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Dans une banlieue relativement cossue de Greenwich au Connecticut, par une froide journée de fin d’automne, une petite fille de huit ans, Teena Simmons, paraît attendre quelque chose devant l’entrée d’une grosse maison blanche. Elle a l’air frigorifiée et serre dans ses bras un lapin en peluche. Des voisins, Donna et Ted Watkins, l'aperçoivent en faisant leur jogging. Ils s'approchent d'elle, un peu inquiets. Ted demande à Teena où est son papa. «Il est dans le jardin, répond-elle. Il avait besoin d’un peu de calme.» Ted décide qu'il est grand temps de rappeler ses devoirs paternels à Joel Simmons, le père de Teena. Il se dirige vers la cour arrière de la maison. La caméra nous montre de dos un homme assis sur une balançoire. Ted l’interpelle, mais l'autre ne répond pas. Quand il lui touche l’épaule, l’homme s’affaisse, pâle, sans vie, les yeux blancs. Il a deux marques dans le cou, du genre de celles qu’on associe habituellement à la morsure d’un vampire. Teena crie et se blottit dans les bras de Donna Watkins, tandis que Ted court appeler la police. Un gros plan sur le visage de la fillette permet de voir son air désemparé, alors qu'elle prononce une dernière fois le mot «papa».

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Dans leur bureau au siège social du FBI à Washington, Mulder et Scully parlent de cette étrange affaire. Selon le rapport de l'autopsie pratiquée sur Joel Simmons, l’homme est mort d’hypovolémie (une baisse du volume sanguin). Le corps a été vidé de 75 % de son sang, soit quatre litres. «C’était un corps pratiquement vide» («I’d say the man was running on empty»), commente Mulder. On ignore comment la chose a pu se produire puisque la fillette n'avait pas quitté son père plus de dix minutes. Elle ne se souvient de rien et on n’a trouvé aucune empreinte sur les lieux. Scully signale les deux marques de piqûres dans la jugulaire, mais Mulder a déjà sa théorie là-dessus. On pourrait s’attendre à ce qu'il invoque le mythe des vampires. C'est plutôt à l'histoire du bétail mutilé qu'il se réfère, un carnage inexpliqué de bêtes à cornes, connu depuis 1967 dans une trentaine d’États américains. Comme Joel Simmons, les animaux qui ont été victimes de ces mutilations ont souvent perdu une quantité importante de leur sang, sans qu’on n’en trouve de trace sur les lieux. Elles présentent aussi des marques étrangement semblables d'exsanguination. Une piqûre dans la jugulaire suffit pour saigner un animal, prétend encore Mulder, car le cœur sert de pompe. Comment un homme comme Joel Simmons a-t-il pu subir un pareil traitement sans réagir? Il a été paralysé: le médecin légiste a en effet retrouvé des traces de digitaline dans son corps.

En jetant un coup d’œil sur les dossiers dont parle Mulder, Scully réalise soudain que cette histoire de bétail mutilé est habituellement associée à des activités extraterrestres. C’est ce que paraît confirmer son collègue quand il affirme que la perte de mémoire de la fillette pourrait être une manifestation du phénomène de disparition momentanée du temps qu’éprouvent souvent les témoins d’OVNI ou les victimes d’enlèvement. Scully réplique: «Peux-tu me dire pourquoi de malheureux extraterrestres traverseraient des galaxies pour venir jouer au docteur avec nos vaches?» Pour les mêmes raisons que nous découpons et disséquons les cobayes (en anglais: les grenouilles et les singes), de rétorquer Mulder. Puis, montrant la photo de Simmons, il lance l’hypothèse que l’intérêt des extraterrestres pourrait bien s’être tourné vers nous maintenant.

