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En 1977, un reportage télévisé fait grand cas d’une première scientifique notable, la transmission en direct de photographies de la surface de Mars par la sonde Viking. La présence d’une importante quantité d’eau enfermée dans la calotte glaciaire relance l’hypothèse de l’existence d’une forme de vie sur cette planète. Mais l’image la plus surprenante transmise par Viking est celle du relief d’une région de Mars qui ressemble beaucoup à celle d’un visage humain vu de face. La NASA nie catégoriquement qu’il puisse s’agir de la preuve de la présence d’une civilisation extraterrestre. Interrogé sur le sujet, le lieutenant-colonel Marcus Aurelius Belt balaie l’hypothèse du revers de la main. Il ne s’agit selon lui que d’une formation naturelle sculptée par les vents martiens.

Pourtant, seize ans plus tard, en 1993, le même colonel Belt vit dans la hantise de ce visage martien. Il revoit en rêve une sortie dans l’espace qu’il a effectuée autrefois comme astronaute. Il se trouvait alors en communication avec le centre de contrôle de Houston, lorsqu’il s’est mis à crier: «Quelque chose arrive sur moi! Ô mon Dieu!» Belt se réveille, bouleversé. La fenêtre de sa chambre est ouverte, les rideaux semblent agités par le vent. Horrifié, Belt aperçoit alors le visage martien de la photo prendre forme au plafond de sa chambre. L’apparition paraît grossir, puis fondre sur lui.

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Une navette spatiale va être lancée depuis la base de Cap Canaveral en Floride. Au centre de contrôle de Houston, le colonel Belt assure la direction des opérations. Assise avec les autres contrôleurs de mission, on aperçoit une jeune femme blonde dont on apprendra plus tard qu’elle s’appelle Michelle Generoo. Soudain, à trois secondes du décollage, la mission doit être avortée en raison d'un problème technique.

Deux semaines plus tard, dans un escalier extérieur à Washington, Mulder et Scully attendent un mystérieux interlocuteur de la NASA qui a demandé à les rencontrer. Au moment où ils commencent à douter du sérieux de l’appel, survient Michelle Generoo. La jeune femme paraît s’être donné les allures d’un agent secret, avec son grand manteau, ses lunettes fumées et son petit air de conspiratrice. Elle se présente comme la responsable des communications lors des missions du programme de navettes spatiales. (En version française, on dit «responsable des communications sur le programme», ce qui ferait d’elle plutôt une sorte d’agent de relations publiques; en réalité, Michelle Generoo est une mission control communications commander, ce qui veut dire qu’elle a la responsabilité des transmissions radio avec l’équipage de la navette durant une mission.) Elle n’est pas venue à titre officiel. Si elle a voulu s’adresser au FBI, c’est qu’elle soupçonne qu’un saboteur s’attaque aux navettes spatiales à la NASA. Elle parle de l’avortement du dernier lancement et montre une photographie qu’elle a reçue par la poste d’une source anonyme. Il s’agit de la radiographie d’une soupape défectueuse, révélant la présence de rayures et d’encoches profondes à l’intérieur. Pareille altération de la pièce paraît inexplicable, car la soupape est faite de carbure de titane, un alliage très robuste. Il aurait fallu la porter à une température extrêmement élevée pour pouvoir en trafiquer l’intérieur. Michelle s’adresse à Mulder et Scully en tant que spécialistes des phénomènes inexpliqués. Elle leur demande de faire enquête sur cette affaire qui la concerne personnellement, puisque son fiancé doit commander la prochaine mission de la navette, prévue pour le lendemain.

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Mulder et Scully sont au Centre spatial de Houston. Une petite voiture électrique les conduit dans les corridors de l’édifice. Chemin faisant, les deux agents spéculent sur les motifs possibles d’un sabotage. Mulder dit qu’il pourrait s’agir d’un acte terroriste dirigé contre un des symboles de la domination américaine. Il y a aussi ceux qui en veulent au programme spatial parce qu’ils le considèrent comme «un vaste gouffre à dollars qui subsiste en dehors de tout contrôle et de tout débat démocratique», et ceux qui lui reprochent sa désuétude technologique. Reste aussi la possibilité que le gouvernement se livre lui-même à des sabotages, comme celui du télescope Hubble, juste pour dissimuler au public l’existence d’une civilisation extraterrestre. «Ah! Bien sûr…», répond Scully.

