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Bref survol chronologiqueAlbert Hosteen apparaît pour la première fois dans l’épisode Anasazi, qui conclut de façon dramatique la deuxième saison des X-Files. Il vit à Two Grey Hills, sur une réserve Navajo, avec son fils et son petit-fils Eric. Il a autrefois été code talker au service du gouvernement américain lors de la Deuxième guerre mondiale. Cette formation lui permet d’aider Mulder et Scully à déchiffrer les fichiers secrets du MJ encodés à la fois en Navajo et en jargon militaire. Dans ce même épisode, il indiquera à Mulder la présence d’un wagon enfoui dans une carrière; des corps hybrides s’y trouvent, l’œuvre d’un obscur projet du gouvernement. La troisième saison enchaîne avec The Blessing Way, alors que l’Homme à la cigarette interroge brutalement la famille Hosteen pour découvrir où se cache Mulder, car ce dernier sait où se trouve la précieuse cassette pirate. Un peu plus tard, Mulder est retrouvé vivant par les Navajos, mais en piteux état depuis la destruction du wagon. Grâce à une cérémonie appelée Le Chemin de la bénédiction, Albert et ses confrères shamans réussissent à ramener Mulder à la santé. Dans l'épisode suivant, Paper Clip, le vieux Navajo se rend en Nouvelle-Angleterre prier au chevet de Melissa Scully, qu’un tueur a malencontreusement abattue en la prenant pour sa sœur Dana. Albert se montre peu optimiste quant à la survie de la jeune femme. Comme de fait, ses prières sont vaines, et Melissa Scully meurt. Cependant, le Navajo n’aura pas voyagé pour rien. Alors qu’il était à l’hôpital, il a fait la connaissance de Skinner. Le directeur adjoint réussit à faire plier l’Homme à la cigarette en lui assurant qu’Albert a mémorisé l’intégralité des fichiers du MJ, et qu’il a retransmis l’information à une vingtaine d’autres hommes. Le Navajo se montre prêt à réciter le contenu des fichiers en cour si quelque chose devait arriver à Mulder et Scully. Le vieil Amérindien fait une apparition surprise dans le triptyque Biogenesis/The Sixth Extinction/Amor Fati en septième saison. Il y est question de fragments de métal découverts en Côte d'Ivoire et recouverts d'inscription en «alphabet» Navajo. Le professeur Sandoz trouve en Hosteen une aide précieuse pour traduire ce qui s'avère être des morceaux d'un vaisseau extraterrestre. Malheureusement, le vieil homme se meurt du cancer et ne peut terminer le travail. Alors qu'il plonge dans le coma, il parvient néanmoins à apparaître chez Scully à deux occasions pour l'aider à retrouver Mulder. Le cancer finit par le terrasser malgré les efforts des médecins et des sages de la réserve.
L'énigme NavajoAlbert Hosteen est un personnage plein de contradictions. Lorsque nous le voyons pour la première fois dans le prologue de l'épisode Anasazi, il se montre à la fois énigmatique et avare de mots. Le spectateur l'associe tout naturellement à l'image du sage ancêtre et des traditions ancestrales. Ce cliché dont le cinéma et la télévision sont friands depuis qu'on a banni l'image du scalpeur sauvage n'a pas épargné les X-Files: pensons au vieux Ish dans Shapes. Mais Albert, en apparence un personnage convenu, dissimule une richesse de sens inattendue que l'on découvre progressivement. Son laconisme fait vite place à de longs monologues dans le diptyque The Blessing Way/Paper Clip, dans lequel il explique l'importance de la mémoire chez son peuple, en opposition à l'histoire chez l'homme occidental. Il incarne de ce fait la résistance aux mensonges des vainqueurs, ces fourbes qui effacent et reformulent l'histoire à leur convenance. La tradition orale des Navajos, dans l'univers des X-Files, représente une sorte de garantie que la vérité sera préservée sous une forme ou une autre. Mais la préserver ne signifie pas la diffuser. Albert a beau mépriser les conspirateurs, il refuse de fournir des réponses claires à Mulder quand celui-ci lui demande des éclaircissements. Le vieil homme a lu et mémorisé les documents du MJ, il en a compris le sens général grâce à son ancienne formation de code talker, mais il se contente de traduire les mots et non leur sens, frustrant à la fois les héros et les spectateurs. Bien qu'il soit indéniablement du côté de Mulder, il semble souhaiter que l'agent découvre la vérité par ses propres moyens. Est-ce pour cela qu'il décide d'emmener Mulder au hogan plutôt qu'à l'hôpital? Le ramener à la civilisation comportait évidemment une part de risques: l'agent pourrait