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Au Foyer d’aide sociale du Comté de Fairfield (Fairfield County Social Services Hospital), à Greenwich, Mulder et Scully rencontrent Mme Wells, l’assistante sociale qui s’occupe de la petite Teena. On apprend que la mère de l'enfant est décédée d’un cancer des ovaires deux ans auparavant. Mulder demande si la petite fait des cauchemars. «Pas que je sache», répond la dame. On aperçoit Teena à travers l’ouverture vitrée de sa porte de chambre. Elle est assise sur son lit, comme prostrée, et tient toujours son lapin en peluche. Les deux agents s’approchent délicatement et entreprennent de l'interroger. À Scully, qui veut savoir si un homme est déjà venu à la maison menacer son père, elle répond par la négative. Mais lorsque Mulder lui demande si elle a vu ou entendu quelque chose d’étrange cette journée-là, la fillette lui sert le type de scénario complet auquel il s’attend, avec des éclairs rouges et des hommes venus des nuages courant après son père pour le vider de tout son sang (en anglais, elle emploie le terme technique exsanguinate). Mulder paraît aussi éberlué que Scully. Mais celle-ci reçoit un coup de téléphone: il vient apparemment de se produire un autre meurtre du genre.

Même type de maison, même type de voisinage, sauf qu'on est en Californie, dans le comté de Marin. Ce deuxième meurtre a eu lieu exactement en même temps que le premier. Doug Reardon, la victime, est mort lui aussi d’hypovolémie. On a retrouvé de la digitaline dans son corps et deux marques de piqûres dans la jugulaire. Sa fille était présente sur les lieux, elle aussi, mais elle ne se souvient de rien. Seule différence, il y a cette fois une mère dans le décor, Ellen Reardon. Pour le moment, elle n’est pas à la maison. Elle s'est réfugiée avec sa fille à Sacramento et toutes deux ne rentreront que le lendemain. À Scully qui se demande si on n'a pas affaire à des tueurs en série fonctionnant en mode synchronisé, Mulder répond, très connaisseur: «Les tueurs en série travaillent rarement en équipe, et quand c’est le cas, ils tuent ensemble, et non séparément.» Scully lui fait alors remarquer que, jusqu’à présent, rien à part ses questions tendancieuses à la jeune Teena Simmons ne confirme sa théorie des mutilations extraterrestres.

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Le soir même, au Foyer du Comté de Fairfield, la petite Teena est dans son lit avec son lapin en peluche. Un orage gronde dehors. La fillette ne dort pas. Soudain, elle entend quelque chose et se lève. Le bruit semble provenir du corridor. Effrayée, Teena traîne une chaise devant la porte pour la bloquer, car quelqu’un essaie d’entrer. Teena veut s’enfuir par la fenêtre, mais elle n’arrive pas à l'ouvrir. Elle décide plutôt de se cacher sous le lit. Presque aussitôt, on entend le fracas d’une porte défoncée. Toujours sous son lit, Teena perçoit une présence dans sa chambre, puis plus rien. Après quelques secondes, elle rampe hors de sa cachette avec l’intention de se sauver par la porte ouverte. Il se produit alors une grande lumière blanche. Brutalement agrippée par derrière, la fillette crie. Une personne accourt à son aide, mais l’enfant n’est plus là. La fenêtre a été ouverte, la pluie entre dans la chambre et le lapin en peluche gît par terre.

Le lendemain, en se rendant chez les Reardon, Mulder et Scully commentent l'enlèvement de Teena. Des recherches ont été entreprises, mais elles n'ont rien donné. «Ils n’ont pas cherché dans la bonne direction», dit Mulder en pointant vers le ciel. Les agents se présentent à la porte du domicile des Reardon. À leur grande stupeur, c’est une fillette exactement semblable à Teena qui vient les accueillir. L’enfant s’appelle Cindy et elle habite ici depuis sa naissance, il y a huit ans.