Les deux agents vont rencontrer le colonel Belt. Mulder se révèle un admirateur de longue date de cet astronaute qui a failli mourir lors d’une des missions Gemini et qui a dû effectuer un amerrissage forcé dans le Pacifique. Belt reçoit les agents dans son bureau. Une immense photo de l’espace couvre tout le mur derrière lui. En examinant la radiographie de la soupape que lui montre Scully, le colonel nie catégoriquement qu’il puisse y avoir eu sabotage, compte tenu des mesures de sécurité en vigueur à la NASA. Il recommande aux agents d’être très prudents avant de lancer de telles accusations. Il refuse aussi de retarder la mission de la navette, prévue pour la journée même, dans l’attente des résultats de l’enquête. Il autorise néanmoins les agents à assister au lancement depuis la salle de contrôle. Mulder paraît ravi. «Tu ne lui demandes pas un autographe?», demande Scully, en quittant le bureau de Belt.

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Un peu plus tard, un scientifique confirme que les marques découvertes à l’intérieur de la soupape sont inexplicables. «Il y a environ 17 000 choses qui peuvent clocher dans la navette, dit-il, et il y a environ 17 000 personnes qui veillent à ce que ça n’arrive pas.» Les deux agents restent perplexes. Scully croit que Belt en sait plus long que ce qu’il veut bien dire. Mulder se porte à la défense de son héros. Belt ne mettrait pas en danger la vie de ses astronautes, soutient-il. Reste une possibilité: que la radiographie rapportée par Michelle Generoo soit un faux.

Mulder et Scully assistent au lancement de la navette, qui se déroule sans anicroche. En voyant les regards complices qu'ils échangent avec Michelle, le colonel Belt paraît comprendre — mais sans le dire — que cette dernière est le contact «anonyme» dont lui ont parlé les agents lors de leur entretien précédent. Après le lancement, les deux agents s’en retournent  à leur hôtel. Mulder se dit heureux d’avoir pu réaliser un rêve d’enfance (rencontrer Belt ou assister au décollage de la navette?). À cet âge, Scully dit qu’elle rêvait plutôt d’avoir un poney et de se maquiller («to braid my hair», tresser ses cheveux, en anglais). Mais l’affaire n’est pas terminée. Michelle Generoo arrive précipitamment à l’hôtel. La communication avec la navette a été coupée, annonce-t-elle. Il faut retourner au centre de contrôle.

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Il fait nuit et il pleut sur la route. Un peu de brume se forme sur le pare-brise de la voiture de Michelle, qui précède celle des deux agents. Tout à coup, un visage apparaît sur la route devant elle. Michelle perd le contrôle du volant et sa voiture fait une spectaculaire embardée. Mulder et Scully volent à son secours. Ils la sortent avec difficulté de son véhicule, qui s’est complètement retourné. Par miracle, non seulement Michelle est-elle encore vivante, mais elle semble s’en être tirée avec seulement quelques contusions au visage. «Quelque chose est arrivé sur moi dans le brouillard, explique-t-elle. C’était un visage.» Mulder prend la belle Michelle dans ses bras et l’entraîne avec lui.

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Au centre de contrôle, Belt n’est pas encore arrivé. La communication a été rétablie avec l’équipage, mais la navette connaît un nouveau problème. Elle n’arrive plus à effectuer sa rotation normale, si bien que c’est toujours le même côté de l’appareil qui reste exposé aux rayons du soleil. «Ils vont flamber», murmure Michelle. Impossible de corriger la situation à distance, car quelque chose ou quelqu’un interfère avec les commandes télémétriques, à partir du centre de contrôle lui-même. Un processeur numérique dans les bases de données serait en cause. Mulder, Scully et Michelle se précipitent au centre informatique. Les agents sortent leurs armes, prêts à coincer le mystérieux saboteur. On ne trouve en fin de compte qu’un expert à lunettes, lui-même en quête du problème. Mulder fait appeler la sécurité pour fouiller les installations.

Le colonel Belt a repris la direction des opérations. Il ordonne que l’équipage de la navette reprenne le plein contrôle du pilotage et s’efforce de régler lui-même le problème de rotation. Cette initiative augmente du même coup les risques. Michelle est anxieuse. «David, fais attention», dit-elle à son fiancé. Le contact avec la navette est maintenant coupé. Le temps passe. Aucune nouvelle de la manœuvre. On tente de rétablir la communication, mais en vain. Puis enfin, la voix du commandant annonce qu’«on a réussi à remettre l’oiseau à l’endroit». Tout le monde applaudit. Il faut maintenant s’occuper du problème de la télémétrie défectueuse, déclare Belt. Le colonel se retire quelques instants. On le voit s’éponger le visage dans une salle de toilette. Il se regarde dans le miroir de façon étrange, comme s’il ne se reconnaissait pas lui-même.