tomber entre les griffes de ces individus sinistres. Il n'empêche, si Albert insiste tellement pour organiser la cérémonie du Chemin de la bénédiction, c'est peut-être aussi pour permettre à Mulder de consulter les morts. Les efforts du vieil homme portent fruit... en partie. Mulder renaît après avoir entendu les paroles de Deep Throat et de son père décédé, mais la «morne clarté de la mort» n'a pas éclairé sa lanterne. La jeunesse d'Albert soulève aussi quelques questions. Sa formation de code talker, par exemple, le place dans une position ambiguë, ne serait-ce que symboliquement. Créer un code basé sur la langue Navajo a été une brillante initiative de l'armée américaine dans la réalité, et cette idée a contribué à leur victoire contre les Japonais, notamment à Iwo Jiwa. Dans l'univers des X-Files, cependant, l'armée et le gouvernement ne sont pas des gens très recommandables. Ce sont les oppresseurs des autochtones (Shapes, Anasazi, The Blessing Way) et du peuple américain. Ils complotent, détruisent, mentent et tuent. Toute collaboration avec eux ne peut que faire naître des soupçons. De plus, le gouvernement américain s'est empressé d'amnistier des savants nazis pour profiter de leurs travaux. Et ces travaux, Albert a-t-il aidé à les encoder? Une réplique de Scully — en version anglaise uniquement — le suggère, et c'est quand elle dit à Mulder qu’Albert «helped encode the original government documents». Autre détail troublant, le vieux Navajo mène directement ses hommes à Mulder dans la carrière parce que lui aussi, comme son petit-fils Eric, avait découvert un étrange cadavre hybride dans sa jeunesse. A-t-il été capable d'établir un lien avec les fichiers du MJ à l'époque, ou les scénaristes ont-ils simplement oublié ce détail? Pour semer encore plus la confusion, en l’espace de quelques minutes seulement, Albert Hosteen et l’Homme à la cigarette prononcent la même réplique: «Rien ne disparaît sans laisser de trace.» La réplique du premier s’inscrit dans la conversation qu’il a avec Mulder au sujet des Anasazis. En disant que rien ne disparaît sans laisser de traces, il fait référence aux corps cachés dans le wagon qui n’attendent que d’être découverts pour que la vérité éclate. Mais la métaphore est contradictoire. D’abord, la vérité se trouve dans les fameuses «traces» de ce qui a disparu, donc le contenu du wagon. Après, il qualifie ce même contenu de «mensonges». «Rien ne disparaît sans laisser de trace» est également ce que l’Homme à la cigarette dit lorsque ses soldats ne parviennent pas à retrouver Mulder dans le wagon. Comme Albert, le Fumeur semble admettre l'inéluctabilité de la résurgence de vieux secrets enfouis: ce n’est qu’une question de temps. Mais l’Homme à la cigarette ne prend pas la chose avec sérénité. Ce sont ses secrets à lui, et il passe son temps à effacer les preuves, camoufler les traces, nier les faits. Lui non plus ne répond jamais aux questions directement, préférant se cantonner aux allusions menaçantes, aux demi-vérités, voire aux mensonges éhontés. En finale de ce triptyque, on apprend qu'Albert a eu non seulement le temps de mémoriser les fichiers du MJ, mais aussi d'en transmettre le contenu à une vingtaine de ses pairs. L'histoire ne dit pas si ces hommes sont aussi des code talkers capables de comprendre le jargon militaire. Ce qui est probable cependant, c'est qu'ils ont mémorisé l'information à leur façon, la réencodant dans leur langue et la rendant inaccessible au premier venu. Ironie du sort, ou humour tordu des scénaristes, il n'y a pas que les Américains qui encodent leurs messages en Navajo, mais aussi les extraterrestres de Biogenesis! L'encodage est différent, cette fois, mais c'est encore Albert que l'on vient voir pour fournir la clé. Le professeur Sandoz mentionnera que c'est le seul Navajo à s'être attelé à la tâche, tous les autres traducteurs l'ayant envoyé promener. Ce n'est pas étonnant. Qui d'autre qu'Albert Hosteen, qui a suivi de loin l'enquête de Mulder et Scully, a lui-même découvert un cadavre d'hybride, et a traduit les fichiers du MJ, pouvait croire en l'histoire farfelue (en apparence) de Sandoz? On ne saura jamais ce qu'Albert pensait de toute cette histoire d'extraterrestres à l'origine de la genèse humaine. Elle entrait certainement en contradiction avec sa foi, mais cela ne semblait pas le troubler. Comme il le dira à Scully: «Il y a d'autres mondes que celui que vous pouvez tenir dans votre main.» Juillet 2007 |