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Dans le salon des Reardon, Cindy regarde des dessins animés à la télé. Puis elle prend la télécommande et change de chaîne pour suivre cette fois un reportage d’actualité. Mulder et Scully l’observent, impressionnés. La mère de Cindy apporte le café. Interrogée, elle assure que Cindy n’est pas une enfant adoptée, qu’elle l’a mise au monde elle-même et qu’elle n’a ni frère ni sœur. Mulder lui montre une photo de Joel Simmons avec sa fille. Priée de dire si elle connaissait cet homme, madame Reardon répond que non, mais demande si c’est le suspect et s’il a fait du mal à Cindy. Scully la rassure. Puis elle lui rapporte les circonstances dans lesquelles est mort Simmons. Bref, tout semble indiquer que les deux familles n'ont rien en commun, sinon une troublante accumulation de coïncidences. Mme Reardon finit cependant par révéler que Cindy est le fruit d’une fécondation in vitro. L'opération s'est déroulée dans une clinique de fertilité à San Francisco. Restée à l'écart durant toute cette conversation, Cindy n’en a cependant pas perdu un mot.

En sortant de chez les Reardon, les agents expriment leur perplexité. Mulder est persuadé qu’une même personne a commis les deux meurtres. Comme il croit aussi que le plan du criminel impliquait l’enlèvement de la fille de la victime, il surveillera Cindy de près. Pendant ce temps, Scully ira se renseigner à la clinique de fertilité et vérifier si les Simmons n’en auraient pas été aussi des patients.

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Au Centre médical de procréation de la Clinique Martin Luther (Luther Stapes Center for Reproductive Medicine), le docteur Katz résume devant Scully ce qu’est une fécondation in vitro. La définition est courte et rapide en anglais («a procedure in which we can implement fertilization and implantation of the embryo in the uterus»), et plus confuse en français: «un procédé grâce auquel on peut provoquer une grossesse en implantant un embryon dans l’utérus». En anglais comme en français, la question que lui pose ensuite Scully apparaît un peu étrange: «Est-ce qu’une patiente pourrait s’imaginer avoir reçu son propre ovule («her own eggs»), alors qu’elle en a reçu un autre sans le savoir?» Elle veut sans doute dire: une patiente pourrait-elle recevoir, sans le savoir, un embryon fécondé à partir de l’ovule d’une autre femme? Quoi qu’il en soit, le médecin de la clinique nie que cette possibilité puisse survenir. Scully lui demande encore si les Simmons ont été des patients de la clinique. Le Dr Katz commence par refuser de parler, invoquant la politique de confidentialité de l'institution. Mais Scully plaide sa cause, invoquant que l’intérêt d’une enquête sur l’enlèvement d’une enfant devrait passer avant toute autre considération. Le médecin plie.

En consultant le dossier des Simmons, Scully apprend que le couple a été placé sous la supervision d’un certain Dr Sally Kendrick. En entendant ce nom, Katz fait une moue désapprobatrice. Cette Sally Kendrick, dit-il, était un problème («Dr. Kendrick was nothing but a problem»). Il montre à Scully un ancien enregistrement vidéo promotionnel de la clinique Martin Luther, où l’on voit Kendrick souhaiter la bienvenue à d’éventuels patients. Elle était brillante à ses débuts, en 1985, raconte Katz. Mais elle a été renvoyée ensuite pour s’être livrée de façon clandestine à des expériences de fécondation et de manipulations d’embryons à connotations eugéniques. Toutefois, il n’y a jamais eu d’enquête véritable sur cette affaire. Les demandes adressées au gouvernement à ce sujet sont restées lettre morte. Depuis son départ de la clinique, Sally Kendrick a disparu.

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Un peu plus tard, Mulder et Scully regardent la vidéocassette dans une chambre d’hôtel. Comme l’énigmatique Sally Kendrick a été le médecin traitant des Simmons aussi bien que des Reardon, on la soupçonne d’être reliée à cette affaire de meurtres. Scully ironise: «Aurais-tu finalement abandonné ta version OVNI de cette histoire?» Le téléphone sonne et c’est elle qui répond. Il n'y a personne à l'appareil, mais on entend distinctement un double déclic. «Ça doit être une erreur», conclut-elle. Aussitôt, Mulder se lève et s'empresse de mettre sa partenaire à la porte. Un peu offusquée, Scully lui demande s'il attend «une charmante visite». (Elle est plus directe en anglais: «You got a girl coming over?») Bien non, répond l'autre platement. («What’s a girl?», proteste-t-il en anglais.) Il prétend vouloir regarder un film à la télé. En réalité, ce double déclic au téléphone est un signal convenu entre Deep Throat et lui, pour indiquer à Mulder que son informateur veut lui parler.