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Belt donne une conférence de presse. Il informe les journalistes que la mission de la navette se déroule sans incident. Michelle l’écoute, dégoûtée. Elle explique aux agents que si le colonel accepte de prendre des risques avec la vie de ses astronautes, c’est parce qu’il craint que le Congrès ne bloque les crédits du programme spatial si la navette ne remplit pas sa mission. «Il en prend un sacré coup, ton héros», commente Scully («So much for your boyhood hero.»). Mulder ne s’en tient pas là. Il va retrouver le colonel dans un corridor pour lui parler seul à seul. «Vous voulez savoir pourquoi je leur ai menti?», demande Belt. Il se lance alors dans un couplet édifiant sur les mérites de tous ces astronautes qui risquent leur vie «simplement pour que l’humanité puisse faire un pas en avant», mais dont les journaux négligent de parler, sauf lorsqu’il se produit une catastrophe. «Ces hommes sont les vrais héros de l’Amérique d’aujourd’hui», renchérit Mulder qui demande ensuite à Belt s’il croit que la navette a été sabotée. L’autre élude la question. Sa réponse, affirme-t-il, consistera à ramener les hommes sur terre, sains et saufs.

Belt rentre chez lui. Après quelques rasades de vodka bues au goulot, il s’étend sur son lit. De nouveau, des réminiscences de sa sortie dans l’espace d’autrefois lui reviennent en mémoire. Sa figure commence à se tordre. Ses traits prennent l’apparence de ceux du visage martien. Une forme vaporeuse émerge alors de son corps. Belt est conscient. Il tend un bras vers la fenêtre ouverte, par laquelle s’envole dans la nuit ce qui ressemble à une sorte de créature ectoplasmique.

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Un peu plus tard, alors que la navette survole le Canada, l’équipage envoie un étrange message à Houston. On a entendu un bruit sourd sur la coque du vaisseau, comme si quelque chose l’avait heurtée. Une fuite d’oxygène est détectée. Quelqu’un court avertir Mulder, Scully et Michelle qui se trouvent au centre informatique, en compagnie d’experts qui examinent des circuits d’ordinateur. De retour dans la salle de contrôle, on apprend qu’un astronome canadien a repéré une traînée de gaz sur l’orbite de la navette. C’est l’oxygène liquide qui s’échappe des réservoirs, confie Mulder à Scully. «Exactement ce qui est arrivé au colonel Belt, pendant sa mission Apollo», ajoute-t-il. Belt pourrait dire comment réagir dans un cas pareil, mais il est introuvable. Mulder et Scully partent à sa recherche. Ils n’ont pas à aller très loin: le colonel est chez lui (!), dans son appartement. Il ne se sentait pas très bien, dit-il, en leur ouvrant la porte. Il accepte néanmoins de retourner au centre de contrôle. Une fois là-bas, il donne ses consignes aux membres de l’équipage. Il leur dit de revêtir leurs combinaisons spatiales, de dépressuriser la cabine, puis d’évacuer le gaz carbonique qui s’est formé à l’intérieur. Cependant, il maintient l’ordre d’accomplir la mission jusqu’au bout, c’est-à-dire de larguer le module qu’ils ont pour tâche de placer en orbite. Michelle réagit très vivement. Elle s’inquiète pour le sort des hommes là-haut. Belt la rabroue sèchement. «Il n’y a pas que votre vie personnelle qui compte», dit-il avant de remettre en question devant tout le monde ses capacités professionnelles. Michelle n’en peut plus. Elle quitte la salle en pleurant. Mulder et Scully la rejoignent pour la consoler, Mulder surtout, qui la prend par la taille. Michelle répète que Belt met en péril la vie des astronautes parce qu’une mission non complétée compromettrait les crédits du programme spatial. Scully croit qu’elle a raison. Il y a eu trop d’incidents pour ne pas croire au sabotage. Et Belt est au courant. Seul Mulder prend la défense du colonel. Peut-être est-il en train de sauver la vie des hommes de la navette.

Mulder demande alors à voir les archives de la NASA. Il s’intéresse à tout ce qui concerne les problèmes passés, le mauvais fonctionnement du télescope Hubble, la tragédie de Challenger et les récents incidents de la navette, «tout ce qui peut prouver que Belt est au courant du sabotage». Il s’agit de dizaines de milliers de documents, lui fait-on remarquer. Ce pourrait être long…

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Pendant que les deux agents farfouillent les dossiers, le module a finalement été largué par l’équipage de la navette. On se prépare pour le retour dans l’atmosphère quand un phénomène incongru se produit. Un nuage vaporeux apparaît sur le nez de la navette. Puis quelqu’un s’écrie: «Il y a comme une espèce de fantôme à l’extérieur du vaisseau!» Dans la salle de contrôle, Belt se met à hurler.

