à lui, lHomme à la cigarette sait maintenant que Mulder a un nouvel informateur. On imagine fort bien les sbires de la conspiration se mobilisant pour tenter de découvrir le coupable. Ils finiront par y arriver. Mr X, Deep Throat, Skinner, lHomme à la cigarette, et maintenant Krycek. Le monde secret que cherche à percer Mulder paraît sétendre et sépaissir de plus en plus. Tous ces gens cachent des choses. Skinner a hébergé lHomme à la cigarette dans son bureau et a obéi aux ordres pour fermer les X-Files. Par contre, il reconnaît maintenant avoir fait une erreur et il envoie son agent mener des enquêtes qui ont toutes les caractéristiques de X-Files, sans en porter le nom. Celle de lépisode The Host, à laquelle Mulder refusait de participer, était jugée essentielle par Mr X pour assurer la réouverture éventuelle du service. Skinner le savait-il? Est-ce pour cela quil a tellement insisté pour lancer son agent à la poursuite du monstre des égouts? Lenquête de Sleepless est tout aussi ambiguë. Cette fois, cest Mulder qui la réclame, mais parce quil a obtenu les indices nécessaires de la part de Mr X toujours lui! Or cest justement dans cette enquête que simmisce Krycek, la taupe de lHomme à la cigarette. Comment relier logiquement ces fils ensemble? Les quelques informations qui parviennent jusquà nous sont trop fragmentaires ou trop contradictoires pour avoir le moindre sens. On présume que Deep Throat et Mr X appartiennent au même camp, mais ce camp pourrait bien nêtre que le sous-ensemble clandestin dune conspiration encore plus complexe. Des gens comme Krycek, lHomme à la cigarette et les deux autres quidams sans visage quil enfume à la fin de Sleepless appartiennent au camp opposé, comme le chef de section McGrath, brièvement aperçu dans lépisode Fallen Angel. Tous ces gens sont des initiés, mais des initiés de quoi? Et le directeur adjoint Skinner fait-il partie de ces initiés? On nen sait rien. Et on na même pas encore parlé des extraterrestres... Octobre 2005 |
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