Peu de temps après, Mulder grignote des graines de tournesol au bord de l’eau. D’un buisson, une voix l’interpelle. «Vous êtes sûr qu’elle ne vous a pas suivi?», demande Deep Throat en parlant de Scully. Et le débonnaire indicateur enchaîne en fournissant à Mulder des informations aussi fortuites que précieuses à propos d'un certain projet Litchfield. Au début des années 1950, ayant appris que les Russes se livraient à des expériences d’eugénisme relativement rudimentaires en vue de créer une nouvelle race de soldats supérieurs, le gouvernement américain s’est décidé à emboîter le pas. Un groupe d’enfants génétiquement triés sur le volet auraient donc été élevés sur un site appelé Litchfield. Les garçons furent appelés Adam et les filles Ève (bien sûr). Depuis, tous les dossiers de ce projet ont été détruits et les gens qui pourraient être au courant en nieront l’existence. Deep Throat termine son intervention en recommandant fortement à Mulder d’aller voir une certaine femme, qui est maintenant enfermée dans une prison pour criminels déments. «Je vais m’assurer qu’on vous laisse entrer», ajoute-t-il.

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Les deux agents se sont rendus à la prison (The Whiting Institute for the Criminally Insane). Ils doivent laisser leurs armes à l’entrée, mais un gardien leur remet un bouton d’appel (panic button). Une gardienne les guide ensuite à travers une imposante structure métallique ressemblant à une gigantesque cage d’où fusent les cris des malheureux qui y sont enfermés. Elle les conduit jusqu’à une cellule marquée «Ève 6». Elle leur donne à chacun une lampe de poche, car la femme qui est enfermée ici vit en permanence dans l’obscurité. La lumière la fait hurler. «On n’a jamais bien vu son visage», précise la gardienne.

La cellule est sinistre, sombre, capitonnée. La prisonnière est retenue dans une camisole de force, et elle a aussi les pieds liés. «Vous êtes contents, vous avez trouvé ce que vous cherchiez. Au moins une d’entre nous», dit cette femme. Son visage enfin dévoilé à la lueur des torches est celui de Sally Kendrick, mais une Sally Kendrick aux cheveux sales et aux dents jaunes. Cette femme est folle. Si on l’a attachée, c’est, prétend-elle, parce qu’elle a croqué les yeux d’un gardien en signe d’affection (elle fait claquer ses dents jaunes pour illustrer son propos). Puis elle ajoute, sans qu'on le lui demande, que son quotient intellectuel est d’au moins 265. «Nous sommes très fortes, nous les Ève. Ça tient de famille.» Fortes, mais aussi enclines au suicide. Ève 6 se dit être la seule rescapée du groupe, bien qu’Ève 7 se soit échappée au début et Ève 8, dix ans plus tard. Sceptique, Scully demande à Ève 6 si elle est Sally Kendrick. L'autre lui sert la réponse caractéristique de tout clone: «C’est pas mon nom, mais elle est moi et moi je suis elle.» (Sa réplique en anglais, «She is me, and I am here, and we are all together», fait référence à une chanson des Beatles, «I am the Walrus»).