Toujours plongés dans les archives, Mulder et Scully font des découvertes. Scully trouve une radiographie de soupape similaire à celle qu’a reçue Michelle. Elle a été commandée par Belt. De son côté, Mulder acquiert la forte présomption que le colonel a aussi trempé dans l’affaire du joint circulaire défectueux de la navette Challenger. Michelle vient prévenir les agents que le colonel a eu une crise. Il a été ramené dans son bureau, et c’est là qu’on le retrouve par terre, gémissant, recroquevillé sous sa table de travail. Sur le dessus, il a écrit «Help me» («Aidez-moi») avant de s’effondrer. Qu’on appelle un médecin, réclame Mulder en présence du docteur Scully. Des infirmiers arrivent presque sur-le-champ. Belt lance des imprécations incohérentes. Tout en suppliant qu’on l’aide, il cherche à avertir Michelle de ne pas faire revenir les astronautes. Malgré les mises en garde de Scully («Mulder, tu risques un anévrisme!»), Mulder insiste pour faire parler Belt. Il l’aide à se concentrer, en lui brandissant un doigt devant le nez. Belt révèle alors que le fuselage de la navette a été endommagé. Par qui? «C’est moi le responsable», dit le colonel, qui ajoute avoir été incapable de les arrêter. Qui ça, les? «Ils ne veulent pas que nous le sachions!», s’écrie encore Belt deux fois de suite. Puis il avoue être possédé lui-même par quelque chose. Des images de sa mission d’autrefois dans l’espace nous rappellent, une fois de plus, que c’est à ce moment-là qu’une entité s’est introduite en lui. D’ailleurs, le visage de Belt commence à se transformer, encore une fois, pour prendre sa forme martienne. «C’est ce que j’ai vu dans le brouillard!», de s’exclamer Michelle en parlant de l’accident qu’elle a eu sur la route plus tôt.

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Un contrôleur vient avertir tout le monde que les astronautes n’ont plus que trente minutes d’oxygène à bord de la navette. Michelle s’empresse de retourner à son poste pour guider les manœuvres. Pendant ce temps, Belt est conduit à l’hôpital sur une civière. Chemin faisant, il confie à Mulder que, pour sauver les astronautes, il faut que l’angle d’entrée de la navette dans l’atmosphère soit porté à 35 degrés (et non modifié de 35 degrés, comme on dit en français). Mulder s’élance vers la salle de contrôle. Il ne reste plus que quelques secondes avant l’interruption de la communication. Mulder dit à Michelle ce qu’il faut faire. Celle-ci commence par hésiter, mais elle consent enfin à demander au commandant de la navette de rectifier l’angle. Aucune réponse de l’équipage. On ignore si l’ordre a pu être reçu. On appelle. Pas de réponse. On appelle encore. Puis soudain, la voix du commandant se fait entendre. Il demande s’il y a un bon restaurant à Albuquerque, l’endroit où ils ont dû atterrir. La manœuvre a réussi. Dans la salle de contrôle à Houston, c’est l’exultation générale. Michelle se jette dans les bras de Mulder.

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Plus tard, on assiste à une conférence de presse où Michelle annonce que la mission de la navette s’est déroulée sans incident. Belt la regarde à l’écran, depuis son lit d’hôpital. Son visage se transforme une dernière fois. Le colonel se lève et commence à se débattre et à se tordre de douleur contre la présence envahissante du fantôme martien. Puis, n’y tenant plus, il se jette par la fenêtre, tenant tout contre lui l’entité fantomatique, dans ce qui semble être une tentative désespérée pour s'en débarrasser de façon définitive. Tandis qu’il tombe dans le vide, sur plusieurs étages, il revit encore un moment son expérience d’autrefois dans l’espace.

Quand il apprend dans les journaux la mort de son héros, Mulder devient triste. Scully vient le réconforter. «Quelque chose le possédait, dit-il. Quelque chose qu’il a dû voir là-haut dans l’espace.» Mulder croit que c’est Belt qui a envoyé la radiographie à Michelle. Il essayait de sauver les astronautes. Tout en cherchant à les tuer, ajoute Scully. Mulder philosophe sur la chose: «Nous envoyons tous ces hommes dans l’espace pour ouvrir les portes de l’univers et nous ignorons ce qu’elles dissimulent.» Scully est plus concrète. Il va y avoir enquête. On n’exclut pas une poursuite criminelle.

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Les deux agents assistent aux funérailles du colonel Belt. Un prêtre rend hommage à l’astronaute, tandis que des militaires au garde-à-vous entourent le cercueil. Des avions de chasse passent dans le ciel. Michelle est présente, en compagnie de son fiancé, un moustachu à casquette. Mulder et elle échangent un dernier regard, furtif. Puis l’épisode se termine sur un plan rapproché des étoiles du drapeau américain, qui rappellent sans trop de subtilité celles qu’on voit dans l'espace.

Juillet 2008