Toujours sceptique, Scully revient à la charge: était-elle à la clinique Martin Luther en 1985? L'autre nie: en 1985, il y avait déjà deux ans qu'on lui avait passé la camisole de force. Si on la garde en vie, c’est pour faire des expériences sur elle, afin de comprendre ce qui a cloché dans le projet Litchfield. Le problème avec les Adam et les Ève, poursuit la prisonnière, est qu’ils ont 56 chromosomes au lieu de 46 (cinq paires supplémentaires, qui sont la duplication des chromosomes 4, 5, 12, 16 et 22): «Cette duplication de chromosomes a aussi produit des gènes additionnels. Énergie accrue et intelligence accrue.» «Et un déséquilibre accru», d’ajouter Mulder. Ève 6 le confirme en montrant son «album de famille» sur les murs de sa cellule. (Pour une femme qui est censée vivre en permanence dans la noirceur, la présence de toutes ces photos paraît assez incongrue.) Le coup d'œil est cependant fort instructif, car on y reconnaît Teena et Cindy, reproduites en plusieurs exemplaires. Mulder résume alors l’essentiel: «Sally Kendrick se servait de la clinique pour refaire les expériences de Litchfield. Elle créait des clones d’elle-même.»

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C'est le soir chez les Reardon. Dans sa chambre, en présence de sa maman, Cindy fait sa prière devant des images pieuses avant d’aller se coucher. Mulder et Scully ont garé leur voiture en face la maison. Mulder spécule: «S’il y a deux autres Ève dans la nature, ça expliquerait pourquoi les deux crimes identiques ont été exactement commis à la même heure.» Scully soupire: «Je commençais déjà à soupçonner les gosses.» «Non, non, non, non, de rétorquer Mulder quatre fois. Les Ève qui restent suppriment les parents afin de garder les petites Cindy et Teena dans la famille.»

Au même moment, Cindy quitte son lit et va à la fenêtre. Scully l’observe depuis la voiture avec ses jumelles. Soudain, le placard s’ouvre dans la chambre de l'enfant. Il en émane une vive lumière blanche, puis une silhouette s’empare de Cindy. Les agents s’élancent aussitôt vers la maison. Scully entre par devant, Mulder se dirige vers la cour arrière. Scully monte l’escalier, mais reçoit un coup sur la tête et perd connaissance. Mulder est resté dehors pour surveiller l’arrière de la maison. Tout à coup, dans un grand fracas de verre brisé, quelqu’un s’élance à travers la porte vitrée qui donne sur la cour. Mulder braque sur lui son revolver et sa lampe de poche. Une fois de plus, le visage de Sally Kendrick apparaît à la lumière. «Ève 8 ou Ève 7?», demande Mulder à cette femme qui transporte la petite Cindy dans ses bras. L’autre tient l’enfant en otage en lui pointant une arme sur la tête. «Vous savez que j’en suis capable», dit-elle. Devant cette menace, Mulder consent à déposer son arme. Il laisse la femme s’enfuir, mais court aussitôt à sa poursuite. Ève lui tire dessus. Alors que Mulder se met à l’abri, la kidnappeuse s’enfuit en voiture avec la gamine.

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Un peu plus tard, devant la maison des Reardon, Scully donne le signalement de Sally Kendrick à un policier. La mère de Cindy est désespérée. Mulder la rassure: si cette femme et sa complice enlèvent les filles, c’est qu’elles les veulent vivantes.

Le lendemain, en plein jour, la kidnappeuse s’arrête dans un motel de Point Reyes, au nord de San Francisco. Elle fait entrer Cindy dans sa chambre et la conduit dans la salle de bain où attend Teena Simmons, bâillonnée. Ève lui enlève son bâillon et présente les fillettes l’une à l’autre. Celles-ci se regardent fixement un instant, puis chacune esquisse un sourire.

Chez les Reardon, les deux agents apprennent qu’on a retrouvé la trace de Sally Kendrick à l’aéroport de San Francisco. Puis, quelqu’un informe Mulder qu'une femme correspondant au signalement a été aperçue à Point Reyes. On l'a vue entrer dans un motel avec une fillette, puis en ressortir seule, et ensuite revenir avec la même fillette. Le témoin se souvient que l’enfant lui a conseillé d’utiliser du chlore pour détruire les dinoflagellés qui souillent sa piscine. Pas de doute, on a affaire à une de ces petites surdouées.

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Dans la chambre du motel, Sally Kendrick (car c’est bien elle) dit aux jumelles qu’elle les surveille depuis des années et qu’elle a passé son temps à chercher les autres Ève. Cindy et Teena l’ont prise de court avec leurs «blagues». Le comportement psychotique n’apparaît normalement qu’à seize ans chez les autres Adam et Ève, et le comportement meurtrier à vingt ans. Sally Kendrick espérait que son travail corrigerait les erreurs de Litchfield. «Imaginez mon désappointement quand j’ai su que vous aviez accéléré votre… développement.»

Les fillettes écoutent placidement. Elles parlent en alternance, mais sans fournir de véritables réponses aux questions anxieuses de leur «mère». Comment connaissaient-elles l’existence l’une de l’autre? «Nous le savions, c’est tout.» («We just knew.») Pourquoi ont-elles tué leur père? «C’était pas nos pères. Nous n’avons pas de parents. Nous avons été créées.» Sally tente de les encourager à ne pas voir les choses de cette manière. Avec un environnement propice et une médication soutenue, elles pourraient elles aussi échapper à leur destin et devenir comme elle, et non comme les autres Ève. Les deux filles sourient, car Sally est brusquement prise de tremblements incontrôlables. Ce sont elles qui ont versé une dose mortelle de digitaline dans le soda qu’elle vient de boire. En fait toutes deux, chacune de son côté, cultivent elles-mêmes la digitale. Pourquoi? demande Sally. «Nous sommes vos créatures. Nous sommes votre erreur», répondent-elles. Mourante, Sally Kendrick s’empare d’un couteau et se jette sur les petites meurtrières en disant qu’elle va «corriger» son erreur.

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Mulder et Scully arrivent devant le motel, où les attend un agent en faction. Il n’a vu personne sortir. Au même moment, on entend une vitre se briser. Les deux agents et un autre policier se précipitent dans la chambre du motel. Ils trouvent le corps de la kidnappeuse par terre. Scully constate le décès. Un store a été arraché à une fenêtre, ce qui laisse supposer que quelqu’un s’est enfui par là. Finalement, on découvre Teena et Cindy dans un coin, innocemment blotties l’une contre l’autre. Elles livrent leur version des faits: deux dames d’allure identique ont essayé de les empoisonner, mais les fillettes ont juste fait semblant de boire. (Curieuse histoire, puisque c’est l'une de ces «dames» qu’on a retrouvée morte! S'il s'agissait d'une sorte de suicide collectif, pourquoi l'autre dame — Ève 8, selon Mulder — se serait-elle enfuie?) Mais les gamines ont l'air trop mignonnes pour qu'on songe à mettre leur parole en doute. Scully les rassure: «On va s’occuper de vous. Vous ne risquez plus rien.»

Plus tard, des enquêteurs investissent la chambre. On a retrouvé des cheveux sur la moquette. Scully examine un verre (mais où sont donc passés les gobelets en carton de la scène d’empoisonnement?) et estime à 100 grammes environ la quantité de digitaline qui y a été versée. Elle ajoute que cette substance est suffisamment sucrée pour passer inaperçue dans du soda. Sans doute pour les protéger contre le retour possible d'Ève 8, Mulder et Scully décident de prendre en charge eux-mêmes les deux fillettes. Teena et Cindy prennent place dans la voiture. Déjà identiques et habillées exactement de la même façon, elles ont maintenant l’air inséparables. Scully dit à Mulder qu’il va être difficile d’envoyer Teena dans un foyer d’accueil.

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C’est le soir. On roule en direction de San Francisco pour ramener Cindy chez elle. Sur le siège arrière de la voiture, les filles se prennent la main. Puis, de concert, elles demandent qu’on s’arrête pour aller au petit coin. Mulder stationne la voiture devant un restaurant sur la route. Il se fait donner la clé des toilettes, puis commande quatre sodas, deux sans sucre et deux normaux. Scully amène les filles aux toilettes des femmes. Sitôt la porte refermée, une des gamines sort et se dirige vers le comptoir. Pendant ce temps, l’autre demande à Scully de l’aider, car sa porte est coincée. La première prend deux boissons sans sucre, celles qui sont destinées à Mulder et Scully. «Papa vous paiera en sortant du petit coin», dit-elle à la serveuse. Puis elle verse en cachette de la digitaline dans chaque gobelet. Mulder arrive, boit une gorgée et trouve la boisson plutôt sucrée. Scully revient des toilettes à son tour, avec l’autre fillette. On paie les boissons et on sort du restaurant.

Scully trouve son soda sirupeux. Mulder s'aperçoit qu'il a oublié ses clés de voiture et retourne à l’intérieur les chercher. Scully prend une autre gorgée devant les gamines qui la regardent faire, un sourire en coin. En ramassant ses clés sur une table au restaurant, Mulder découvre des traces de la digitaline qui a été versée dans leurs gobelets. L’illumination se fait (enfin!) dans son esprit. Il s’élance aussitôt à l’extérieur et interpelle Scully, juste au moment où elle allait boire une autre gorgée du soda empoisonné. Feignant de vouloir lui ouvrir la portière de l’auto, Mulder renverse son gobelet, puis, rapidement et discrètement, il la met au courant de la culpabilité des filles. Les agents veulent faire monter Teena et Cindy dans la voiture, mais celles-ci ont compris que Mulder les a démasquées et elles se sont déjà esquivées. Mulder et Scully se rassurent l’un l’autre qu'ils n’ont pas absorbé assez de digitaline pour être malades, puis ils se lancent à la recherche des fuyardes à travers un parking rempli de gros camions.

Mulder finit par les attraper, mais elles appellent au secours. Un routier et sa femme viennent à l'aide des enfants. Mulder a beau prétendre être de la police, le couple ne le croit pas. Le routier braque une carabine sur les agents, pendant que sa femme veut faire monter les filles dans leur camion et appeler la police. «Mais c’est nous, la police!», proteste Scully, qui arrive au pas de course.

Pendant ce temps, Cindy et Teena en profitent pour s’enfuir de nouveau. Mulder s’élance à leur poursuite et Scully montre enfin son badge du FBI au routier dépité. Les agents retournent dans le restaurant et demandent à la serveuse si elle a revu les «jumelles». Un groupe d’écoliers vient justement de partir dans un autobus scolaire. Cindy et Teena pourraient s'être glissées dans le groupe. L’instant d’après, on voit la voiture des agents démarrer précipitamment et se lancer aux trousses de l'autobus. En réalité, il n'y a que Scully à l'intérieur. Mulder est resté sur le parking, car il soupçonne que les fugitives y sont toujours. De fait, les deux filles se sont réfugiées sous la bâche d’un bateau. Lorsqu'elles en sortent, Mulder se trouve juste derrière elles pour leur mettre la main au collet. Elles ont beau protester de leur innocence, cette fois l’agent ne sera pas dupe.

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Un peu plus tard, chez les Reardon, la mère de Cindy déclare qu’elle ne veut plus rien savoir de cette enfant qui n’était pas vraiment sa fille (et qui, de surcroît, a assassiné son mari). Et pour le prouver, elle déchire une photo montrant son mari et Cindy ensemble, puis elle jette au feu la moitié où l’on voit l’enfant.

À la prison pour criminels déments, Ève 6 regarde à travers la fente grillagée de sa porte et souhaite la bienvenue aux deux nouvelles venues, Ève 9 et 10, Teena et Cindy, enfermées elles aussi chacune dans une cellule. Quelqu’un vient leur rendre visite. C’est une femme, un autre clone de Sally Kendrick. «Salut, Ève 8», dit Ève 9. «Justement, on vous attendait», dit Ève 10. «Comment le saviez-vous?», leur demande la visiteuse. «On le savait, c’est tout» («We just knew»), répondent énigmatiquement en alternance les deux fillettes.

Décembre 2008